CHAPITRE XLI
Les événements qui bouleversèrent le Jura durant tant d’années ne furent pas les seuls qui attristèrent l’évêque de Bâle. Le gouvernement d’Argovie, qui déjà avait témoigné si hautement ses sentiments d'hostilité envers Mgr Salzmann, continua ses vexations en interdisant les dispenses de bans pour les mariages délivrées par l’autorité épiscopale. Le gouvernement se réserva ce droit à l’exclusion de l'évêque (1839).
La révision de la constitution dans ce canton en 1840 fut encore l’occasion de troubles qui bouleversèrent profondément ce pays. Il y eut levée de troupes,
L’abbaye de Mûri en Argovie au XVIIIe siècle.
on en vint aux mains, le 11 janvier 1841, à Villmergen où les insurgés s’étaient retranchés et la victoire resta à l’autorité. On accusa les moines d’être les auteurs de ce soulèvement et le Grand Conseil d’Argovie décréta le 19 janvier la suppression de tous les couvents du canton; leurs biens, déclarés propriété de l’État, devaient être appliqués aux besoins des églises et des écoles.
Mûri, l’antique abbaye bénédictine qui remontait au XIe siècle, dont les Abbés étaient princes du S. Empire romain, qui possédait en Souabe des Seigneuries importantes, Mûri avec ses vastes édifices à quatre étages, de sept cent vingt-cinq pieds de long, et sa belle église à trois tours, Mûri fut supprimé par un simple vote du parlement argovien. Le vénérable prélat du célèbre monastère, Mgr Adalbert Regli, quarante-sixième abbé de Mûri, ne perdit pas courage. Laissant là cette terre devenue inhospitalière, il alla demander un asile au Tyrol autrichien. L empereur