CHAPITRE XL1I
la haute métaphysique que renferme le texte original. — Depuis longtemps les admirateurs de Bossuet demandaient une édition purgée des nombreuses altérations que les premiers éditeurs avaient fait subir aux chefs-d’œuvre de cet immortel génie. Ce travail gigantesque, qui a obligé l’auteur à compulser les manuscrits des bibliothèques, fut achevé, grâce aux soins persévérants de M. François Lâchât. Suivant l’opinion des principaux critiques de France, la nouvelle édition des œuvres de Bossuet satisfait les esprits les plus difficiles.
Après avoir achevé ses premières études â Besançon, Eugène Lâchât alla étudier la philosophie et la théologie en Italie, dans un établissement situé à Albano, et dirigé par des hommes habiles à former les jeunes lévites pour la carrière ecclésiastique. Ces maîtres distingués sont connus en Italie sous le nom de missionnaires du Précieux-Sang. C’est dans cette maison de retraite et de recueillement, où son souvenir aime encore maintenant à se reporter avec prédilection, que le jeune séminariste se sentit appelé au sacerdoce et puisa ces connaissances variées dont plus tard il fit preuve dans ses prédications. Le sacerdoce répondait si bien aux qualités de son âme qu’il en avait la gravité avant d'avoir atteint l’âge exigé par les lois canoniques. Il fut ordonné prêtre, le 24 septembre 1842, alors qu’il n’avait pas encore vingt-trois ans : une dispense d’âge de quatorze mois lui avait été accordée par Grégoire XVI. Il célébra sa première messe, dans les catacombes du Vatican, sur les tombeaux de S. Pierre et de S. Paul, le 29 septembre, jour de la fête de S. Michel.
Dès lors une nouvelle sphère d’activité s’offrit au jeune prêtre. Ses supérieurs avaient reconnu en lui un grand talent pour la prédication. Jouissant d’une santé robuste, doué d’une voix claire, forte et sonore, d’un extérieur affable et prévenant, il réunissait les qualités d’un vrai missionnaire. Adjoint à quelques autres ecclésiastiques, le jeune apôtre de vingt-trois ans eut pour théâtre de ses premiers travaux apostoliques le royaume de Naples, les Etats de l’Église et d’autres provinces encore. Ce fut dans ces riantes contrées de la belle Italie, qu’il commença à faire entendre cette voix attrayante qui devait plus tard émouvoir et charmer les populations du Jura. Dès les premiers pas de sa course évangélique, il fut mis en relation avec les plus grandes misères morales. Les bagnes, les prisons, les cachots retentirent des premiers accents de sa parole sacerdotale. Les soldats et les marins furent aussi l’objet de sa plus tendre sollicitude. Consoler les malheureux que la société a condamnés à un perpétuel isolement, alléger par des paroles douces et tendres le lourd fardeau de leurs chaînes, réveiller dans leurs cœurs les sentiments de foi, d’espérance et d’amour, prêcher fréquemment aux soldats et aux marins dans la belle langue du Tasse et du Dante, flétrir le vice, exalter la beauté de la vertu et démontrer les vérités de la religion, nourrir de la parole divine les multitudes affamées de vérités chrétiennes, tels furent les premiers travaux du jeune missionnaire apostolique. Il fut bien vite initié à la connaissance du cœur humain. L’expérience avait en quelque sorte devancé les années.
Après avoir, durant deux ans, subi les épreuves d’un si laborieux ministère et payé son tribut au pays où il avait puisé la science théologique, il fut appelé par Mgr l’évêque de Strasbourg, à être le supérieur des prêtres qui desservent, en Alsace, le célèbre pèlerinage de Notre-Dame des Trois-Épis, situé dans les environs de Colmar. Pendant six ans, il resta à ce poste, distribuant la parole de vie aux nombreux pèlerins qui accouraient en foule à ce sanctuaire vénéré.