‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 526 sur 612 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Les archives de l’évêché attestent la résistance qu’opposèrent les paroissiens de Grandfontaine au départ de leur bien aimé pasteur. De nombreuses suppliques furent adressées à Sa Grandeur pour la prier de ne pas les séparer d’un curé que tous affectionnaient et chérissaient ; mais vaines furent ces démarches. Le 1 0 août 1855, le jeune doyen quittait Grandfontaine, au milieu d’une désolation générale. Les manifestations spontanées qui se sont produites au sein de la cité deDelémont, lorsque plus tard la population eut appris l’élévation de son pasteur au siège épiscopal de Bâle, prouvent suffisamment que les sympathies du grand nombre lui étaient acquises. La brillante illumination improvisée et qui éclairait la ville de ses mille feux, les accords de la musique, les feux d’artifice, l’empressement de la multitude qui s’était portée devant le presbytère, les larmes qui coulaient des yeux de tous, sous l’impression des paroles si émues que le nouveau prélat adressait à ses enfants désolés, les félicitations mêlées aux regrets que venaient lui exprimer les différentes autorités de la ville, tout cela est bien l’expression la plus éclatante et la plus sincère de l’affection et de l’amour.

L'on comprend aisément que M. le doyen Lâchât, tout absorbé par les travaux du ministère évangélique, n’ait pas eu le loisir, à l’exemple de son frère, de se livrer autant que lui à la composition d’œuvres littéraires. Toutefois, nous devons à sa plume la traduction dans notre langue d’un ouvrage qui a rendu de grands services aux prédicateurs français. C’est le recueil des Homélies du P. Ventura, en 3 vol. in-8°. Au reste, sa modestie bien connue ne l’a jamais fait aspirer à la gloire littéraire. Le salut des âmes, voilà quelle a été toujours sa seule et unique ambition. Il avait appris à l’école de l’Apôtre que c’est par la prédication que la foi se grave dans les cœurs et y opère des œuvres de salut. Ce fut le 31 décembre 1863 que le nouvel évêque de Bâle annonça à son diocèse son élévation à l’épiscopat. 11 faudrait citer tout au long cette belle lettre pastorale. Nous ne pouvons que rappeler ici les passages les plus saillants de ce document.

„Ne demandez pas à votre évêque, N. T. C. F., s’il compte une longue suite d’illustres ancêtres ou s’il sort des rangs du peuple, comme les lévites d’Israël; car l’homme n’est rien, Dieu est tout, et nous avons dû le comprendre, pour faire disparaître le trouble de notre âme. Un homme donc est constitué en dignité. Le Seigneur l’a ramassé dans la poussière pour le faire asseoir parmi les princes de son peuple fidèle. Il est votre évêque, il est votre pasteur. Il est le successeur des apôtres et son nom veut dire sentinelle de Dieu. Il est l’envoyé du pasteur suprême; une mission d’En-haut lui donne pouvoir ici-bas sur une portion du divin bercail; c’est lui qui doit gouverner l’antique et illustre Église de Bâle... Quel poids n’ajoute pas à l’autorité de votre pasteur, cette longue chaîne cl’évêques qui, remontant à travers seize siècles et allant, pour ainsi dire, se renouer aux évêques de la primitive Église, sont venus, par une succession non interrompue et confirmés par l'onction du Saint- Esprit, s’asseoir sur le siège épiscopal de Bâle! — Ah! la succession est belle à bien des titres ; mais elle est surtout glorieuse parce qu’elle est légitime. C’est par ces évêques que nous pouvons tous remonter à la source limpide el féconde d’où s’est formé, au pied du calvaire, ce grand fleuve aux eaux vivifiantes qui traverse notre beau diocèse . . .

„ Pères et mères, chefs d’institutions, vous tous auxquels la jeunesse de notre diocèse est confiée, joignez vos efforts aux nôtres, à ceux de vos pasteurs et de vos magistrats, pour former à toutes les vertus chrétiennes les générations nouvelles. Rappelez-vous ce que furent vos pères dans les temps de paix comme sur les champs de bataille. Leur nom était le symbole de la fidélité ; et tandis que leurs cœurs étaient à Dieu, leurs bras étaient à la patrie . . . Nous devons faire mention des communautés religieuses d’hommes et de femmes que nous possédons dans notre diocèse. Soyez fidèles à votre sainte et sublime vocation, ô tribu sacrée, priez pour nous . . .

PREMIERS ACTES DE MGIi LACHAT

„Vous aussi, les gardiens de nos insignes collégiales et des monuments de notre foi, continuez à élever les âmes vers Dieu par la splendeur du culte. . . Vous oublieronsnous, pauvres de Jésus-Christ, la portion chérie de notre troupeau?... Que notre voix pénètre jusque dans ces lieux où le crime reçoit son châtiment . . . Nous ne voulons oublier personne dans notre sollicitude pastorale. Ceux même qui ne font point partie de notre bergerie, ne seront pas exclus de notre affection. Vous venez d’entendre, N. T. C. F., la voix de votre évêque. Recevez nos paroles comme un gage de notre amour et de notre dévouement. “

C’est par ce magnifique début que Mgr Lâchât inaugurait cette suite de mandements, de lettres pastorales, d’exhortations de toutes sortes qui devaient

Mgr Joseph Duret, chancelier épiscopal .

soutenir pendant vingt-deux ans la foi des fidèles. Son diocèse comprenait 414,744 catholiques, répartis dans neuf États souverains: Argovie, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Berne, Lucerne, Schaffouse, Soleure, Thurgovie et Zoug.

Mgr Lâchât trouva installé dans la chancellerie de l’évêché M. l’abbé Joseph Duret que Mgr Arnold avait appelé auprès de sa personne. Il s’empressa de confirmer dans ses fonctions difficiles ce précieux auxiliaire. Pendant vingt-deux ans, M. Duret a servi l’évêque de Bâle avec une fidélité à toute épreuve et une compétence incontestable.

L'un des premiers soins du nouvel évêque fut de faire célébrer dans sa cathédrale un service solennel pour son prédécesseur défunt, Mgr Arnold. 11 pourvut aussi à la cure de Delémont qu'il venait de laisser vacante, en faisant agréer par le pape Pie IX M. l’abbé Louis Vautrey, alors vicaire à Poitentruy. Puis, il

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