CHAPITRE XLII
juge de la foi, est exposé à voir son œuvre réformée par la Conférence. Enfin, le denier de S. Pierre est devenu un devoir pour les catholiques depuis que le Saint- Père est dépouillé de la plus grande partie de ses revenus. Le placet que certains gouvernements prétendent opposer à la liberté des actes épiscopaux n’est pas conciliable avec la liberté de la presse, ni avec la liberté du culte catholique garantie par la constitution.
Le mémoire de l’évêque de Bâle se terminait ainsi: „Nous avons confiance en la justice et en la modération de ceux auxquels nous avons l’honneur de nous adresser. Nous comptons sur leur équité et sur leur sagesse ; et nous osons leur dire qu’ils rencontreront toujours l’évêque de Bâle sur le chemin du dévouement, de l’honneur et du patriotisme, et avec lui tous les prêtres de son diocèse." Dans sa réponse à ce mémoire, le 8 février 1867, la Conférence acceptait les explications de l’évêque, sauf sur la question des dispenses et sur la doctrine qu’il professait touchant le placet.
Pendant cette année 1865, Mgr Lâchât se rendit à Rome, afin d’exposer au pape l’état de son diocèse et de se fortifier pour les luttes qu’il allait bientôt avoir à soutenir. Dans le même but, il fit plus tard le pèlerinage de Sachseln, et prononça, à rassemblée du Pius-Verein, une chaleureuse allocution.
Les mauvaises dispositions de certains cantons à l’égard des catholiques se manifestaient par divers symptômes. Ainsi, dans la ville de Bâle, au carnaval de 1865. on représenta de la manière la plus blessante le Pape, l’Encyclique Quanta cura, et le Syllabus. L’autorité ne fit rien pour empêcher ce scandale. — Un blasphémateur, du nom de Rynicker, ayant été condamné par la justice du canton d’Uri, pour le délit d’outrage public aux choses saintes, et ayant reçu, selon le code en vigueur, vingt-cinq coups de bâton, toute la presse radicale s’émut. Des assemblées protestèrent, les chambres fédérales elles-mêmes furent saisies de l’affaire, et peu s’en fallut qu’on n’accordât au blasphémateur une prime pour ses outrages contre la religion. Dans les cantons d’Argovie et de Thurgovie, ainsi qu’à Soleure et à Lucerne même, les lois scolaires étaient autant d’instruments de persécution contre la doctrine catholique. Non-seulement on excluait systématiquement, dans certains cantons, les maîtres appartenant à la religion catholique, mais encore on appliquait à un autre enseignement les heures fixées pour l’instruction religieuse.
Pendant son séjour à Rome, en 1865, Mgr Lâchât avait exposé au Saint-Père le désir des principaux gouvernements de son diocèse de voir réduire le nombre des fêtes chômées. La réponse de Rome étant venue le 30 janvier 1866, l'évêque de Bâle en fit part aux différents gouvernements. Grande fut l’irritation des gouvernements de Soleure et de Berne qui se plaignirent de ce que la dispense accordée ne visait que le travail des ouvriers de fabrique et non le travail agricole. Ils rendirent donc des décrets qui supprimaient toutes les fêtes, et employèrent leur influence à favoriser les transgressions du précepte. C’est ainsi qu’à Olten et à Delémont, on châtia des enfants de l’école, coupables d’avoir assisté à l’office religieux, le jour de l’Épiphanie, en négligeant la fréquentation de l’école.
Le gouvernement d’Argovie se montrait surtout intolérant et agressif. On avait demandé à l’évêque une nouvelle édition du catéchisme diocésain. Quand cette édition fut faite, le gouvernement déclara par une circulaire adressée aux curés qu’il défendait l’introduction du nouveau catéchisme dans les écoles, jusqu’à