‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 542 sur 612 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

d’injustices accumulées sur des confédérés, dans un pays libre, laisse dans l’àme une profonde impression de tristesse, mais d’un autre côté elle est une démonstration invincible de la force et de la vitalité de l’élément catholique en Suisse, et particulièrement dans les cantons les plus opprimés. La conclusion amène naturellement cette question: Quel sera l’avenir de notre patrie, et quelle situation y sera-t-elle faite à l’Église catholique? — Les vénérables signataires du mémoire répondent: „ L’existence d’une nation est inséparable du maintien de la religion. La Confédération a commencé et s’est développée sous l’influence de l’Église catholique ; donc il faut rendre la liberté à cette Eglise, ou disparaître. “ Signalons le passage suivant qui exprime cette vérité d’une manière tout à fait saisissante 1 :

„Déjà dans les temps de la mythologie, les anciens se représentaient Adrastée comme une puissance vengeresse qui examine du haut du ciel, avec son regard perçant, la vie et les actions des peuples et des individus; puis au temps marqué, elle frappe d’une main sûre et renverse dans la poussière les auteurs des méfaits, tandis qu’elle enlève les bons pour les faire jouir d’un ineffable bonheur. Ces idées, et d’autres qui leur ressemblent, ne sont pas seulement les fictions d’un mythe poétique, mais les enveloppes de vérités immortelles, gravées orginairement dans l’âme humaine, et qui ont reçu par le christianisme leur vraie et réelle signification. Oui, un Dieu juste règne sur nous, et ses jugements sont justes. La vie politique des nations, comme celle des individus, suit dans son développement les lois d’une inéluctable dialectique. Dans la vie humaine, la justice est liée au mérite, et au mérite est liée la récompense; par une conséquence aussi inévitable, l’injustice entraîne une culpabilité, et toute culpabilité appelle un châtiment; dans l’ordre moral, le châtiment est une conclusion qui sort des prémisses. Ainsi l’ordre moral du monde est constitué de telle sorte qu’il manifeste, d’une manière aussi sublime que terrible, la justice de Dieu dans les destinées des individus, des dynasties et des peuples. On n’a pas besoin d’appeler ici en témoignage l’histoire des temps passés ; notre histoire contemporaine est suffisamment riche en exemples sévères. Puissent-ils être bien compris par les magistrats et les citoyens qui désirent assurer à notre chère patrie, au milieu des vicissitudes du temps futur, le bienfait de la protection divine, ainsi que le maintien de notre bien-être et de notre liberté! Puissions-nous être résolument et généreusement disposés à accomplir tout ce qui est nécessaire pour expier le mal commis, et faire rendre dans l’avenir, aux catholiques de la Suisse et à leur Église, la justice et la bienveillance qu’ils méritent !“

Le Grand Conseil de l’État d’Argovie ayant, dès le mois de mai 1870, fait annoncer par les feuilles publiques son dessein de se séparer du diocèse de Bâle, de supprimer les prébendes des trois chanoines du chapitre de la cathédrale, et enfin de se constituer selon de nouvelles relations avec l’Église catholique, Mgr Lâchât adressa, le 20 mai 1871, une Représentation à MM. les membres de ce Grand Conseil.

Il établissait facilement qu’il n’existe pas dans toute la chrétienté de fidèles n’appartenant à aucun diocèse; qu’une séparation arbitraire et une rupture du lien de juridiction qui existe entre les fidèles et l’évêque constitue l’état de schisme; que ni la constitution de l'État d’Argovie garantissant la religion catholique et l’Église évangélique réformée, ni le concordat de 1828 ne prévoient le cas d’une sécession possible; que ce dernier document au contraire stipule de la manière la plus formelle l’union à perpétuité avec le diocèse de Bâle; que ni les rapports officiels „très bienveillants “ jusqu’ici entre le gouvernement d’Argovie et la chancellerie épiscopale ne justifient une résolution qui mettrait en dehors de l’Église près de cent mille catholiques. Le prélat terminait son écrit par cet appel si plein de cordialité et de franchise à des esprits égarés :

1 Mémoire , p. 83.

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