‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 543 sur 612 · FIDELITE DU CLERGÉ D’ARGOVIE · texte numérisé non relu

FIDELITE DU CLERGÉ D’ARGOVIE

„Pour moi, le concordat diocésain et la décision du Saint-Siège apostolique contenue dans la bulle de circonscription seront toujours l’unique règle de conduite. Je continuerai imperturbablement à me considérer comme le premier pasteur des catholiques d’Argovie, aussi longtemps que l’autorité de l’Église ne m’aura pas déchargé des obligations que j’ai envers eux. Que dans cette situation pénible d’autres embarras nombreux viennent encore entraver mon ministère de premier pasteur, que toutes les ressources matérielles me soient retirées de la manière la plus injustifiable, je saurai trouver, dans la conscience de mon devoir et dans mon dévouement à cette partie du troupeau que l’on veut m'arracher, assez de force et de courage pour n’être point au-dessous de ma tâche. Dieu fera le reste. Dans aucun cas, l’intérêt temporel, la question des revenus, ou n’importe quel autre dommage matériel, n’exerceront la moindre influence sur ma manière de penser et d’agir. Certes, si cette affaire n’engageait que mon seul intérêt personnel, je ne perdrais pas une parole à réclamer, mais ce qui me fait présentement élever la voix contre les déplorables mesures projetées, c’esl la pensée que j’ai de léguer à mes successeurs sur le siège de Râle, la situation que j’ai trouvée moi-même, et parce que d’un autre côté le peuple catholique d’Argovie a le droit de vouloir que les fondations et dotations catholiques soient employées d’une manière conforme aux vues des donateurs.

„Monsieur le Président et Messieurs, je viens de m’exprimer devant vous en toute franchise. J’éprouvais le besoin de le faire. Le cœur contristé du premier pasteur doit au moins pouvoir s'ouvrir à cette place, d’où il peut uniquement, après Dieu, espérer du secours devant les menaces auxquelles il est exposé. Attaqué, bien qu’innocent, je dois aussi pouvoir parler avec force pour me défendre et me mettre à couvert. Certes, je n’ai pas eu l'intention de dire un seul mot ni d’exprimer aucun blâme qui puisse porter atteinte au respect légitime de la plus haute autorité cantonale. Mais je devais nécessairement mettre au jour l'in justice de la mesure projetée par le gouvernement et exposer là-dessus ma conviction personnelle qui est aussi celle de mon conseil épiscopal ; je ne pouvais omettre de vous rendre attentifs aux conséquences de cette mesure, et qui sont certainement plus déplorables que nous ne pouvous l’apercevoir actuellement. J’ai la ferme espérance que vous ne trouverez point désagréables mes représentations et mes prières, et que dans votre sens droit, dans votre dévouement au bien de votre canton, dans l’intérêt aussi de la paix confessionnelle, vous examinerez avec impartialité le projet qui vous est soumis; enfin que vous vous efforcerez par votre décision d’écarter toute injustice dirigée contre l'évêque et contre le diocèse, contre certaines personnes particulières et contre le peuple catholique du canton. Auquel cas, le projet qui vous est soumis devra être dans toutes ses parties indubitablement écarté.

„Agréez, Messieurs, la nouvelle assurance de ma considération très distinguée et de mon perpétuel dévouement,

t EUGÈNE, évêque de Râle."

Quelque jours après, la Conférence générale du clergé d’Argovie adressait à Mgr Lâchât une magnifique protestation de fidélité. Nous ne pouvons nous dispenser d’en extraire les lignes suivantes:

„ Monseigneur et bien-aimé Père, les paroles nous manquent pour exprimer l’admirati on et la joie que nous inspirent votre dévouement apostolique et votre noble désintéressement. Puisse le clergé du canton d’Argovie se montrer toujours digne d’un si vénérable chef! Il peut au moins se rendre le témoignage qu'il en a le plus ardent désir. Sans avoir eu au préalable aucune connaissance de la démarche que vous avez faite auprès du Grand Conseil, le clergé d’Argovie a de son côté élevé une protestation unanime contre la séparation projetée des catholiques d’Argovie de leur légitime pasteur; il a déclaré solennellement qu'il demeurerait inébranlablement attaché à son évêque et au chef suprême de la sainte Église. Et ce qui doit tout particulièrement vous consoler, Monseigneur, c’est que le clergé d’Argovie en adressant cette protestation au Grand Conseil ne faisait qu’exprimer les sentiments du peuple catholique d’Argovie.

.Daignez, Monseigneur, reconnaître dans cette démarche une preuve manifeste de l'intime affection et du dévouement entier que le clergé et le peuple d’Argovie éprouvent

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