‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 545 sur 612 · LES ÉVÊQUES AU CONSEIL FÉDÉRAL · texte numérisé non relu

LES ÉVÊQUES AU CONSEIL FÉDÉRAL

personne de l’évêque de Bâle, employaient les appels et les recours à l’un des plus élevés des pouvoirs publics, au haut Conseil fédéral. Le remaniement des articles confessionnels de la constitution fédérale a aggravé la situation des catholiques, cependant l’article 44 maintient le libre exercice du culte des confessions chrétiennes et garantit la paix et l’ordre public. C.’est par cette voie que les évêques introduisent une plainte, 1 à propos des actes récents du gouvernement d’Argovie, lesquels mettent, en question l’existence de la religion catholique, non seulement dans le canton d’Argovie, mais même dans toute la Suisse. La requête des évêques comprend deux parties: l’une fait ressortir la violation du droit dans la séparation décrétée arbitrairement entre l’Église et l’État par le gouvernement d’Argovie; l’autre établit que l’on porte atteinte au dogme catholique en introduisant dans les écoles un catéchisme d’État, à l’usage des enfants catholiques.

Une adresse du clergé d’Argovie à Mgr l’évêque de Bâle, à l’occasion du Mémoire des évêques, sous ce titre : Craintes et espérances des catholiques d'Argovie2 mettait en toute évidence l’accord intime de tous les fidèles dans la revendication des droits sacrés de la conscience religieuse. Nous ne pouvons nous dispenser de citer cette page du mémoire des évêques qui résume si éloquemment toute l’histoire religieuse de la Suisse:

„ C’est cette Église si indignement méconnue et persécutée qui, dès les premiers siècles du christianisme, a apporté de Rome dans notre pays par ses saints missionnaires le bienfait de la religion chrétienne. En traversant les sommets du Septimer, ils l’avaient prèchée tout d’abord aux Rhétiens de C.oire, et aux Valaisans qui habitent aux pieds du mont Valéria. Plus tard, sous Dioclétien, les héros de la légion thébaine avaient scellé de leur sang, au bourg d’Agaune, la confession de la foi chrétienne. Après avoir établi des sièges épiscopaux à Genève et à Aventicum, l’Église avail évangélisé les bords du Léman et porté la bonne nouvelle de la rédemption jusque dans les vallées et les plaines les plus reculées de ces contrées. Elle avait planté à Vindonissa sur les bords de l’Aar un rejeton verdoyant de son bâton pastoral. Sauvé du milieu des ruines de cette ville, et transplanté à Constance, il devint un grand arbre, et donna jusqu’à ces derniers temps aux peuples fidèles abrités sous ses vastes rameaux les fruits précieux du salut et l’eau vive de la grâce divine. Ce fut l’Église catholique qui envoya aux Rauraques leurs premiers évêcpies. Plus tard ces pontifes, survivant à la ruine d'Augusta Rauracorum , Kaiseraugst, établirent leur siège à Bâle et contribuèrent puissamment à la prospérité de cette métropole, dans le commerce et les richesses, ainsi qu’à sa gloire dans les sciences. Mais l'influence bienfaisante de l’Église ne se borna point à ces illustres villes épiscopales d’autrefois, elle s’étendit aussi sur de vastes territoires dans la Haute-Alsace, depuis les bords du Rhin jusqu’aux paisibles vallées du Jura. Là vécurent heureuses, protégées par la crosse épiscopale, ces catholiques populations jurassiennes, qui attirent aujourd’hui l’attention du monde entier, et par les rudes épreuves qu’elles supportent et par leur inébranlable fidélité dans la foi. Marchant à côté de S. Colomban, son maître, et conduit par la main de l'Église, S. Gall est venu aussi, à travers les Gaules et l’Austrasie, jusqu’aux bords du lac de Constance. De là il s’éleva sur les premiers plateaux des Hautes-Alpes, et fonda au milieu de leurs retraites ce couvent de Saint-Gall qui pendant douze siècles répandit au loin les bienfaits de la culture intellectuelle et morale. Non seulement de toute la Suisse, mais des extrémités de l’Allemagne, on venait dans ce couvent recevoir une éducation vraiment chrétienne. L’Abbé de cette illustre maison, unissant dans la même main la houlette pastorale et le sceptre de l’autorité temporelle, a gouverné pacifiquement, sauf de rares intervalles, et a rendu heureux et prospère le peuple qui lui était soumis. Si les saints fondateurs de l’antique église de Sainte-Vérène à Zurzach, si les

1 Mémoire adressé par les évêques de la Suisse à MM. les membres du Haut Conseil fédéral. Paris,

de Soye&fils, 1872, in-4° = 2 Craintes et espérances des catholiques d’Argovie, Genève, Chanard, 187.2

Page 1