‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 546 sur 612 · CHAPITRE XLIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIT

pieux princes qui ont doté les abbayes de Mûri et de Wettingen, les comtes de Habsbourg et de Lenzbourg, avec leurs descendants et leurs innombrables alliés, franchissant les portes de l’éternité, pouvaient revenir parmi nous et voir de leurs yeux les déprédations commises en Argovie, dans cette église qu’ils environnaient autrefois de leur amour et de leur respect; s'ils connaissaient les plans perfides d’extinction totale dont cette église est menacée aujourd’hui, et s’ils pouvaient entendre les gémissements et les plaintes du peuple fidèle, quel jugement porteraient-ils sur les auteurs de pareilles calamités ?“

A ce mémoire des évêques était annexée la plus énergique de toutes les protestations qu’ait fait entendre Mgr l’évêque de Bâle. Elle était adressée au Grand Conseil de l’État d’Argovie, et nous semble l’une des plus belles pages de cette histoire.

Monsieur le Président,

Messieurs les Membres du Grand Conseil.

Je viens encore une fois et de la manière la plus solennelle protester devant vous, contre le décret voté le 27 septembre, qui adopte „en principe “ la séparation entre l’Église et l'État, et aussi contre les propositions qui s'y rattachent, énoncées dans le rapport du gouvernement d’Argovie, en date du 16 août dernier, et figurant parmi les matières à traiter dans la présente session du Grand Conseil.

Je proteste:

Contre cette séparation entre l'Église et l’État, qui enlève injustement et violemment à l’Église catholique toute l’action qu’elle a jusqu’à ce jour exercée, en vertu de sa nature et sous la garantie de la constitution argovienne, soit dans les choses mixtes, soit dans les choses ressortissant uniquement de son domaine;

Contre la rupture arbitraire du lien qui unit le pasteur au troupeau confié à ses soins, et qui, établi par l’autorité divine, a été dans tous les temps, l’élément essentiel et vital de la société spirituelle et de l'organisation de l’Église catholique;

Contre la violation du concordat conclu entre le Saint-Siege et l’Etat d’Argovie et auquel la convention passée entre les deux autorités, le 2 décembre 1828, article Ier, donne formellement le caractère de perpétuité;

Contre le retrait peu honorable des subsides diocésains stipulés dans le concordat, décision prise sans aucun motif juste et d’une manière très blessante, au détriment du chef spirituel et de plusieurs dignitaires ecclésiastiques du diocèse de Bâle, et qui réduit à l’indigence des prêtres qui ont vieilli dans le service fidèle de l’Église et de l’Etat:

Contre tous les empiètements dans le domaine de la liberté religieuse et du droit ecclésiastique formulés dans les propositions gouvernementales du 16 août dernier, lesquelles porteraient une atteinte grave aux droits du clergé sur les bénéfices ecclésiastiques et entraveraient en tout ou en partie l’exercice de l'autorité diocésaine relativement aux écoles, aux mariages et aux sépultures chrétiennes.

Je proteste au nom de ma charge épiscopale qui se trouve amoindrie et entravée par le projet précité, et au nom du diocèse de Bâle, dont je suis le pasteur, et qui est menacé dans son intégrité et même dans son existence. Au nom de la justice et du droit, au nom des traités solennellement jurés, qui seraient intrinsèquement violés . . . J’invoque la constitution elle-même du canton d’Argovie, dont les articles qui protègent la liberté religieuse ne peuvent pas être modifiés, encore bien moins être appliqués dans un sens contraire à leur objet par un simple décret du Grand Conseil.

Je proteste au nom du clergé d’Argovie, qui aura, quelles que soient les éventualités, toujours les mêmes. obligations envers moi, toujours les mêmes devoirs à remplir, avec cette différence cependant que par suite de l’adoption du projet, ce clergé serait chaque jour dans la triste nécessité, ou d’agir contre sa conscience, ou de s’exposer à la persécution. situation aussi intolérable que contraire à la sainteté de son ministère; au nom du peuple catholique d’Argovie, qui a le droit de conserver sa religion dans son intégrité et de la transmettre intacte aux générations futures; de maintenir fidèlement son union organique avec le chef suprême de l’Église et le reste des évêques, spécialement avec

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