‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 547 sur 612 · SOMMATIONS FAITES A L'EVEQUE · texte numérisé non relu

SOMMATIONS FAITES A L'EVEQUE

l’évêque du diocèse de Bâle, avec tous les fidèles de l’Église en général et particulièrement avec ses frères les catholiques de la Suisse, et enfin de jouir des bienfaits moraux el matériels de ses institutions ecclésiastiques.

Je proteste au nom des souvenirs de l'histoire, laquelle depuis l’origine du christianisme, à l'exception d’un seul pays gouverné despotiquement, n'a jamais signalé un état de choses pareil à celui que l’on voudrait établir dans le canton d’Argovie. J’invoque surtout l’histoire de notre chère patrie suisse, qui n'a jamais connu l’État athée et qui nous montre comme l’époque la plus glorieuse de nos annales celle où l’Eglise catholique par sa doctrine sublime et son culte saint illustrait nos pères et faisait de leurs descendants de bons et vertueux citoyens.

Je réclame enfin au nom et dans l’intérêt de la paix confessionnelle qui sera nécessairement troublée par les décrets proposés, lesquels donneronl naissance à toutes sortes de difficultés et de conflits, d’autant plus graves que la triste situation imposée aux catholiques sera certainement et principalement due aux votes d’une majorité protestante.

Très honorés Messieurs,

Après avoir accompli mon devoir je ne vous adresse plus aucune nouvelle prière. Vous connaissez les obligations qu’imposent la justice et l’équité, et vous pouvez les remplir. Il vous sera facile de suivre votre sens droit et votre conscience, si vous vous dépouillez de tout préjugé. Pour moi, je remets entre les mains de Dieu, souverain Seigneur du ciel et de la terre, les droits et la liberté de l’évêque de Bâle; je confie à la miséricordieuse Providence mon troupeau fidèle, ce bon et religieux peuple catholique dont je plains le sort, et en face de la persécution je recommande à la protection divine ses institutions chrétiennes et son vénérable clergé.

Veuillez agréer, très honorés Messieurs, la nouvelle assurance de ma considération très distinguée et de mon entier dévouement,

Soleure, le 27 novembre 1871.

t EUGÈNE, évêque de Bâle.

Quelques membres du Grand Conseil d’Argovie proposèrent de renvoyer ce document à son auteur, mais la majorité fut d’avis de surseoir et d’attendre pour l'exécution des décrets séparatistes que la constitution fédérale elle-même ouvre la voie. Le Conseil fédéral, auquel s’étaient adressés les évêques, ne tint pas compte de leur requête, mais le peuple suisse, par son vote du 12 mai 1872, rejeta solennellement la nouvelle constitution qui menaçait si gravement la liberté des catholiques. On chercha donc un autre moyen d’attaque, et on le trouva tout préparé dans le mouvement vieux-catholique, qui se produisit pendant l’automne de 1872.

Le mouvement vieux-catholique dans le diocèse de Bâle avait été provoqué par les conférences de M. Reinkens, prêtre allemand d’origine, qui devait dans la suite acquérir une si triste célébrité. Le 15 novembre 1872, Mgr Lâchât, dans une lettre à ses diocésains, mit en garde les fidèles, et menaça des censures ceux d’entre les prêtres qui enseigneraient contrairement au concile du Vatican. Deux prêtres, 1 un employé à Lucerne, l’autre dans le canton de Soleure, avaient dû être frappés. C en fut assez pour exciter le zèle de la Conférence diocésaine. Réunie à Soleure le 19 novembre 1872, elle signifia à l’évêque qu'elle ne reconnaissait pas l’infaillibilité du pape; qu’elle lui interdisait de frapper de censures et de destitution des ecclésiastiques qui n’admettaient pas les décrets du concile du Vatican : que l’évêque devait s’expliquer sur ces différents points dans le délai de trois semaines; qu’il avait à écarter d’auprès de sa personne M. le chancelier

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