CHAPITRE XLII
Duret ; enfin qu’ après le délai marqué, la conférence se réunirait de nouveau pour prendre des mesures ultérieures.
A ces sommations impérieuses de la Conférence, Mgr Lâchât répondit par la lettre du 16 décembre 1872, qui fait le plus grand honneur au caractère de l’évêque et à la noble cause de l’Église catholique. Voici cette lettre:
A Monsieur le Président et à MM. les membres de la Conférence diocésaine, composée des députés de Soleure, Argovie, Berne, Bâle-Campagne et Thurgovie.
Monsieur le Président, Messieurs,
Vous avez signifié à l’évêque de Bâle, en date du 26 novembre 1872, le décret porté par vous le 19 du même mois dans la Conférence diocésaine. Ce décret embrasse des questions multiples de dogme et de croyance, de juridiction épiscopale, de discipline ecclésiastique et d’administration diocésaine. J’ai l’honneur de vous adresser la réponse que vous m’avez enjoint de vous faire à jour fixe et dans un court délai.
N’attendez pas, Messieurs, que j’aille réfuter en détail les opinions et les injustifiables prétentions contenues dans votre dépêche. Je ne m’attacherai pas non plus à défendre par une discussion désormais inutile, contre d’injustes attaques, la légitimité de mes actes épiscopaux et l’inviolabilité de mes droits sacrés. Je me contenterai de quelques remarques sommaires.
Je crois avoir prouvé surabondamment dans mes réponses précédentes, Messieurs, qu’établissant provisoirement un séminaire des élèves du sanctuaire, j’ai non seulement respecté le droit, mais encore accompli un devoir rigoureux, si bien que les accusations échafaudées sur ce fait s’écroulent par le fondement. Je m’en rapporte aux preuves claires et convaincantes, appuyées sur les lois et sur les traités, que j’ai eu l’honneur de vous soumettre, affirmant de nouveau qu’elles dissipent vos assertions purement gratuites, jusqu’à la dernière trace, et que vous n’avez pas même essayé d'y opposer la moindre réfutation. La conscience publique s’étonnera que, sans répondre jamais, vous répétiez toujours dans les mêmes termes, les mêmes accusations sur la même chose.
Comme je tiens pour inutile de prouver ici l’infaillibilité pontificale définie par le concile du Vatican, je n’aborderai pas ce sujet. 11 est clair, il est incontestable qu’un dogme défini par le magistère suprême de l’Église ne peut être mis en question par un catholique, ni moins encore par un évêque. L’évêque, qui est constitué par sa mission divine l’organe de l’Eglise pour son diocèse, n’a pas de devoir plus impérieux, dans son enseignement, que de se conformer rigoureusement à la doctrine reconnue et sanctionnée par l’autorité ecclésiastique, que de veiller sur la pureté et l’intégrité de la foi, toujours vivante dans l’Église par l’assistance du divin Maître . . . 11 n’y a rien, absolument rien
de changé ni dans les droits, ni dans les pouvoirs, ni dans les obligations de l’évêque, soit vis-à-vis du Saint-Siège et de l’Église, soit à l’égard des fidèles et des États. Il en faut dire autant de l’Église universelle et du diocèse de Bâle: leurs constitutions n’ont subi ni changement ni modification. Et quand la prévention verrait une menace dans la définition dogmatique du concile, encore devrait-on en signaler la tendance hostile, ce qu’on n’a jamais fait et ce qu’on ne fera jamais ; encore devrait-on attendre l’apparition du péril avant d’accuser, et la tentative de forfaiture avant de sévir. Toute répression préventive, qu’on le sache bien, est odieuse, injuste et criminelle.
Comme je trouve au fond de ma conscience le témoignage que je n’ai jamais violé ni les lois ni les constitutions des États, certain d’avoir rempli mes obligations envers les autorités civiles, j’affirme que j’ai pleinement satisfait à toutes les exigences légitimes de ma charge épiscopale et que par conséquent je suis parfaitement en droit de repousser