‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 554 sur 612 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Messieurs,

J’ai l’honneur de vous accuser réception du document, daté du 29 janvier dernier, que vous m’avez transmis le 30, et qui a été publié et sanctionné par les députés à la conférence diocésaine des cinq États susnommés agissant au nom de leurs gouvernements respectifs. Contre ce document émané de ce que l’on appelle „la majorité de la conférence diocésaine contre son contenu en général, ainsi que contre ses parties, dans le but de remplir un devoir aussi pénible qu'il m’est strictement imposé, j’élève ici la plus absolue et la plus énergique protestation.

Je proteste avant tout contre votre principale résolution qui déclare vacant le siège épiscopal de Bâle. Je résume ainsi qu’il suit les motifs de ma protestation.

Les évêques sont les successeurs des Apôtres, et comme tels ils sont „ établis par l’Esprit-Saint pour gouverner l’Église de Dieu1' (Act. 20. 28). Leur dignité, leur pouvoir pastoral procèdent de Dieu même et de l’Église ; c’est du Siège Apostolique qu’ils reçoivent leur juridiction sur un diocèse déterminé. Voilà pourquoi chaque évêque catholique se dit „ évêque par la grâce de Dieu et du Saint-Siège Apostolique “. Ce n’est donc nullement de l’État que l’évêque tire ce qu’il possède d’autorité, de pouvoir d’ordonner, de juridiction. Or, ce que l'État ne peut pas donner, il est bien évident qu’il ne saurait le reprendre. S’il est arrivé, lors de la conclusion du concordat, que le Saint-Siège ait accordé aux gouvernements des États diocésains la faculté de lui exprimer leurs préférences avant l’élection canonique de l’évêque, cette clause n’a nullement, ni dans la force des termes, ni dans la politique, le sens d’une révocation possible de l’agrément une fois donné. Ce serait là une innovation dont on ne trouve pas de trace dans toute l'histoire de l’Église et qui témoignerait du point de vue exclusif où peut se placer l’esprit de parti. — Je repousse énergiquement et avec indignation l’autorité que s’arrogent ici des gouvernements non-catholiques, sur un terrain purement confessionnel , relativement à l’exercice de ma charge épiscopale; et je déclare que je ne reconnais aucune valeur aux résolutions qu’ils ont prises et qui ne sauraient nullement devenir plus légitimes par l'adhésion que leur donnent quelques autres membres osant s’appeler catholiques. Le procédé de la conférence diocésaine, qui confine au despotisme et tend à mettre sous le joug la population catholique, ne saurait être approuvé par aucun homme d’État honnête et juste, mais le cœur de l’évêque, avec le sentiment profond de son devoir, le réprouve avec indignation.

Les décrets de votre conférence laissent entendre que l’évêque de Bâle regarde ou doit regarder la vacance de son siège comme un fait accompli et comme une sentence ayant force de droit, par conséquent lui intimant la défense d’exercer désormais les fonctions de sa charge pastorale; c’est exiger de lui un acte indigne, contraire à son honneur, à son devoir et à sa conscience. Mais pensez-vous, Messieurs, qu’un évêque catholique puisse se laisser dicter de tels ordres, dont l’exécution serait une lâcheté et une félonie? Non, jamais! Et dût-il subir la persécution et la mort même, il ne pourra en aucun cas consentir à reconnaître comme justes les décisions de la conférence diocésaine, ni se soumettre à ses exigences. Il est déjà assez blessant et assez douloureux pour lui de se voir soumis à une telle pression. Mais qu’on me permette de le dire: ces procédés sont plus déshonorants pour ceux qui les emploient que pour l’évêque qui en est la victime.

Je n’ai touché jusqu’ici que la principale des résolutions de votre décret, celle qui en est le point culminant, à savoir la vacance que vous prononcez du siège épiscopal de Bâle, ou en d’autres termes, ma sentence de révocation. Mais après avoir protesté contre la première et la principale mesure que vous avez prise, qui n'est qu’un très violent coup de force, je dois aussi m’élever énergiquement contre les autres dispositions et mesures qui s’y rattachent, comme la défense d’accomplir mes fonctions épiscopales, la séparation schismatique des éléments du diocèse de Bâle et la prétention de modifier de votre seul chef te concordat diocésain ; le projet que vous annoncez à’ établir un administrateur du diocèse, prétention inique, aussi longtemps qu’il y a un évêque légitime; le désir que vous exprimez de dresser l’inventaire et d’être mis en possession des objets légués à l’évêché ; le retrait du revenu de l’évêque, qui vous semble aller de pair avec sa révocation et qui est pareillement inique; la séquestration du fonds destiné à parfaire ce revenu, autant du moins que vous pouvez en disposer ; enfin la dénonciation immédiate de l’habitation épiscopale.

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