‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 555 sur 612 · SUITE DE LA PROTESTATION · texte numérisé non relu

SUITE DE LA PROTESTATION

Aussi exorbitantes que soient ces mesures, je dois avouer qu’elles ne m’ont pas absolument surpris. Bien que dès le commencement de mon épiscopat, j’aie nourri les meilleures intentions de maintenir la paix entre l’Etat et l’Eglise ; bien que je me sois borné à exercer mon autorité épiscopale en me tenant scrupuleusement dans les limites qu’elle comporte et que j’ai trouvées établies par mes deux vénérables prédécesseurs ; sans avoir jamais entrepris quelque innovation ou changement, ayant au contraire donné suite avec empressement à plusieurs voeux des États diocésains, je me suis vu pourtant, depuis plusieurs années, sans interruption, attaqué et entravé tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, dans l’exercice de ma charge, et j’ai vu aussi les violences tomber coup sur coup sur mon diocèse, sans que l’on ait tenu le moindre compte de mes représentations. Tout dernièrement. on a manifesté, [dans le sein même des autorités cantonales de plusieurs États, des projets d’une complète extinction de l’Église catholique dans le diocèse de Bâle, et on a procédé à l’exécution de ce plan, sans aucun respect des droits et des traités. Était-il possible, était-il permis à l’évêque de garder le silence? Non; mais tout ce qu’il disait ne faisait qu’aigrir et augmenter le ressentiment que l’on nourrissait contre lui. Sont venues ensuite les résolutions de la conférence du 29 janvier; c’est une espèce de couronnement de V édifice, ou plutôt c’esl la dernière pelletée jetée par les enterreurs d,u diocèse de Bâle. Cependant, j’espère encore voir la résurrection ; car il y a là-haut une Justice qui a les yeux ouverts sur les actions des hommes et sur leurs complots.

Puis, l’évêque veut bien répondre à un certain nombre des griefs mentionnés dans le document du 29 janvier. Il examine 1° le grief dont on le charge à propos de son attitude au concile œcuménique; 2° le grief aussi peu fondé d’avoir violé le serment prêté aux gouvernements des États diocésains; 3° le grief d’avoir foulé aux pieds les droits de l’État et les lois des cantons; 4° le grief selon lequel il se serait attribué induement certains droits pour la nomination des curés ou bénéficiers; 5° le grief d’avoir fait un odieux trafic des taxes en matière de dispenses; enfin le grief selon lequel il mettrait en péril la paix confessionnelle.

„Sur tous et chacun de ces points, dit-il, j’atteste Dieu et ma conscience que je me reconnais pleinement et complètement innocent. Il y a d’ailleurs, selon les lois de l'Église, d’autres voies à suivre que celles de la violence, quand on croit avoir à se plaindre d’un évêque. Son supérieur et son juge c’est le Pape ; je suis prêt quand on voudra à rendre compte de ma conduite devant le tribunal du successeur de S. Pierre. Mais il paraît évident que l’on a tenu, en procédant contre moi, à éviter le droit chemin. On a pensé qu’en raison de la considération qui s’attache aux actes de l’autorité, on m’accablerait sous le verdict de V opinion publique. Sans contredit, ce moyen qui place cinq gouvernements cantonaux vis-à-vis d’un seul pauvre évêque est de nature à donner des résultats, sinon glorieux, du moins certains. Mais ce qui me paraît douteux, c’est que l’on parvienne à étouffer pour toujours la voix de la vérité et du bon droit.

Je renouvelle, en terminant, ma protestation contre l’ensemble du procédé dont on a usé envers moi, contre la compétence que l’on s’est arrogée, contre le contenu intégral du décret de la conférence diocésaine du 29 janvier. Je remplis ici un devoir douloureux et profondément affligeant comme évêque, comme catholique et comme citoyen suisse. Serai-je encore peut-être obligé de recourir à d'autres moyens pour protéger mon droit, c'est ce que je ne veux pas décider. Présentement il me suffit d’en appeler au témoignage de ma conscience, au peuple catholique tout entier dans le diocèse et hors -.du diocèse, à mon bon et fidèle clergé qui participe le premier à mes souffrances et à mes persécutions, au jugement de l’impartial avenir, au divin fondateur et protecteur de l'Église, qui connaît tout et lit jusqu’au fond des cœurs. — J'ai la confiance que le Dieu tout-puissant prendra en main la défense du juste persécuté, du bon droit opprimé et qu'il fera régner la justice et la liberté de son Église et en particulier dans ce diocèse de Bâle si indignement traité.

Je repousse enfin avec un sentiment de dégoût le reproche que me fait la conférence diocésaine dans sa proclamation de n’ avoir point les sentiments d'un citoyen suisse ni d’un républicain. Ce sont là d'odieuses insinuations, et rien de plus. Mes paroles, mes actes,

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