‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 567 sur 612 · INSTRUCTION AU CLERGE PERSECUTE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION AU CLERGE PERSECUTE

éternelle de tous les prêtres du Jura, d’être restés, au prix des plus grands sacrifices, fidèles au peuple catholique, à votre évêque légitime et à l’Eglise de Jésus-Christ. Ni les promesses, ni les menaces, ni l’or des puissants du jour, ni les plus atroces calomnies, ni les comparutions devant les tribunaux, ni la perspective de la pauvreté, de la prison, de l’exil: rien n'a pu ébranler votre constance, décourager votre patience, ou faire fléchir vos principes chrétiens. Vous avez ainsi maintenu intact l'honneur sacerdotal, attesté votre noble désintéressement et votre généreux dévouement an peuple catholique du Jura, auquel vous conservez le trésor de la foi et la liberté des âmes.

Non, vous n’êtes pas des révoltés : vous êtes les ministres fidèles de Jésus-Christ, les gardiens consciencieux de sa doctrine et les dépositaires intègres de ses richesses spirituelles. Seulement, vous avez refusé de livrer le drapeau que l’Eglise vous a confié; vous n’avez point voulu trahir les âmes. Vous avez gardé vos serments. Non, encore une fois: vous n’êtes pas des révoltés; vous n’avez violé aucune loi, ni aucune constitution; vous ne vous êtes soustraits à aucune obligation de l’ordre civil. Voulant demeurer fidèles à vos devoirs sacrés et à vos serments, vous avez dit comme Maurice et ses soldats aux tyrans qui firent couler leur sang : „ Cessez de nous réduire à la triste nécessité d’apostasier; nous devons obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes; avant de faire des serments au pouvoir terrestre, nous avons fait serment à Dieu, à Dieu votre Maître, que vous le vouliez ou ne le vouliez pas : nous préférons mourir innocents plutôt que de vivre coupables. “

Vous êtes aussi, comme S. Maurice et ses soldats, de la milice chrétienne. Vous avez tous noblement et courageusement rempli votre devoir. Gomme au camp de la noble et vaillante Légion, il n'y a parmi vous ni traîtres, ni déserteurs, ni lâches.

Aussi, mon cher ami, comme je. suis fier d’être votre concitoyen, votre évêque!

Le premier dépouillé, chassé de la demeure de mes pères, c’est pour moi une amère douleur de vous voir tous souffrir avec moi, mais votre fidélité me donne une grande consolation. Chaque jour je reçois de nombreuses lettres de félicitations à votre sujet de la part des évêques de tous les pays, des associations laïques et des personnages les plus distingués. Vous avez illustré notre Jura devant toute l’Église. En sorte que je dois bénir le Seigneur et que je surabonde de joie au milieu de toutes mes tribulations.

Toutefois, je ne saurais me faire à la pensée que vos paroissiens vont être livrés à des mercenaires et aux séductions de prêtres intrus ou apostats. Ce sera aussi votre plus grande douleur, je n’en doute pas. Quoi qu’il arrive, vous demeurez, Monsieur le curé, le seul vrai pasteur, le seul curé légitime de votre paroisse ; c’est à vous seul que l'Église a confié le soin des âmes. Quelque violence qu’on exerce contre vous, l’Église vous conserve tous vos pouvoirs et vos droits, et vos obligations de pasteur subsistent à l’égard de vos paroissiens. Vous êtes tenu, en conscience, de les assister et de leur distribuer les secours spirituels, si vous le pouvez. L’Église continue à vous considérer comme légitime curé de votre paroisse; vous y êtes son unique représentant. D'un autre côté, vos paroissiens sont tenus, comme auparavant, d’écouter votre voix et de respecter en vous leur pasteur et le ministre de l’Église.

Mon cher ami, quand vous serez traduit devant les tribunaux, souvenez-vous des promesses de Jésus-Christ: il sera avec vous pour vous inspirer, vous fortifier et vous consoler. O soldats, soldats de S. Maurice, généreux athlètes de Jésus-Christ, mon cœur a besoin, avant de quitter ce champ arrosé de votre sang si pur, de penser encore à vous et mes yeux de contempler vos os brisés par le tyran couronné; voici tout le peuple, et les magistrats, et les lévites, et les pontifes qui portent en triomphe ces héros du Christ; et le persécuteur des chrétiens, qui a écrasé sous son armure de fer ces tendres agneaux, ne laisse pour toute mémoire qu'un nom couvert d’opprobre, symbole de la cruauté et de l’infamie!!

Consolons-nous, mon cher curé. Dans quelques années-, il est vrai, et peut-être plus tôt, nous aurons vécu; mais la croix toujours radieuse du Sauveur Jésus continuera d’abriter notre cher Jura sous ses rayons divins. Que j’aurais de bonheur de revoir nos chers curés et de me retrouver au milieu de nos bonnes populations! . . . Adieu.

Recevez l'assurance de mes respectueux et tendres sentiments.

f EUGÈNE, évêque de Bâle.

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