‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 568 sur 612 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Ces exhortations au clergé du Jura avaient pris un caractère de palpitante actualité. Le 15 septembre 1873, la cour d’appel de Berne avait destitué tous les curés et leur avait interdit toute fonction ecclésiastique. On dut quitter les églises et les presbytères, pour célébrer le culte dans les granges, sous les hangars, pour habiter dans les maisons privées. Certains curés avaient été incarcérés, d’autres violentés ; un dernier fléau survint, ce fut l’invasion des intrus. Ces hommes étaient venus de divers côtés sur l’appel du gouvernement de Berne. On leur promettait une cure à la condition „de se séparer de l’évêque Lâchât, et de ne reconnaître que les autorités ecclésiastiques agréées par l’État". Tout fut mis en œuvre pour concilier à ces recrues du schisme la faveur et l'influence, promesses, menaces, violences. Mais tout fut inutile. Les diocésains de Mgr Lâchât avaient entendu la voix du vrai pasteur, qui, dès le 20 octobre, leur adressait les instructions suivantes :

„Vous me demandez, en fidèles diocésains, des directions de conscience et des règles de conduite chrétienne dans les douloureuses circonstances que traversent les catholiques du Jura. Je m’empresse, Messieurs, de satisfaire vos louables désirs et j’appelle tout de suite votre attention sur quelques principes fondamentaux de la foi catholique : Les prêtres n’ont ni pouvoirs ni mission réelle, s’ils ne les tiennent de l’évêque diocésain , sans l’autorisation duquel il ne sont que des intrus, qui exercent sacrilégement les fonctions pastorales n’ayant aucune juridiction spirituelle.

I. Il n’y a et il ne peut y avoir dans un diocèse, par conséquent dans celui de Bâle, qu’un seul évêque légitime , qui est celui que le Saint-Siège reconnaît et approuve. Or, il est de fait que l’Eglise catholique maintient dans ce diocèse l’évêque actuel, qu’elle lui confie l’autorité spirituelle et que le clergé, ainsi que l’immense majorité des catholiques, continuent de le considérer comme leur seul et unique évêque.

II. Les prêtres qui ont reçu leur mission et la juridiction spirituelle de cet évêque légitime sont les seuls véritables pasteurs de l'Eglise catholique, les seuls curés légitimes dans le diocèse en général et dans le Jura en particulier; eux seuls ont les pouvoirs spirituels nécessaires pour y exercer la charge d’âmes.

III. 7 ’ous les autres prêtres, quels que soient leurs titres et leurs qualités, n’ont ni mission ni pouvoirs spirituels pour y exercer les fonctions pastorales. Si nonobstant ce défaut de juridiction et de pouvoirs, des prêtres ont la témérité d’y attenter, leurs actes sont sacrilèges, et leurs personnes excommuniées.

IV. D’un autre côté, aucun catholique ne peut, sans péché grave , prendre part aux cérémonies du culte célébré par des intrus ou des schismatiques, ni assister à leurs prêches, ni recevoir les sacrements de leurs mains souillées, ni coopérer à aucun acte de nature à favoriser leur usurpation sacrilège. Non, il n’ est point permis aux catholiques , sous quelque prétexte que ce soit , d’avoir aucune communication religieuse avec ces prêtres prévaricateurs, infidèles à leur Eglise, traîtres à leurs supérieurs et au peuple, et qui consentent à servir d’instrument pour introduire le schisme dans notre diocèse et arracher nos braves populations jurassiennes à l’Eglise notre mère.

Ces règles de conscience ne sont point arbitraires, ni établies pour les circonstances présentes: elles sont de tous les temps et de tous les lieux.

Citoyens libres d’un pays libre, les catholiques du Jura doivent réclamer la liberté complète de leur culte, de leurs prêtres et de leur religion. Ils doivent revendiquer tous les droits que les constitutions, les traités et les institutions garantissent à leur Eglise et aux écoles catholiques pour l’ enseignement religieux. Les églises catholiques et les maisons curiales, dans le Jura, appartiennent aux catholiques.

Les bons catholiques jurassiens ne peuvent oublier que leurs pasteurs ont été, durant de longues années, en butte aux calomnies, aux injures de toutes les sortes et qu’il ont subi des violences inouïes, des amendes et même la prison. Aujourd’hui ils sont chassés de leurs cures, dépouillés et sans asile; la pauvreté est leur partage. Peut-être même l’exil sur la terre étrangère leur est-il réservé. On les a accusés d’être des révoltés; mais en réalité on voulait les forcer à trahir et l’Église et le peuple catholique, car on les a placés entre la nécessité, ou de violer leurs serments de fidélité à leur évêque et à l’Église,

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