‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 570 sur 612 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Miséricorde ne Nous soutenait. Récemment encore, les choses en sont venues à ce point que la mort même semblerait préférable à une vie bouleversée par tant d’orages, et que parfois nous sommes contraint de Nous écrier, les yeux levés au ciel: „I1 vaut mieux que Nous mourions plutôt que de voir les maux des saints." En effet, depuis que, par la permission de Dieu, cette brillante cité, Notre ville, a été prise par la force des armes et soumise an gouvernement d'hommes contempteurs du droit, ennemis de la religion, qui confondent les choses divines et humaines, il ne s’est presque pas passé un seul jour qu’on n’infligeât quelque nouvelle blessure à Notre cœur transpercé déjà par tant et tant d’outrages et de vexations diverses. Nos oreilles résonnent encore des plaintes et des gémissements de ces religieux et de ces vierges qui, chassés de leurs maisons et manquant de tout, sont poursuivis et dispersés, comme on traite des ennemis et comme on a coutume de faire partout où domine une de ces factions qui tendent à renverser l’ordre social. Vous n’ignorez pas, en effet, Vénérables Frères, que quelques-uns des cantons de la Confédération helvétique, excités, non pas tant par les hétérodoxes, dont quelques-uns ont même réprouvé ces attentats, que par les turbulents disciples de sectes qui se sont partout aujourd’hui emparés du pouvoir, ont bouleversé tout ordre et miné les fondements mêmes de la constitution de l'Eglise du Christ, non seulement contre loute règle de justice et de raison, mais malgré la foi publiquement donnée, puisque, en vertu de pactes solennels confirmés par le suffrage et l’autorité même des lois de la Confédération, il fallait que la liberté religieuse demeurât complètement assurée aux catholiques. Déjà, dans Notre allocution du 23 décembre de l’année passée, Nous avons déploré cette violence faite à la religion par les gouvernements de ces cantons, „soit en décidant des dogmes de la foi catholique, soit en favorisant les apostats, soit en interdisant l’exercice de la puissance épiscopale". Mais ces très justes plaintes portées sur Notre ordre au Conseil fédéral par Notre chargé d’affaires, ont été complètement méconnues, et on n’a pas tenu un plus juste compte des requêtes présentées à diverses reprises par les catholiques de tout ordre et par l’épiscopat suisse. Bien plus, aux premières injustices on en a joint de nouvelles et de plus graves.

Tristes et funestes sont les choses que Nous venons de rappeler, mais il en est arrivé de plus funestes encore dans cinq des sept cantons dont se compose le diocèse de Bâle, à savoir : Soleure, Berne, Bâle-Campagne, Argovie et Thurgovie. Là aussi il a été fait sur les paroisses, sur l’élection et la révocation des curés et des vicaires, des lois qui, détruisant le gouvernement de l’Église et sa constitution divine, soumettent le ministère ecclésiastique à une domination séculière et tout à fait schismatique. En conséquence, Nous réprouvons et condamnons ces lois, nommément celle qui a été faite par le gouvernement de Soleure le 23 décembre de l’année 1872, et Nous voulons qu’on les considère comme à jamais réprouvées et condamnées. Or, Notre vénérable frère Eugène, évêque de Bâle, ayant rejeté avec une juste indignation et une constance apostolique certains articles établis dans un conciliabule ou une conférence diocésaine , comme ils l’appellent, dans laquelle siégeaient cinq délégués des cantons susdits, et qui lui furent proposés, il a été, pour ce fait, dépossédé de son épiscopat, chassé de son palais et violemment jeté en exil, bien qu’il eût un motif absolument impérieux de repousser ces articles, car ils attaquaient l’autorité épiscopale, renversaient le gouvernement hiérarchique et favorisaient ouvertement l’hérésie. Dès lors, il n’est sorte de fraude et de vexation qui n’ait été commise, afin que, dans ces cinq cantons, le peuple et le clergé fussent entraînés dans le schisme. On interdisait au clergé tout commerce avec le pasteur exilé, ordre était donné au chapitre cathédral de Bâle de procéder à l’élection d’un vicaire capitulaire ou d’un administrateur, connue si le siège épiscopal était réellement vacant ; mais le chapitre, par une protestation publique, repoussa courageusement cet indigne forfait. Cependant, par sentence et décret des magistrats civils de Berne, soixante-neuf curés du Jura étaient sommés de ne plus remplir la charge de leur ministère, puis d’abdiquer leurs fonctions, pour l’unique motif qu’ils avaient publiquement attesté ne reconnaître d’autre évêque et pasteur que Notre vénérable frère Eugène et ne vouloir à aucun prix se séparer honteusement de l'unité catholique.

Par là, il est arrivé que tout ce territoire, qui avait constamment gardé la foi catholique et qui précédemment avait été uni au canton de Berne, sous cette loi et avec cette

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