CHAPITRE XLII
plus complètement et plus vite le gouvernement ecclésiastique et l’ordre de soumission hiérarchique institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, ces mêmes lois ont établi plusieurs empêchements à ce que les évêques, au moyen des censures et des peines canoniques, pourvoient, selon les circonstances, soit au salut des âmes, soit à la pureté de la doctrine dans les écoles catholiques, soit à l’obéissance qui leur est due par les clercs: en effet, par ces lois il n’est permis aux évêques d’agir ainsi que selon le bon plaisir de l’autorité civile et conformément aux règles établies par elle. Enfin, pour que rien ne manquât à cette oppression radicale de l’Eglise catholique, il a été institué un tribunal royal pour les affaires ecclésiastiques, auxquels les évêques et les pasteurs sacrés pourront être appelés, aussi bien par les particuliers qui leur sont soumis que par les magistrats publics, de façon qu’ils passent en jugement comme accusés et qu’ils soient entravés dans l’exercice de leur charge spirituelle.
Et ce n’est pas la fin des injustices qui sont commises contre l’Église catholique; il faut y ajouter le patronage ouvertement accordé par le gouvernement prussien et les autres gouvernements de l’empire d’Allemagne à ces nouveaux hérétiques qui se disent vieux-catholiques , par un abus de langage qui serait ridicule, si tant d’erreurs monstrueuses de cette secte contre les grands principes de la foi catholique, tant de sacrilèges commis dans le culte divin et l’administration des sacrements, tant de graves scandales, et la perte de tant d’âmes rachetées par le sang de Jésus-Christ, n’arrachaient plutôt les larmes des yeux.
Or, ce que tentent et ce que poursuivent ces malheureux fils de perdition, ressort évidemment de quelques-uns de leurs écrits, mais surtout de l’écrit très impudent et impie publié naguère par celui qu’ils se sont récemment donné comme pseudo-évêque. Lorsqu'ils attaquent et renversent le vrai pouvoir de juridiction qui appartient au souverain pontife et aux évêques successeurs de Pierre et des apôtres; lorsqu’ils transfèrent ce pouvoir au peuple ou, comme ils disent, â la communauté, ils rejettent et combattent le magistère infaillible aussi bien du Pontife romain que de toute l’Église enseignante. Se posant contre l’Esprit-Saint promis par Jésus-Christ à l’Église, pour qu’il demeure toujours avec elle, ils affirment avec une incroyable audace que le Pontife romain, et tous les évêques, les prêtres et les peuples unis à lui par l’unité de foi et de communion, sont tombés dans l’hérésie lorsqu’ils ont sanctionné et professé les définitions du Concile œcuménique du Vatican.
Mais ces hommes s’étant avancés avec plus d’audace dans la voie d’iniquité et de perdition, comme il arrive ordinairement aux sectes hérétiques par un juste jugement de Dieu, ils ont voulu se façonner aussi une hiérarchie, et ils ont élu et se sont, comme nous l’avons dit, constitué pour pseudo-évêque un certain apostat notoire de la religion catholique, Joseph Hubert Reinkens; puis pour que rien 11e manquât à leur impudence, ils se sont adressés pour sa consécration à ces jansénistes d’Utrecht qu’euxmêmes, avant de se détacher de l’Église, tenaient, comme tous les autres catholiques, pour des hérétiques et des schismatiques. Cependant ce Joseph Hubert ose se dire évêque, et, ce qui passe tonte croyance, il est, en vertu d’un décret public, reconnu et nommé évêque catholique par le sérénissime empereur d’Allemagne, qui le propose comme devant tenir la place de l’évêque légitime et être obéi par tous ses sujets.
Quelqu’un de vous, Vénérables Frères, s’étonnera peut-être de voir s’étendre si loin la guerre qui, de notre temps, est déclarée à l’Église catholique. Mais quiconque, connaissant bien le caractère, les desseins et le projet des sectes, — qu’elles s’appellent maçonniques ou de tout autre nom, — les compare avec le caractère, le système et l’étendue de cette conspiration qui, presque par toute la terre, s’attaque à l’Église, ne pourra douter un instant que la calamité présente ne doive être rapportée surtout aux ruses et. aux machinations de ces sectes. Car c’est en elles que la synagogue de Satan prend sa force pour armer ses troupes contre l’Église de Jésus-Christ, déployer ses étendards et livrer bataille. Déjà Nos prédécesseurs, sentinelles vigilantes en Israël, ont dénoncé ces sectes dès leur origine aux rois et aux peuples, puis ils les ont frappées coup sur coup de leurs condamnations. Nous-même Nous n’avons point failli à ce devoir. Plût à Dieu que les pasteurs suprêmes de l’Église eussent été mieux écoutés par ceux qui auraient pu détourner une peste si pernicieuse ! Mais elle, se glissant à travers des