‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 574 sur 612 · CHAPITRE XLIJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIJ

à l’Encyclique ne se fit-elle pas attendre. Le 12 décembre 1873, le Conseil fédéral, après avoir supprimé la nonciature, signifiait son renvoi de la Suisse à Mgr Agnozzi, chargé d’affaires du Saint-Siège auprès de la Confédération. Dans les premiers jours de février 1874, ce haut dignitaire quitta Lucerne, où depuis trois siècles la cour de Rome avait toujours eu ses représentants auprès de la Suisse catholique. Contre cette expulsion du nonce apostolique, Mgr Lâchât, uni à ses deux collègues de Lausanne et de Saint-Gall, adressa au Conseil fédéral une douloureuse protestation.

L’année 1874 s’ouvrit par de nouvelles épreuves pour les catholiques du Jura. La loi sur les cultes qui sous prétexte de réorganiser le culte catholique lui avait infligé de graves atteintes fut votée par une majorité protestante, contre les dix mille voix négatives du Jura. Les recours au Conseil fédéral furent écartés. Des commissaires envoyés de Berne s’appliquèrent dans leurs rapports à présenter le pays comme prêt à se soulever; de là, un décret d’occupation militaire. On espérait que cette mesure de terreur amènerait comme résultat l’apostasie et rétablissement du schisme. Il n’en fut rien. Les répartitions les plus arbitraires des soldats dans les familles catholiques ne firent que sceller la fidélité des jurassiens à leur foi. Il faut lire dans un écrit du temps intitulé: Tableau (T honneur des victimes de la persécution dans le Jura, 1 le détail de ces actes d’oppression, d’une part et de patience héroïque, de l’autre.

Cependant le 31 janvier un décret d’exil fut porté contre le clergé du Jura. Quatre-vingt-quatorze prêtres jurassiens durent quitter leurs demeures et leur pays. L’Alsace leur fut interdite; il en fut de même du canton de Soleure et du canton de Bâle-Campagne. — Deux maisons de religieuses institutrices restaient, l’une à Porrentruy, l’autre à Saint-Ursanne ; elles furent supprimées en février et mars, et les religieuses durent aller s’établir sur le territoire français. Le culte exercé dans des locaux privés fut lui-même interdit. On dut célébrer la messe en cachette, avec la crainte continuelle d’une visite des gendarmes, suivie de l’incarcération du prêtre. Dans un grand nombre de localités éloignées de la frontière, on se contentait de la récitation à haute voix des prières de la messe et de la lecture d’une épitre envoyée par le curé exilé à ses paroissiens désolés. Voici la description que nous donne un témoin oculaire :

„ Parfois, ces prêtres franchissent, sous des déguisements qui les couvrent à tous les yeux, les frontières de France, et ils reparaissent quelques heures, pendant la nuit, au milieu de leurs troupeaux. Ils visitent, consolent, administrent les malades; ils entendent quelques confessions, offrent dans le secret d'un grenier ou d’une cave le saint sacrifice, et disparaissent aux premières heures du jour. Dans un village, c’était l’heure de l’office, la foule remplissait la grange, les cierges étaient allumés à l’autel; on chantait, et il y avait au front de chacun je ne sais quelle joie inaccoutumée. Et cependant l’autel était vide. Tout à coup, deux gendarmes se présentent ; ils viennent pour saisir le prêtre qu’on a signalé dans ce village. Ils ne trouvent qu’un peuple recueilli, chantant devant un autel sans sacrificateur. Ils se retirent. Et la messe se poursuit, et, au son de la cloche, tous se prosternent et adorent. Derrière une paroi qui s’appuie à l’autel, le curé est là, caché, disant, pour sa paroisse, la messe du dimanche, et tous le savent et joignent leurs prières à celles du prêtre.

f Porrentruy, Gürtler, 1879.

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