CHAPITRE XLII
„I1 y a en outre dans cet acte de restitution une signification dont je sens vivement la portée, et que les bons catholiques du diocèse, ainsi que l’épiscopat suisse sauront hautement apprécier. En me remettant tout ce qui a été versé dans vos mains de la fondation de la grande bienfaitrice du diocèse, vous affirmez, non point par des paroles, mais d'une manière très explicite et dans l’exercice de votre pleine autorité, que ma personne, si humble qu’elle soit, possède réellement le caractère et le titre d'évêque légitime de Bâle, que le prétendu décret qui me prive de la libre administration des revenus d’un legs reconnu valide, n’a aucune valeur à vos yeux, et que j'ai été la victime d'une odieuse spoliation. Si ma reconnaissance vous est due pour le secours que vous venez de m’accorder, je l'apprécie bien d’avantage, Monsieur le Président et Messieurs, pour l’effet moral qu'il doit produire."
Puis, le prélat expliquait l’emploi de ces fonds, et terminait sa lettre par les paroles suivantes:
„ Cependant, Messieurs, il faut reconnaître que tout notre diocèse se trouve dans un état de souffrance et de perturbation, très funeste à la religion, à la jeunesse, au clergé et au bonheur de tous. En attendant qu'il plaise à ceux qui peuvent et doivent faire cesser cette situation violente et très déplorable, je continuerai, selon mes forces, à remplir la mission que l'Eglise m’a confiée."
En juillet 1880, les évêques de la Suisse publièrent une Exhortation aux fidèles de leurs diocèses, à propos des périls auxquels est exposée la foi catholique sous le régime de l’Etat moderne. 1 Ils commencent par faire une revue très exacte des difficultés de pratiquer la foi catholique, dans les conditions imposées aux chrétiens par les lois et les mœurs modernes; puis iis considèrent les moyens de conjurer les périls que courent les fidèles, dans la vie de famille, à l'école, à l’atelier, dans les loisirs des fêtes, dans les cercles et associations et enfin dans l’usage de la presse.
Pendant l’année 1881, Mgr Lâchât fut prié de remplacer pour la tournée de confirmation Mgr Paulinier, archevêque de Besançon, empêché par la maladie. Il s’occupa aussi de la répartition équitable entre les prêtres du Jura des fonds alloués aux seuls ecclésiastiques placés à la tête des quarante-deux cures, conservées par le décret du gouvernement de Berne du 9 avril 1874, qui délimitait les communes paroissiales. L’évêque portait remède à l’inégalité de la situation matérielle des prêtres, par une mesure acceptée de plein gré, et appelée pacte sacerdotal. De cette manière les traitements des ecclésiastiques étaient ramenés à peu près au taux où ils étaient avant la persécution.
La loi sur les cultes promulguée dans l’État de Berne et appliquée au Jura inflige de nombreuses et profondes atteintes au droit canonique. Elle est faite sans aucune participation de l’autorité ecclésiastique; elle donne à la constitution de l’Église une base démocratique par le vote des laïques qui, dans le synode et les assemblées paroissiales, sont investis du droit d’instituer le clergé, et de disposer des bénéfices. En outre, la liberté de l’exercice du culte catholique est gravement atteinte; les processions sont supprimées, et la solennité des funérailles est en grande partie empêchée. Le principe de l’élection n’aura jamais aux yeux de l’Église catholique une valeur constitutive, mais seulement le caractère d’une présentation, d’une indication à l’autorité ecclésiastique qui nomme et institue les ministres du culte. Voilà pourquoi dans la question de la participation des catholiques au vote des conseils paroissiaux, Mgr l’évêque de Bâle ne voulut donner aucune décision. Le vote de 1879, qui envoya au synode dans le Jura une majorité
1 Exhortation des évêques de la Suisse, aux fidèles etc. Fribourg, lmp. de S. Paul, 1880.