‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 592 sur 612 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

A la suite de cette lettre, la presse de toutes les nuances constata dans le clergé et dans le peuple une émotion de tristesse résignée, de douleur intime, mais tempérée par la confiance en Dieu et le devoir de l’obéissance. Tel fut le sujet du dernier mandement de Mgr Lâchât au diocèse de Bâle, à la date du 29 janvier 1885. Sa préconisation comme archevêque de Damiette, eut lieu dans le consistoire du 23 mars; et par une commission spéciale du pape, le prélat demeura chargé d’administrer le diocèse deBàle, jusqu’à la préconisation de son successeur. C’est avec le titre d’administrateur apostolique du Tessin qu’il adressa ses adieux au clergé et aux fidèles du diocèse de Bâle, dans une remarquable lettre où nous devons signaler les passages suivants :

Nos Très Chers Frères!

Vous connaissez déjà les faits récents cpii concernent notre personne, et les dispositions prises par le Vicaire de Jésus-Christ, relativement à l’administration spirituelle du diocèse de Bàle.

Par une lettre, en date du 18 décembre de l’année dernière, Sa Sainteté, le Pape Léon XIII, a daigné nous faire savoir qu’il accueillait notre demande, soumise à l’appréciation de sa sagesse, d’être déchargé de l’administration du diocèse de Bàle. En même temps, il voulait nous assigner une autre tâche à remplir et nous proposait le titre à' Administrateur apostolique dans le canton du Tessin. „Dans ce nouveau champ qui est ouvert à votre activité spirituelle, vous aurez, disait le Saint-Père, des fils obéissant à votre autorité et remarquables par leur piété; vous trouverez des moissons prêtes à lever, de pieuses institutions à l’entretien et au développement desquelles la sollicitude éclairée et diligente d’un premier pasteur est nécessaire. “ Puis, le souverain pontife daignait, sous l'impulsion de son cœur généreux, nous combler d’éloges et d’honneurs, et nous adressait des paroles empreintes d’une paternelle tendresse, dont notre indignité ne peut que s’humilier et demeurer pleine de confusion.

A la suite de la publicité donnée à ce document pontifical, de nombreuses preuves de sympathique affection nous sont venues de tant de côtés et de sources si diverses, que. ne pouvant répondre à tous individuellement, nous saisissons l’occasion présente pour exprimer notre vive gratitude à tous ceux qui se sont souvenus de nous, et tout particulièrement à nos très chers et dignes coopérateurs, les prêtres du diocèse de Bâle, qui nous ont donné tout récemment un si touchant témoignage de leur amour filial dans une lettre admirable, que l’histoire ecclésiastique gardera pour la postérité.

Le moment est venu, Nos Très Chers Frères, de mettre à exécution les desseins du Saint-Père, et de prendre congé de notre cher clergé et des fidèles bien-aimés du diocèse de Bàle. Nous avions pensé pouvoir dire avec le roi-prophète : „ C’est ici le lieu de mon repos, et j’y habiterai pour toujours;" (Ps. GXXXI. 14.) mais voici que nous devons au contraire nous appliquer ces aut res paroles de David : „ Je suis devant vous, Seigneur, comme un voyageur, ainsi que l’ont été mes pères." (Ps. XXXIX, 13.) „En effet, dit S. Basile, tant que nous vivons dans cette chair mortelle, nous sommes des étrangers et des voyageurs; ce n’est qu’au sortir de cette vie que nous entrerons dans le lieu de notre repos." (Horn. Ps. 14.) Mais en attendant, ne pouvons-nous pas dire aussi: „Que je suis malheureux, de ce que le temps de mon exil soit prolongé sur la terre ! “ (Ps. CXIX, 5.)

Toute notre vie, Nos Très Chers Frères, n’a été, nous pouvons bien le dire, qu’un acte d’obéissance, et nous nous trouvons heureux, dans notre âge avancé, de témoigner encore notre dévouement au Saint-Siège et à la sainte Église par un acte de soumission à l’auguste personne de Léon XIII. D’autres prélats, aussi illustres que notre obscurité est grande, nous ont donné des exemples analogues. Cette voie de l’obéissance a été suivie déjà par le père des croyants. „ Voyez en effet, Abraham, nous dit encore S. Basile : Dieu lui commande d’abandonner demeure, patrie, possessions, parents, amis, et d’aller dans une terre lointaine, en un pays inconnu. Voyez comme il obéit promptement; comme il sacrifie son repos, son bonheur domestique; comme il accepte les ennuis et les

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