ADIEUX AU DIOCESE DE BALE
fatigues du voyage ! Ayant résolu d’obéir à Dieu, il ne s’inquiète plus de ce qui arrivera, mais seulement de pratiquer l'obéissance le plus parfaitement possible." (Const. monast. c. 22.)
Il est vrai que votre évêque n’est pas envoyé chez des étrangers, mais bien au milieu d’une population amie, intelligente et bonne; toutefois, je reste dans l’exacte vérité en affirmant que je suis appelé à sacrifier ce qui ne m’est pas moins cher qu’un fils. Le lien de paternité spirituelle, qui m’attachait au clergé et aux fidèles du diocèse de Bâle, avait été formé, vous le savez, dans des conditions toutes particulières que la mort seule était capable d’affaiblir. Ce lien vient d’être délié par Celui qui a sur cette terre tout pouvoir d’instituer une autre paternité spirituelle. Après avoir placé dans mes faibles mains la crosse antique des évêques de Bâle, le Vicaire de Jésus-Christ approuve qu’elle passe aux mains d’un successeur, qu’il établit à ma place. Le Saint-Père lui confère avec le titre d’évêque de Bâle le droit de vous gouverner comme successeur légitime des apôtres. Il lui
Le séminaire bâti à Lucerne par Mgr Lâchât.
confie la charge de vos âmes, et vous lui devez désormais une obéissance entière et dévouée, ainsi que vous me l’avez prêtée à moi-même et aux deux vénérables évêques qui m’ont précédé à Soleure sur le siège de Bâle, restauré depuis bientôt soixante ans, et occupé d’abord par Mgr Joseph Antoine Salzmann, homme de foi et de savoir, puis par Mgr Charles Arnold, pieux et distingué, à la mémoire desquels je me fais un devoir de rendre un juste hommage comme à mes pères glorieux. Laudemns vivos gloriosos et parentes nostros.
En descendant de cette haute position, en vertu delà même obéissance qui m’y avait fait monter, je puis affirmer qu’un grand calme remplit mon âme. Aussi, bien que j’aie marché, pour m’acquitter des devoirs de ma charge, dans des voies difficiles; bien que maintes fois, pendant mon épiscopat de vingt-deux années, j'aie selon la parole du divin Maître, tendu la joue à l’outrage, prêté mon dos comme une enclume sur laquelle ont frappé les pécheurs; bien que j'aie été dépouillé et proscrit, je tiens pourtant à me déclarer encore redevable envers vous, mes Très Chers Frères. Ma dette est spécifiée dans cette belle parole de l'apôtre: „Ne soyez débiteurs de quoi que ce soit envers personne, si ce n’est de la dette de vous aimer réciproquement." Cette dette delà charité, je veux toujours la payer, et je veux toujours l’accroître. Tant que nous sommes sur cette terre, nous ne saurions jamais l’épuiser, ni l'éteindre. Voilà pourquoi je ne me rappelle plus les sentiments, les paroles, ni les actes de ceux qui m’ont été contraires; mais