CHAPITRE XXVIII
et il sait en trouver, mais il le dépense avec largesse, quand son rang ou le besoin l’exige ou qu’il faut restaurer ou bâtir les châteaux ou les maisons de l’Église de Bâle. Aussi quelques jaloux l’ont appelé Jean de Pfenningen.“ 1
Les actes de l’épiscopat de Jean de Venningen répondent en tous points à cet excellent portrait qui est celui d’un grand et saint évêque. Son règne de vingt ans fut une ère de prospérité et de relèvement pour le diocèse. Il fut glorieusement inauguré par la fondation de l’université de Bâle qui devait jouir d’une si grande célébrité et apporter tant de lustre à la ville épiscopale.
Æneas Sylvius Piccolomini, l’ancien secrétaire au concile de Bâle, avait été élu pape presqu’en même temps que Jean de Venningen avait été appelé au siège de Bâle (14 août 1458). Sur le trône de S. Pierre, Pie II n’oublia point cette ville qu’il avait si bien décrite et où il avait laissé de nombreux amis. Il connaissait l’évêque et les prêtres de Bâle et il avait pu apprécier les ressources de cette cité si admirablement assise sur les bords du Rhin. Jean de Venningen mit en œuvre le crédit dont il jouissait auprès du nouveau pape pour solliciter la fondation à Bâle d’une université ayant les privilèges et les avantages attachés par le Saint-Siège à ces hautes écoles. Pie II accueillit favorablement la demande de l’évêque et le 12 novembre 1459, par une bulle solennelle dressée à Mantoue, il érigea l’université de Bâle, lui accordant tous les privilèges dont jouissait celle de Bologne. Voici comme s’exprime ce grand pape dans ce document si intéressant pour le diocèse de Bâle: „Pie, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu.
Entre toutes les jouissances que l’homme mortel peut, grâce à Dieu, trouver dans cette misérable vie, on peut compter parmi les plus douces l’acquisition de la science, ce trésor précieux qui est le fruit d'un travail assidu. La science enseigne le moyen de vivre sage et heureux et fait ressortir la supériorité du savant sur l’ignorant ... En vertu de notre autorité apostolique, nous ordonnons et décrétons que dans la ville même de Bâle, il soit établi une école générale (studium generale) de théologie, de droit canonique et civil et d’autre science licite; que notre vénérable frère Jean, évêque de Bâle, et ses successeurs en soient chanceliers et que les maîtres et les étudiants jouissent de tous les privilèges, libertés, honneurs, exemptions et immunités accordés aux maîtres, docteurs et étudiants demeurant et résidant dans notre université (in generaii studio) de notre ville de Bologne . . . Donné à Mantoue, l’an de l’incarnation du Seigneur MCCCCLVIIII, la veille des ides de novembre, de notre pontificat la deuxième année. “ 2
L’inauguration de la nouvelle université eut lieu à la cathédrale de Bâle, le jour de S. Ambroise, un des plus anciens docteurs de l’Église, le 4 avril 1460. 3 L’office fut célébré plus solennellement que d’ordinaire; puis l’évêque, mitre en tête, en habits pontificaux, s’assit sur son trône devant le maître-autel, entouré du clergé, en face d’une foule immense. Il reçut des mains du maître-bourgeois Jean de Flachsland, agenouillé à ses pieds, la bulle papale qui instituait l’université de Bâle. Sur la demande du premier magistrat de la cité, il promit à la nouvelle académie sa protection et. son appui. Puis il choisit pour premier recteur de l’université le grand prévôt de la cathédrale, Georges d’Andlau. L’évêque voulul être lui-même chancelier; il chargea de le remplacer, comme vice-chancelier, le
1 N.’Gerung, Chron. Episc. Basil. — Script, min. Basil., p. 350. — Suppl. Dr Th. von Liebenau,
p. 8. = * P. Voisard, Hist. des Évêques de Bàle, p. 29(5. = 11 La fête de S. Ambroise qui se célèbre
aujourd’hui le 7 décembre ligure sur tous les anciens calendriers au 4 avril.
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