DÉMISSION ET MORT DE CHRISTOPHE D’UTENHEIM
de parti, le railla sur ce mariage: „Tous ces grands mouvements, lui écrivit-il, aboutissent à défroquer quelques moines et à marier quelques prêtres. La réforme n’est qu’un drame tragi-comique, dont l’exposition est imposante, le nœud sanglant et le dénouement heureux. Tout finit par un mariage." Ces plaisanteries attirèrent à Érasme de violentes injures de la part des novateurs ; on alla jusqu’à l’accuser publiquement d’athéisme.
Œcolampade rompit avec lui et se déclara son ennemi, en même temps qu’il embrassait ouvertement le parti de Zwingle. En 1525, le réformateur entra dans la grande querelle entre Luther et Carlostadt et publia son traité De vero intellects verborum: hoc est corpus meum. 1
En face de cet intrépide jouteur, le vieillard qui gouvernait l’église de Bâle se sentait impuissant et sans armes. Cassé par l’àge, souffrant, ne pouvant plus se mouvoir, voyant ses meilleurs conseillers l’abandonner et passer à l’ennemi, il se décourageait et faisait des vœux pour remettre à des mains plus jeunes et plus vigoureuses, le bâton pastoral devenu trop pesant pour sa faiblesse. De toutes parts, les plus tristes nouvelles lui arrivaient: la réforme et avec elle la révolte gagnaient le pauvre diocèse de Bâle. On se soulevait contre l’évêque et on secouait son autorité. Ses sujets de Laufon restent sourds à tous les avertissements; ils prennent les armes et se joignent à d’autres bandes d’insurgés; ils dévastent le couvent de Lucelle et les lieux voisins. Ils font alliance avec les Bàlois et prétendent secouer le joug épiscopal. Porrentruy se trouvait au centre d’une véritable insurrection. D’un côté, Montbéliard était rançonné par une troupe de gens révoltés (1525), de l'autre, Lucelle pillé et brûlé; l’Ajoie s’agitait à son tour. 2 Le 1er mai 1525, Aile, Gharmoille, Cornol, Vendlincourt, Courgenay mettaient au vent la bannière du pays et sommaient les autres villages de se réunir à Aile, lieu du rendez-vous général; en même temps, une députation des villages révoltés se présentait aux portes de la ville, et demandait le partage des biens d’église. Le magistrat fit bonne contenance et ferma ses portes aux partageux d’alors. On garda les murailles, les bourgeois sous les armes, et on laissa passer l'orage. Sur la prière de l’évêque de Bâle, 20 soldats biennois vinrent prêter main forte à la garnison, et Porrentruy 3 en fut quitte pour la peur. 4
Au milieu de cette défection presque générale de ses états, le pauvre évêque de Bâle se trouvait dans le dénuement le plus complet. La source de ses revenus était tarie par l’insubordination de ses sujets; il ne lui restait plus d’autre ressource que de nouveaux emprunts. A sa mort, il fut constaté que les dettes obérant la mense épiscopale s’élevaient à douze mille florins d'or. 5 Le séjour de Bâle lui était devenu insupportable : la réforme y régnait en maîtresse absolue ; il ne restait à l’évêque qu’à chercher un asile pour terminer en paix sa triste carrière. Il se retira à Porrentruy; c’était l'extrême frontière de ses États; le calme régnait dans la ville qui avait relevé à la bâte les ruines de l’incendie. L'Ajoie était aux archevêques de Besançon, assez forts pour y maintenir le catholicisme et repousser l'hérésie. Le 19 février 1527, Christophe d’Utenheim réunit, auprès de lui au château, Nicolas, abbé de Bellelay, Jean Steinhauser de Feldkirch, son official, et Jean-Henri Yorbourger, licencié en droit et chanoine à Saint-Ursanne.
1 Biographie universelle, t. XIII. p. 230; t. XXXI. p. 510. = 2 Voisard, Sudan, Wurstisen, etc. =
3 Die Bischôfe von Basel. Zug, 1830, p. 4. = 4 X. Kohler, Porrentruy au XVIe siècle, p. 4. = 5 Archives
de l’ancien évêché de Bâle. — Mémoire du chancelier de l’évêque de Bâle.
Evêques c le Bâle *