CHAPITRE XXXI
sans chapitre, sans conseillers, Philippe de Gundelsheim se débattit pendant tout son règne contre les embarras toujours croissants de sa fâcheuse position. A peine pouvait-il subvenir, avec ses maigres revenus, à sa subsistance et encore menaitil le train de vie le plus modeste, suffisant, presque seul avec un secrétaire aussi pauvre que lui, aux exigences de sa charge. Pendant les 26 années de son épiscopat, il ne cessa d'adresser plaintes sur plaintes aux diètes de l’empire ; chargé d’impôts comme les autres princes, il cherchait à prouver à la Chambre impériale la pénurie complète dans laquelle il vivait; ses plaintes étaient d’ordinaire non avenues et le pauvre évêque dressait de nouveaux mémoires et députait à l’empereur quelques chanoines dévoués chargés de plaider sa cause. Nous avons encore aux archives de l’ancien évêché quelques-unes de ces suppliques: rien de plus lamentable que le tableau qu’elles font de l’évêché de Bâle. On en jugera par quelques extraits. En 1527, à peine élu, Philippe de Gundelsheim ne pouvant, vu sa pauvreté, se rendre à la diète d’Augsbourg où il est appelé, charge l’envoyé de l’évêque de Strasbourg d’exposer à l’assemblée que l'évêché de Bâle est grevé de dettes et menacé d’une ruine complète ; que ses anciens privilèges, dons des empereurs, n’existent plus ; que le voisinage de la Suisse rend presque impossible l’exercice de la juridiction même sur les clercs. Un grand nombre de ses sujets, unis aux Bâlois, se sont révoltés et refusent les impôts et la dîme. Les dettes dépassent les revenus et augmentent chaque jour: Christophe d’Utenheim a dû emprunter l’argent envoyé par lui, à titre de subside contre le Turc et pour la Chambre impériale. Si les Etats veulent que l’évêché de Bâle reste membre de l’empire, il faut nécessairement qu'ils lui viennent en aide, le protègent contre ses voisins et occupent les pays révoltés. Il paraît que les plaintes de l’évêque de Bâle trouvèrent peu d’écho à la diète impériale, car l’année suivante (1528, février) il les fait renouveler par l’évêque de Strasbourg qui se rendait à la diète de Ratisbonne. Il accuse douze mille florins d’or de dettes. En 1529 (février) nouvelle supplique adressée au roi des Romains et aux princes d’empire; l’évêque de Bâle est trop pauvre pour faire le voyage de Spire; son évêché dépérit; les Bâlois molestent ses sujets, proscrivent ses chanoines et. ses prêtres qu’ils jettent en prison, les traînent devant les tribunaux, font des traités de corn bourgeoisie avec les rebelles de ses États et les détournent de l’obéissance due à l’évêque. A Bâle il n’a plus aucune autorité ni spirituelle ni temporelle ; on y a supprimé la messe; la cathédrale a été envahie et spoliée; son trésor enfoui et caché ; l’évêque, n’étant plus en sûreté dans sa ville épiscopale, a dû tout abandonner et chercher asile ailleurs. Il ne peut espérer aucun secours : c’est à l’empereur à le défendre contre les Bâlois, pour lui faire restituer ses droits violés. Il ne tire pas même un denier de ses sujets, ( ne denarium quidem a subditis colligendum habet) comment pourrait-il payer les impôts d’empire?
Non content de ce mémoire, Philippe de Gundelsheim députe, le mois suivant (mars 1529), Cornélius de Liechtenfels, scolastique du chapitre, le docteur Jean Faber, conseiller de l’empereur, Henri de Fleckenstein, chanoine, et Jean Steinhauser, licencié et official, chargés de porter aux électeurs de Mayence, de Cologne et de Trêves et aux archevêques et évêques de Magdebourg, Salzbourg et Trente, les plaintes du pauvre évêque de Bâle. Malgré ses démarches réitérées, la Chambre impériale de Spire réclame à Philippe de Gundelsheim le payement immédiat d’un impôt de sept cent trente-cinq florins d’or. Nouvelle ambassade à la diète de