CHAPITRE XXXI
cause de son extrême pauvreté ; il renouvelle ses plaintes et demande des secours (1552, janvier). Les plaintes arrivaient toujours à leur adresse, mais les secours faisaient défaut. 1 Le pauvre évêque sortit enfin de cette fâcheuse et insupportable position après vingt-sept ans d’épreuves : il mourut dans son château de Porrentruy, le 1er octobre 1553. On ignore le lieu de sa sépulture. La pauvreté de l'épiscopal défunt ne lui ayant pas permis de faire des fondations pieuses, son nom et son sépulcre ne figurent sur aucun des Livres de vie de nos chapitres et monastères. Il est probable qu’étant mort à Porrentruy, Philippe de Gundelsheim fut enterré, comme l’étaient alors les bourgeois de la cité, dans l’église paroissiale de cette ville, et que sa tombe est à Saint-Pierre, à côté de celle de son successeur sur le siège de Bâle. Il portait dans ses armes : écartelé aux un et quatre d’argent à la crosse de Bâle de gueules et aux deux et trois de gueules au pal d’argent. Tous les historiens de l’évêché s’accordent à dire que Philippe de Gundelsheim était un homme prudent, plein de piété et de zèle épiscopal.
Il eut la douleur de voir plusieurs portions notables de son diocèse abandonner la vieille foi catholique et embrasser la réforme. Nous avons vu comment Bâle, l’antique siège de l’évêché, avait chassé son évêque et les prêtres fidèles. Cet exemple fut suivi dans tout le pays aux environs de la ville épiscopale. La vallée de Laufon avait conclu un traité de combourgeoisie avec Bâle. Forts de cet appui les habitants de ce pays se révoltèrent contre l’autorité de l’évêque leur prince et seigneur, en octobre 1530; ils refusèrent de lui prêter hommage et demandèrent un souverain séculier. Ils investirent les châteaux de Zwingen et de Birseck où résidaient les officiers de l’évêque. Malgré la défense du conseil de Bâle, plusieurs bourgeois de la ville prirent les armes et se portèrent, avec un drapeau, au secours des révoltés. L’évêque de Bâle demanda secours et protection au canton de Soleure qui fit aussitôt occuper le château de Birseck. Les rebelles durent se soumettre; un des principaux meneurs fut mis à mort et la révolte prit fin. 2 Mais si les Laufonais ne purent renverser l’autorité temporelle de leur prince légitime, l’évêque de Bâle, ils furent d’autant plus ardents à secouer son autorité spirituelle, en embrassant la réforme, avec l’aide et sous la sauvegarde des Bâlois.
Sous le règne de Philippe de Gundelsheim, Porrentruy fut, comme les autres villes de l’évêché, préoccupé et agité par les nouvelles idées de réforme, qui se traduisaient aux yeux du peuple par la suppression totale de l’autorité religieuse et des prestations souvent onéreuses, consenties par les paroisses, à la suite des fondations pieuses.
L’Ajoie s’était jointe, en 1525, aux insurgés qui pillaient Lucelle et demandaient les biens de l’Église ; Porrentruy ne pouvait rester tout â fait étranger à ce mouvement qui envahissait toutes les autres parties de l’évêché. Sans avoir encore de prédicateur déclaré, la réforme avait en ville quelques partisans secrets qui se faisaient un parti dans la population. Leurs efforts furent paralysés pendant quelque temps par l’arrivée de l’évêque de Bâle qui, en fixant sa résidence à Porrentruy, déclara qu’il s’opposerait de toutes ses forces à un changement de religion dans sa ville épiscopale. Devant l’agitation sourde qui poussait les esprits à la révolte contre l’Église, agitation entretenue par les prédications qui se faisaient par les apôtres du nouvel évangile, dans les contrées voisines, on
Archives de l’ancien évêché de Bâle, an château de Porrentruy. = 2 P. Voisard, p. 365.