‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 98 sur 612 · FAREL A PORRENTRUY · texte numérisé non relu

FAREL A PORRENTRUY

résolut d’opposer aux sermons des prédicants, la parole solide et éloquente des religieux les plus en renom à Besançon. Le clergé paroissial, quoique nombreux en ville, était impropre à ce ministère de la parole; d’ordinaire, le curé de Porrentruy se faisait remplacer auprès de ses paroissiens par un vicaire et résidait dans quelque ville du diocèse de Besançon on il avait quelque riche bénéfice ou un canonicat bien doté. Aussi le chapitre de Saint-Michel avait-il tenté en 1531 de s’annexer la cure de Porrentruy, afin d’assurer ainsi la résidence en ville du nouveau curé. Ses démarches auprès du collateur de la cure n’avaient pas abouti. En 1532, un père carme de Besançon, nommé Étienne Oudat, prêcha le carême avec succès et s’attacha à raffermir la population de Porrentruy dans sa fidélité à l'Église catholique. Le chapitre de Saint-Michel, voulant apporter à la parole du religieux, un argument d’une nouvelle espèce, ouvrit ses greniers au peuple qui regardait d’un œil d’envie les biens du clergé et vendit son grain à vil prix, le conjurant de rester fidèle à la foi de ses pères (1542). 1

En même temps, sur l’ordre reçu des magistrats de la cité, préoccupés de la défense des murailles, les chanoines faisaient fondre deux pièces de canon dites serpentines, qui leur coûtaient cent vingt florins d’or et passaient, en leur nom, dans l’arsenal de la ville. Malgré les canons dressés aux remparts, la réforme n’en pénétra pas moins avec Farel dans la capitale de l’Ajoie. Ce fougueux prédicant, qu’Érasme appelait le plus violent et le plus séditieux de tous ceux qu’il connaissait, parut à Porrentruy en 1551. „U avait appris, dit le continuateur de Y Histoire de la Suisse, que les bourgeois de cette ville soupiraient tout bas après les libertés nouvelles ... Le bourgmestre l’accueillit à sa table, mais son appui n’empêcha pas que le lendemain, le prêcheur ne fût réduit à fuir devant la puissance épiscopale. “ 2 L’ardent novateur ne perdit pas courage. Aussitôt qu'il apprit la mort de l’évêque Philippe de Gundelsheim, il prépara une nouvelle campagne à Porrentruy. Il se fit accompagner du pasteur de Bienne, Blaurer, et de Beynon, pasteur à Serrières, et commença ses prédications, en présence d’un parti puissant et avec l’aide de plusieurs des magistrats de la ville qui lui firent le meilleur accueil. Mais les catholiques fervents, et ils étaient nombreux, se révoltèrent contre les menées des partisans de la réforme. Plainte fut immédiatement adressée à l’archevêque de Besançon à qui Porrentruy appartenait au spirituel; Claude de la Baume se plaignit à son tour au gouverneur de la province, le sire de Yergy, et au parlement de Dole contre les entreprises des réformateurs dans son diocèse. En même temps, le cardinal envoyait à Porrentruy un religieux de l’ordre de S. Dominique, de la maison des Jacobins de Besançon, et des délégués ayant mission de combattre énergiquement les nouveaux prédicants. Les envoyés de l’archevêque arrivèrent à Porrentruy la veille du dimanche des Rameaux (18 mars 1554) et forcèrent les

1 Annales de Saint-Michel, archives de Porrentruy. = 2 L. Vuillemin. t. XII. p. 37.

Evêques de Bâle *

Histoire de la Confédération suisse, par

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