CHAPITRE XXXI
réformateurs à abandonner la ville. 1 Farel se plaignit à Berne des entraves apportées à la prédication de la parole évangélique. La classe de Neuchâtel appuya par une adresse les réclamations du réformateur. Mais dans l’intervalle, Berne avait reçu d’énergiques protestations de la part du gouverneur de Bourgogne et du parlement de Dole ; Farel dut se défendre contre la plainte portée contre lui. Berne, craignant quelques difficultés avec ses puissants voisins de Franche-Comté, se renferma dans la plus stricte neutralité et laissa Farel à ses seules forces. Le vieux lutteur ne.se tint pas pour battu. Le 1er avril 1557, il reparut à Porrentruy avec le prédicant Émer Beynon. L’évêque de Bâle, prévenu de son arrivée, manda aussitôt les conseils au château. Farel demandait un lieu pour prêcher l’évangile. On lui refusa le lieu et la ville. Après avoir „besoigné avec la grâce de monsieur et messires du conseil, du mercredi au dimanche," il dut se retirer sans avoir rien fait. La ville paya ses dépenses et le congédia. Deux mois plus tard, le 21 juin, nouvelle tentative du réformateur; nouvelles instances suivies d’aussi peu de succès. Farel ne revint plus à Porrentruy. 2 II était mort quand les réformateurs essayèrent de nouveau de prendre pied dans la ville épiscopale. 3
Bienne passa à la réforme à la suite du colloque de Berne, qui se tint pendant le mois de janvier 1528. Deux jours après la tenue de cette assemblée, le grand conseil bernois avait porté un décret par lequel il bannissait le catholicisme de la ville de Berne (27 janvier 1528). Le 3 février suivant, l’avoyer et le conseil de cette cité notifièrent au maire et au conseil de Bienne que „le colloque ayant suffisamment démontré que la messe et les images des saints sont une pure idolâtrie (Greuel) “ ils ont décidé de les abolir; — en conséquence ils adressent à ceux de Bienne l’invitation d’en faire autant, leur promettant aide et protection, si jamais ils venaient à être inquiétés à ce sujet. 4 Quelques jours après, on reçoit à Bienne le mandat de réforme du 7 février par lequel l’avoyer, le grand et le petit conseil de Berne ordonnent à tous les curés de s’en tenir aux conclusions du colloque, et ils suppriment sur toute l’étendue de leur territoire la juridiction des évêques de Constance, de Bâle, de Lausanne et de Sion, etc. C’est en vain que l’avoyer et le conseil de Soleure écrivent, dès le 9 février, pour détourner les Biennois de toute innovation ; ceux-ci passent outre, et la réformation bernoise, comme l’appelle l’historien de Bienne, prend la place de l’antique foi catholique (février 1528). 5 Bienne avait eu le malheur d’avoir pour curé un ardent propagateur de la réforme, Thomas Wittenbach, ami de Zwingle et de Haller. En 1524, il s’était marié el s’était fait déposer pour ce fait. 0 Sa propagande active hâta la défection de Bienne.
Le val de Saint-Imier qui était proche, subit bientôt la funeste influence de ses remuants voisins. En vertu d’un ancien traité de combourgeoisie, le conseil
1 „ C’est depuis ce temps que tous les ans les frères Jacobins de Besançon viennent prêcher à Porrentruy le dimanche in alhis, en mémoire de ce qu'ils ont prêché et soutenu la foi chancelante dans
le pays.11 Ann. de Saint-Michel, archives de Porrentruy. — Richard, Histoire du diocèse de Besançon, t. II, p. 233. = 2 X. Kohler, Porrentruy au XVIe siècle, p. 6. On lit dans le Livre des dépenses de la ville (aux archives de Porrentruy) à l’année 1557 : „Les dits prédicants arrivèrent le mercredi et demeurèrent jusque le dimanche pour besoingner avec la grâce de monsieur et messires des conseils et fust conseilles que l’on debvoit payer leurs despens pour ce, quatre livres dix -neuf sols. “ — Au 21 juin 1557: „Sostenus au dict jour et despens, dix sols.11 -- Histoire de la Confédération suisse, t. XII. p. 37. =
3 Farel est mort le 13 septembre 1565, à l’âge de soixante-seize ans. = 4 Blôscli, Geschichte der Stadt
Biel, p. 111. — Archives de Bienne, XVIII, 190. = 5 Blôsch, Geschichte der Stadt Biel, p. 112.
Archives de Bienne, LXXXIV, 108. = 6 Protocole du tribunal de Bienne, mars 1529.