‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 102 sur 496 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Les ambassadeurs schismatiques étaient de retour à Utrecht où se trouvait Henri IV, pour célébrer la solennité pascale (27 mars 1076). Ils lui apportèrent les premiers la sentence d’excommunication. Aussitôt l’empereur fit expédier d’Utrecht même un ordre royal à tous les évêques, princes, ducs et comtes, leur enjoignant de se réunir de nouveau à Worms pour les prochaines fêtes de la Pentecôte (15 mai 1076) afin de compléter l’œuvre schismatique, en déposant Grégoire VII et en lui donnant un successeur. Au jour fixé, pas un seul des ducs et princes dont l’autorité sur les affaires publiques pouvait être prépondérante, ne se présenta. Force fut au roi de remettre l’assemblée à la prochaine fête de S. Pierre et de S. Paul (29 juin) en assignant la ville de Mayence comme lieu du rendez-vous. 1 Mais, continue l’historien Lambert d’Hersfeld, l’immense majorité s’abstint de venir à Mayence et accentua nettement son refus d’obéir. Henri IV se trouva dans un isolement complet. Les grands d’Allemagne convoquèrent poulie 1 6 novembre à Tribur, près de Mayence, une diète nationale qui mettrait enfin un terme à tant de désastres et rétablirait la paix de l’Église et la tranquillité de l’Etat. Voyant la tournure que prenaient les affaires, les partisans jusque-là les plus obstinés d’Henri IV, abandonnèrent ce prince. Grégoire VII envoya à Tribur des légats apostoliques chargés de présider en son nom la diète nationale. Le roi excommunié se rendit avec quelques courtisans au castrum d’Oppenheim, en face de Tribur, sur la rive droite du fleuve, à quatre lieues de Mayence. Les princes, ducs, évêques et seigneurs des États allemands arrivèrent en foule, dit Lambert d’Hersfeld. Les excommuniés, évêques, prêtres et laïques, durent abjurer publiquement le schisme et reçurent des mains d’Altmann, évêque de Passau, l’absolution canonique. Les évêques de Mayence, Strasbourg, Verdun, Liège, Munster, Utrecht, Spire, Bâle, Constance et Ulm furent absous avec la réserve expresse de ne pouvoir reprendre leurs fonctions et leur dignité qu’après s’être fait relever par le pape en personne de la sentence de déposition. 2

La diète s’ouvrit solennellement le 16 octobre 1076, sous la présidence des légats. Les conférences durèrent sept jours consécutifs. On conclut à l’élection d’un autre roi. Devant cette attitude de l’assemblée, Henri IV fit les promesses les plus solennelles et les plus ardentes supplications. Pour répondre à l’ultimatum qui lui était posé, il consentit à éloigner de sa personne tous les excommuniés. L’historien Lambert d’Hersfeld énumère les évêques qui, au mépris de leurs promesses toutes récentes, étaient retournés auprès du roi et faisaient partie de son conseil à Oppenheim. C’étaient les évêques de Cologne, de Strasbourg, de Bâle, de Spire, de Lausanne, de Namnbourg-Zeitz et d’Osnabrück.

Une nouvelle diète fut fixée par le pape à Augsbourg. Grégoire VII se mit en chemin pour l’Allemagne, vers la fin de l’année 1076. Le pape était àMantoue, le 8 janvier 1 077 . Aux environs de Trente, on apprit l’arrivée prochaine d’Henri IV, qui accourait avec une armée formidable à la poursuite du pape. Aussitôt Grégoire VU se réfugia dans la citadelle de Canossa, où la princesse Mathilde lui offrait un asile imprenable. Henri IV, parti de Spire, avait passé par la Bourgogne, Besançon, le Jura, la Savoie et le Mont-Cenis. A Suze, il reprit les insignes de la royauté; puis, entouré d’une armée nombreuse, il se mit en marche vers Canossa. Déjà un certain nombre d’évêques et de seigneurs allemands avaient franchi les

Ibid. col. 1218. = 2 Berthold, Annal., col. 374 et 38b.

BOURCARD D’ASUEL A GANOSSA

Alpes et se présentaient devant le pape pour se faire relever de l'excommunication; le terme fatal d’un an et un jour fixé pour l’absolution allait bientôt expirer. Passé ce terme, ils devaient être déchus à jamais du droit de recouvrer leur dignité et leurs fiefs. Bourcard d’Asuel était du nombre de ces suppliants, avec l’archevêque de Brême, et les évêques de Zeitz, Lausanne, Strasbourg et Osnabrück.

„En entrant dans la forteresse, dit Lambert d’Hersfeld, les hypocrites pèlerins se déchaussèrent et revêtirent un sac de laine ; ils vinrent ainsi se prosterner aux pieds du pape, demandant pardon de leurs fautes et sollicitant l’absolution des censures qu'ils avaient encourues." „La miséricorde, leur dit Grégoire, n’est jamais refusée à ceux qui reconnaissent sincèrement et pleurent leurs péchés. Mais une longue désobéissance est comme une rouille envieillie ; il faut la soumettre au feu d'une longue pénitence. Si donc vous êtes vraiment repentants, supportez courageusement le fer chaud de la correction canonique et laissez-le appliquer aux

La citadelle de Canossa.

plaies de vos âmes." Bourcard d’Asuel et ses cinq collègues répondirent qu’ils étaient prêts à accomplir toute espèce de pénitence. Alors il sépara les évêques et les fit enfermer chacun dans une cellule à part, où ils vécurent en solitaires sans communiquer avec personne et ne recevant que vers le soir une légère collation. Après quelques jours de cette épreuve, le pape les manda en sa présence, leur rappela avec douceur la gravité de leurs fautes passées, les exhorta à n’y retomber jamais, et enfin prononça sur eux la sentence d’absolution. Après quoi il leur fil défense expresse de communiquer avec le roi Henri jusqu’à ce que ce prince eûl donné satisfaction au siège apostolique, leur permettant toutefois, si les circonstances l’ exigeaient, de lui adresser la parole pour l’exhorter au repentir et l’arrêter sur les bords de l’abîme où il se précipitait. 1

On sait comment le roi fut reçu à Canossa, sa pénitence et sa réconciliation avec le pape. Bourcard d'Asuel figure dans la dernière scène de ce tragique événement. Nous empruntons le récit deBerthold, auteur contemporain : „ Toutes

1 Lambert Hersfeld. loco cit., col. 1238.

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