‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 105 sur 496 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

En opposition au concile de Quedlinbourg, Henri IV convoqua à Mayence trois semaines après, un conciliabule, qui eut l’audace d’excommunier le pape. Bourcard d’Asuel n’assistait pas à cette assemblée; il avait dû, au rapport de l’historien Berthold de Constance, retourner à Bàle, où ses ennemis menaçaient son église. 1 Il se contenta de souscrire par son mandataire les décisions du conciliabule de Mayence. 2

Tandis qu’il cherchait à sauvegarder par sa présence à Bàle, les biens de son église menacée par les ennemis du roi excommunié, il fit un échange qui n’était pas sans avantage pour la mense épiscopale. L’Eglise de Bâle possédait dans la Forêt Noire un lieu nommé Cella: sur la prière de S. Ulrich, moine de Cluny et prieur de Gruningen, Bourcard d’Asuel consentit à lui céder cette solitude, entourée de bois et de montagnes. En échange, le vénérable religieux céda à l’Église de Bàle d’autres biens sis à Biengen et à Ambringen, dans le Brisgau. Le marché fut conclu par serment sur les sacrosaintes reliques de l’Église de Bâle. 3 L’avoué de l’évêque, agissant en son nom, était le chevalier Seliger ; celui de S. Ulrich s’appelait Erlewin. Bientôt le monastère s’éleva et l’église fut dédiée aux saints apôtres Pierre et Paul. S. Ulrich y mourut le 10 juillet 1093; ses reliques furent plus tard transférées dans l’église du couvent, qui porta désormais son nom. 4 L’acte d’échange consenti par Bourcard d’Asuel fut dressé le 5 juin 1085, à Rendelimsum. Schœpflin veut que ce soit à Courrendlin, en latin Rendelina Gurtis, et en allemand Rendelinsheim.

Les rapports que Bourcard d’Asuel eut à cette occasion avec S. Ulrich de Cluny, ne furent pas étrangers à la conversion de l’évêque et à son retour bien marqué à cette époque aux œuvres d’expiation et de pénitence, que réclamait sa vie passée. Un acte authentique et solennel, daté de 1103, atteste ces sentiments du prélat. Il avait alors 31 ans d’épiscopat passés dans des guerres et des agitations continuelles. Arrivé à la vieillesse, il sentit le besoin de réparer ses négligences — pro mearum negligentiarum correclione — dit-il, en fondant S. Alban de Bàle.

Au temps de sa révolte ouverte contre Grégoire VII, alors qu’il partageait avec Henri IV les foudres de l’excommunication pontificale, entre 1075 et 1079, il s’était mis à la tète d’une troupe de seigneurs, partageant ses idées, et au nom de l’empereur, il s’était violemment emparé du célèbre et antique monastère de Moutier-Grandval, qui gardait courageusement sa fidélité et son obéissance au saint pape Grégoire VII. Les moines en avaient été expulsés et, à leur place, l’évêque avait obtenu de l’empereur l’établissement d’un chapitre de chanoines qui succédèrent aux vénérables et fidèles enfants de S. Benoit. 5

Bourcard d’Asuel dut réparer cette spoliation et cette suppression à main armée d’une abbaye protégée par les titres les plus anciens et les plus solennels. En 1083, revenu à de meilleurs sentiments, l’évêque de Bâle songea à donner un asile convenable aux moines de Moutier, privés par lui de leur antique demeure.

1 „. . . pvopter hostes ecclesiis suis nimis imminentes domum dimissi sunt.“ Bertholdi Constant.

Oliron. p. 139. = 2 „ Bureau! us Basiliensis Ecclesïæ episcopus . . . per legatos suos . . . eonsenserunt et

conscripserunt. “ Ibid. = 3 Cet échange fut confirmé en 1 139, par un diplôme de l’empereur Conrad III.—

4 Schœpflin, Historia Zâringo-Badensis, t. V. p. 38 et 81. Voir la. vie de S. Udalric, dans Les Saints de la Suisse française par M. l’abbé Genoud, t. II. p. I 13 et suiv. M. Genoud place la mort de S. Ulrich au 14 juillet 1093. — 6 Voir le récit de la prise de l’abbaye de Moutier et de sa suppression, par Bourcard

d’Asuel et les seigneurs avoués du monastère dans l’Epitome fastorum Lucellensium où se trouve cité

un fragment de la chronique d’Alsace de Gasp. Merklin. le seul auteur qui relate ce fait, important pour notre histoire. Trouillat, t. 1. p. 214.

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