CHAPITRE
reprirent le chemin de leurs diocèses. Justinien rentra à Augusta Rauracorum qui saluait en lui un énergique défenseur de la foi orthodoxe menacée par l’arianisme.1
Parmi les Pères du concile de Sardique, on est étonné de rencontrer l’évêque de Cologne Euphrate déposé l’année précédente, pour son hérésie et sa vie scandaleuse. Ce fut même cet Euphrate qui fut député avec l’évéque de Capoue, vers Constance pour faire accepter par cet empereur les décrets du concile. Il semble étrange qu’Euphrate, déposé et excommunié, ail figuré à Sardique et ait été chargé par le concile d’une mission très honorable.
Embarassés par cette difficulté qui leur paraissait insoluble, Baronius, 2 et d’autres auteurs font résolue en élevant des doutes sérieux sur l’existence du concile de Cologne ou en le fixant à une date postérieure au concile de Sardique. La solution, quelle qu’elle soit, offre des difficultés plus grandes encore. Nier l’existence du concile de Cologne, c’est contester la valeur de textes et d’historiens nombreux, très dignes de foi et très autorisés. Reporter ce concile après 347, c’est s’exposer à faire figurer parmi les pères de cette assemblée, des évêques déjà morts à cette époque. 3
Il vaut mieux admettre qu’Euphrate, frappé par le concile de Cologne, a reconnu sa faute, l’a déplorée sérieusement et qu’après une pénitence authentique, il a été absous, remis en possession de son titre et admis à siéger à Sardique. Quant au choix de ce prélat comme ambassadeur auprès de Constance, il se justifie par les relations antérieures d'Euphrate avec le protecteur et les fauteurs de l'arianisme. Il pouvait être plus facilement agréé par Constance, qui savait qu’Euphrate avait souffert à cause de l’arianisme dont il était sur le trône le défenseur et le partisan. Du reste, les évêques ariens marquèrent leur irritation particulière contre Euphrate en lui tendant des pièges et en cherchant à noircir sa réputation dans un guet-apens qu’ils lui tendirent à Antioche, durant son ambassade. Ils voulaient se venger par là de ce qu’Euphrate avait quitté leur parti.
Euphrate, évêque repentant et absous, put siéger avec honneur au concile de Sardique parmi les vieillards de cette sainte assemblée, puisque quelques années plus tard, au concile d’Alexandrie, tenu par S. Athanase en 36 u2, ce grand docteur qui avait été si cruellement persécuté par les Ariens, de concert avec plusieurs autres évêques confesseurs de la foi comme lui, fit décider par le concile que les évêques séduits par les Ariens, s’ils revenaient sincèrement à l’Église, devaient être conservés dans leur dignité pourvu qu'ils signassent le concile de Nicée. S. Athanase confirma cette décision dans plusieurs lettres qu’il écrivit à S. Basile et à un évêque nommé Rufinien, et qui renferment la tendresse et l’affection d'un père. S. Jérome, le pape Tibère, le concile d’Achaïe, les évêques d’Espagne et des Gaules, S. Augustin qui dit que cette résolution est digne des entrailles de miséricorde de la S. Église, et d’autres approuvèrent hautement cette décision de S. Athanase. 4
Le concile de Sardique mit en pratique envers Euphrate repentant et contrit cette ligne de conduite. Plus tard on vit l’évêque Juvénal de Jérusalem, mort vers 459, après avoir soutenu l’hérésie d’Eutychés au conciliabule d'Ephèse,
1 Voir sur le concile de Sardique. Labbe Coll., conc. t. II. p. 679, 684. — Athanasii Epistolæ ad solit..
p. S22. — Théodoret. Epist. — Socrat. hist. eccl., liv. II. c. 20.. etc. = 2 Baronius, 346. §. 7. =■ 3 Voir
lu dissertation à ce sujet de Tillemojit, t. 6. p. 332. = 4 Athan. ad But., t. II. p. 41. Aug. ep. 50. — Hierom.
in Lnci. c. 7. — Baron. 362. p. 235.
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Ruines du théâtre d’Augusta Rauracorum au XVIIIe siècle.
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