CHAPITRE XIV
s’étendaient derrière ses murailles, du côté du couchant. 1 Les cisterciens d’Hauterive eurent aussi leur part des sympathies de l’évêque Henri de Thoune. Par un acte de 1233, l’illustre prélat exempta les religieux de ce monastère de tout impôt pour les objets qu’ils achèteraient ou vendraient dans sa ville de Bienne. 2
Bertholde, seigneur de Neuchâtel, tenait alors en fief de l’évêque de Bâle l’avocatie de Bienne et des environs, depuis Gleresse jusqu’à Boujean. En 1234, il engagea ce droit d’avoué à Henri de Thoune pour cinquante-deux marcs d’argent que ce dernier avait payés pour lui à ses créanciers. 3
Lncelle, comme Hauterive, implora avec succès la bienveillance de l’évêque de Bâle. L’abbaye, comblée à différentes reprises des marques de la générosité des comtes de Ferrette, comptait à cette époque parmi ses persécuteurs les plus acharnés, Louis l’irascible, de cette illustre maison. Les moines de Lucelle le menacèrent d’en appeler au roi des Romains. Le comte, redoutant le châtiment qu’il méritait, s’engagea, grâce l’intervention d’Henri de Thoune, à s’abstenir durant cinq années consécutives de vexer F abbaye de Lucelle, de quelque manière que ce fût. Si ses gens causaient du préjudice au monastère, il devait le réparer dans le délai de trois semaines, sous peine d’être excommunié par l’évêque et ses domaines mis en interdit, sans autre avertissement et sans recours contre cette sentence. De son côté, l’abbé de Lucelle et ses moines ne devaient se permettre aucune provocation contre le comte à moins qu’il ne violât lui-même ses promesses, et dans ce cas même, ils devaient suspendre toute querelle avec lui. Cet acte fut scellé par l’évêque de Bâle et par le comte Louis de Ferrette. 4
Tout paraissait pacifié et nous trouvons, la même année, le comte Ulrich, frère de l’irascible, faisant don â l'abbaye d’un revenu de seize gerbes de blé et de deux moutons. 5 Mais l’intervention et les menaces de l’évêque de Bâle couvrant de sa protection la vieille abbaye, excitèrent au plus haut degré les ressentiments des nobles de Ferrette. Henri de Thoune se sentit menacé par ces puissants seigneurs et réclama la protection de l’évêque de Strasbourg, Bertholde de Teck, qui s’engagea à le protéger dans ses droits et dans ses biens durant deux ans (5 octobre 1231). 6
A quelque temps de là, l’évêque de Bâle passait avec une suite nombreuse de dignitaires ecclésiastiques et séculiers, près du couvent et du château d’Altkirch. Tout â coup une troupe armée, conduite par le comte Frédéric de Ferrette se jette sur le prélat, s’empare de sa personne et de son escorte et l’enfenne dans une étroite prison, sans égard pour son caractère sacré. Le peuple d’Altkirch au lieu de défendre et de sauver son évêque, prête main forte au comte et avec lui, se saisit des bagages du prélat et de son escorte. L’emprisonnement de l’évêque de Bâle par un comte chrétien, eut un immense retentissement. Frédéric II dut céder bientôt aux menaces et aux représentations qui lui vinrent de toutes parts. Il est probable ([ue le pape et l’empereur, avertis de cet horrible attentat, ordonnèrent la mise en liberté du vénérable prisonnier. Ce qui est certain, c’est, que le 31 décembre de cette même année, l’évêque de Bâle avait recouvré la liberté et que le comte de Ferrette acceptait humblement la peine que méritait sa conduite. Par un traité conclu le dernier jour de 1231, il jura avec trois chevaliers qui lui avaient été
1 Urstisius, Epit. hist. Basil., p. 137. = 2 Solothumer Wochenblatt, 1828, p. 325. = 3 Livre des
liefs nobles, fol. 45a. = 4 Cartulaive de Lucelle, p. 62. = 5 Troublât, 1. 1. p. 519. = 6 Trouillat, 1. 1. p. 521.
EMPRISONNEMENT DE L’ÉVÊQUE DE BALE ET LE HARNlsCHAR
adjoints, de restituer tout ce qui avait été enlevé au seigneur évêque ou d’en payer la valeur; en outre il se soumit à l’humiliation du harneschar. Ce fut à quelques jours de là que le fier comte, ses fils et ses ministériels subirent le châtiment imposé à leur crime. Réunis à la porte de Saint-Paul de Bàle, ils s’avancèrent lentement, en suivant la grand’rue de la ville jusqu’à la cathédrale. Le comte, suivant la justice du temps, portait sur ses épaules un chien ; les seigneurs qui l’accompagnaient, étaient chargés d’une selle de cheval; les roturiers, hommes et femmes d’Altkirch, avaient déposé à la porte de la ville leurs habits ordinaires pour prendre l’habit de laine des pénitents: ils portaient sur leurs épaules un soc de charrue. Arrivés devant les grandes portes de la cathédrale, nobles et peuple se prosternèrent jusqu’à terre. Leur prière faite, ils allèrent dans le même ordre
trouver l’évêque de Bàle devant lequel à trois reprises, ils tombèrent à genoux demandant grâce et pitié pour leur crime. Henri de Thoune leur permit de se relever; ensuite le comte dégagea l’évêque des serments qu’il lui avait fait faire durant sa captivité. Il lui promit en même temps de lui rendre les otages qu’il avait exigés de lui, de lui remettre les actes qu’il lui avait extorqués dans sa prison, et de donner à l’Église de Bâle les courtines de Wolschwyler et de Dürlisdorf. Après ces promesses et ces serments solennels, l’évêque remit au comte la supplique épiscopale adressée au pape pour faire relever les coupables de l’excommunication encourue pour leur crime. Quant au peuple d’Altkirch, les hommes durent subir la tonsure des pénitents et une amende imposée par le prévôt et le doyen du chapitre. Par grâce spéciale, l’évêque exempta de cette démarche humiliante, la comtesse de Ferrette et les dames de sa suite. 1
Aj/rmxïŒYT.
Codex dipl. eccl. Basil., p. 63. — Livre des fiefs nobles, fol. 3 h