CHAPITRE XIV
Ce ne fut qu’un an après cette scène si étrange (25 janvier 1233) que le comte de Ferrette, Ulrich, avoué et tuteur de sa mère Hedwige et de son frère Bertholde, chanoine de Bàle, assura à l’Église de Bâle, par un acte dressé par devant le landgrave d’Alsace, Albert, comte de Habsbourg, la possession des courtines de Dirlinsdorff et de Wolschwyler. 1 A cette époque, le comte Frédéric, l’auteur principal de l’outrage fait à l’évêque de Bàle, était mort, assassiné par son fds Louis l’irascible. 2 On conçoit qu’en face de tels ennemis, l’évèque de Bàle ait dû chercher l’appui de la puissance impériale. Aussi le trouvons-nous très assidu à la cour du roi des Romains, Henri, qui lui-même cherchait par ses actes de générosité, à s’assurer des partisans de valeur parmi les princes et les seigneurs de l’empire. Déjà en 1223, un an après son couronnement, comme roi des Romains, l’évêque de Bàle était allé à Berne saluer le fils de l’empereur, il s’y rencontra avec l’archevêque de Besançon, l’évêque de Lausanne et l’abbé de Murbach. 3 Le 28 décembre de cette année, il assista à une sentence du roi Henri qui interdit aux citoyens de Besançon de faire des constitutions, nouveautés et conventions, sans le consentement de l’archevêque. 4
En 1226, l’empereur est excommunié, comme parjure à ses promesses. Son fils, le roi des Romains, profite de son absence, pour réunir à Wurtzbourg les grands de l’empire. Les évêques de Bàle et de Strasbourg sont du nombre de ses partisans et figurent comme témoins dans le diplôme délivré par le roi en faveur de l’archevêque de Mayence. 5 Les Bâlois eurent aussi part aux faveurs de ce souverain qui voulait reconnaître les services qu’ils ne cessaient de rendre à l’empire. Le 12 novembre 1227, il leur délivra une charte revêtue de son sceau, qui les autorisait à acquérir désormais et à posséder des fiefs et qui déclarait le témoignage de trois citoyens de la ville suffisant pour mettre fin à toute contestation en matière féodale. 6
A cette époque, Henri deThoune avait de fréquentes contestations avec l’avoué de Bâle qui s’arrogeait des droits que l’évêque lui contestait. Le prélat crut mettre fin à ces querelles sans cesse renaissantes, en réglant par un acte solennel, les droits et les charges de l’avoué de Bàle. Quand l’évêque imposait une taxe dans sa ville épiscopale, il en avait les deux tiers, l’autre revenait à l’avoué, à moins que cet impôt ne fût levé pour une expédition impériale ou pour un voyage à la curie. Si l’empereur venait à Bàle, l’évêque avait seul droit à tout subside que les bourgeois lui accorderaient pour la réception du souverain. Si l'évêque et l’avoué siègent ensemble en justice, l’avoué jugera le vol el le délit et recevra de sa main le prix convenu pour tout arrangement, dont un tiers lui appartiendra, le reste à l’évêque. En l’absence de l’avoué, l’évêque sera seul juge et réservera la part de l’avoué. L’évêque de Bàle retient pour lui le service de cinq soldats et le territoire au-dessus de la porte. L’avoué lui doit trois cents marcs et cent livres au conseil, etc. 7 (Vers 1227.) Tandis qu'il réglait les prétentions de l'avoué de Bâle, Henri de Thoune fut nommé avoué de Beromunster pour certains biens que Rodolphe de Habsbourg avait donnés à cette église. Le comte donateur posa cette condition que ces biens seraient exclusivement à l’usage du prévôt de
1 Codex dipl. eccl. Basil., p. 7. = 2 Annales des dominicains de Colmar, p. 12. = 3 Schcepflin.
Als. dipl., I. 353. = 4 Dissertation de l’académie de Besançon, vol. de 1760. = 6 Guden. Codex dipl.
Mogunt., 1. 1. p. 494. = G Trouillat, t.I. p. 510. = 7 Ochs, Geschichte der Stadt und Landschaft Basel,