CHAPITRE XVI
cessa ses vexations. Mais la troisième année, le comte Rodolphe demanda encore deux cents marcs à l’évêque, prétextant qu'il était dans le besoin et engagé dans de nombreuses dettes. L’évêque lui répondit: „J’ai vraiment honte d’être de nouveau ainsi rançonné ; avec ces deux cents marcs, je me mettrai en état de défense pour pouvoir mépriser les violences." Alors le comte Rodolphe commença à faire la guerre, autant qu’il le put à son cousin, l’évêque de Râle." Tel est le récit du chroniqueur des dominicains de Colmar, qui était contemporain de ces événements. 1 Notre histoire lui devra plusieurs pages très intéressantes. Après l’accord fait, moyennant finance, entre l’évêque de Bâle el le comte de Habsbourg, les habitants de Brisach reconnurent par un acte solennel du 23 juin 1264, qu’eux et la montagne qu’ils habitaient, avec toutes ses dépendances, appartenaient à l’Église de Bâle, et qu’à ce titre ils avaient prêté serment de fidélité au révérend seigneur Henri, par la grâce de Dieu évêque de Bâle, en réservant toutes les libertés dont ils avaient joui jusque-là et confirmées par le dit seigneur. 2
L’évêque de Strasbourg était alors Henri de Geroldseck, qui avait succédé en 1263 à Walther de Geroldseck contre lequel Henri de Neuchâtel, Rodolphe de Habsbourg et d’autres et les citoyens de Strasbourg s’étaient ligués en 1261. Le nouvel évêque était oncle de l’évêque de Bâle, qui fut dès lors son allié et son ami. Mais la lutte se continua contre Walther de Geroldseck et ses partisans. Une trêve fut conclue entre les belligérants depuis la Ste Odile (13 décembre 1263) jusqu’à la Pentecôte de 1264, puis prorogée par l’entremise d’Henri deLeymingen, évêque de Spire, de la S. Jacques à la S. Martin de la même année. En cas de rupture, l’évêque de Bâle devait être choisi comme arbitre dans les contestations à intervenir. 3 Cette trêve fit enfin place à une paix complète qui fut rétablie le 23 juillet 1266 par l’évêque de Strasbourg entre son neveu Henri de Neuchâtel, les comtes de Habsbourg, les citoyens de Strasbourg et leurs adversaires Walther de Geroldseck et ses partisans. 4
Dans cette longue campagne, la ville de Rheinfelden fut constamment fidèle à l’évêque de Bâle qui l’avait prise sous sa protection, après serment prêté par le conseil et les bourgeois que jamais ils ne reconnaîtraient d’autre seigneur que lui et qu’ils lui prêteraient secours et assistance selon leur pouvoir. 5
Les liens de parenté qui unissaient l’évêque de Bâle à l’évêque de Strasbourg, firent prendre fait et cause à Henri de Neuchâtel dans le différend qu’Henri de Geroldseck avait avec Mulhouse qui appartenait à l’évêché de Strasbourg. Cette ville s’était soulevée contre l’évêque Walther de Geroldseck, et s’était donnée en 1261 au comte Rodolphe de Habsbourg qui avait assiégé et détruit son château. Henri de Geroldseck réclama en vain contre cet état de choses. Mulhouse opposa une résistance opiniâtre qui amena l’excommunication de cette ville. Le 14 janvier 1265, Henri de Neuchâtel adressa de douces remontrances aux magistrats de Mulhouse pour les ramener au devoir. Il leur rappelle les liens de confédération qui les unissent à l’évêque de Bâle et l’affection spéciale qu’il leur porte, comme aussi les serments de fidélité prêtés par eux à l’évêque de Strasbourg. S’ils restent sourds à sa voix, il sera obligé de prendre des mesures sévères pour rétablir la justice due à leur seigneur.
1 Chronique des dominicains de Colmar, traduite par Liblin, Colmar 1854, p. 255. = 2 Codex dipl.
ecel. Basil., fol. 83b. = 3 Schœpflin. Alsatia dipl.. 1. 1. p. 448 et 449. = 4 Ibid.. t.I. p.454. = 5 Codex
dipl. eccl. Basil., fol. 48a.