CHAPITRE XVII
frères prêcheurs de Bâle; — que la comtesse de Ribeaupierre de la famille de Frobourg entra comme religieuse dans le monastère de Paradis près de Schaffhouse ; — que le seigneur prévôt de Mayence et le seigneur de Rotheln s’opposèrent au seigneur évêque de Bâle avec un grand nombre de chevaliers. 1 Nous ignorons les motifs et les détails de ce différend signalé si brièvement par le dominicain de Colmar. L’évêque Henri d’Isny était un justicier et il rencontrait souvent de l’opposition et de la résistance qu’il devait vaincre avec les armes spirituelles et aussi avec les armes de la guerre, si les premières ne suffisaient pas. En 1280, les Golmariens s’emparèrent du clerc du seigneur de Girsperg, du clerc du seigneur de Nostgasse et de quatre bourgeois de Soultzmatt. Le seigneur évêque, raconte l’annaliste de Colmar, était alors en Autriche où il s’était rendu avec beaucoup de chevaliers pour voir l’empereur ; à son retour il se rendit à Colmar et demanda aux habitants de cette ville la mise en liberté des clercs emprisonnés injustement. Colmar refusa d’obéir à l’évêque, qui jeta l’interdit sur la ville; le service divin fut suspendu. Satisfaction fut donnée à l’évêque de Bàle et il leva l’interdit : le culte fut de nouveau célébré à Colmar le 25 juillet 1280. Quelques jours après (août 1280), on signalait â la grande église de cette ville (collégiale de Saint- Martin) de nombreux miracles qui attiraient un immense concours de fidèles. 2
Durant son séjour en Alsace, Henri d’Isny consacra les saintes huiles, au couvent de Pairis, le 20 avril. Il se rendit possesseur par voie d’achat d’un château fort près de Rouffacb (peut être le château d’Isenbourg). A la même époque, il envoya un secours de cinquante hommes à l’évêque de Strasbourg qui assiégeait une ville du margrave de Baden: plusieurs de ces soldats de l’évêque de Bâle furent pris par le margrave. L’évêché avait â souffrir vers ce temps des déprédations du seigneur de Rappolstein qui y fit un grand butin en troupeaux et en chevaux et y tua beaucoup d’hommes. C’est l’annaliste de Colmar qui l’atteste, sans nous donner d’autres détails de cette expédition. 3
Henri d’Isny était alors en Franche-Comté, près de l’Isle sur le Doubs, non loin de l’abbaye du Lieu-Croissant, où se trouvait Eudes de Rougemont, archevêque de Besançon. Le 19 juin 1280, il prêta en ce lieu par grâce spéciale, le serment de soumission et d’obéissance qu’il devait à son métropolitain. Il aurait dû faire ce serment â la cathédrale de Besançon, mais il n’eut pas été en sûreté dans cette ville qui était hostile à Rodolphe de Habsbourg. 4
Le lendemain (20 juin 1280), l’évêque de Bâle était au château du comte Thierry III de Montbéliard à qui il donnait en fief les avocaties d'Ajoie et de Bure qui appartenaient à l’Église de Bâle. Le comte reconnut par un acte authentique que ces avocaties ne pouvaient être aliénées ni transmises à ses successeurs, mais qu'il en jouirait seulement durant sa vie et qu’il devrait chaque année, le jour de la Nativité de la bienheureuse Vierge Marie, à titre de cense, livrer à l’évêque deux tablettes de cire, dans son château de Pleujouse (20 juin 1280). 3
L’évêque de Bâle avait aussi des droits sur Porrentruy et Florimont que lui contestait le comte Thiébaud de Ferrette. Un accord conclu à la mi-mai 1281, régla les prétentions de chacun : Henri d’Isny promit que si la mère d’Ulrich,
1 Annal, præd. Colm., p. 87 et suiv. = 2 Ibid., p. 93. = 3 Ibid., p. 91. = 4 Illustrationes Glaudi-
anæ ad diem (j junii. p. 700. — Chifflet Vesontio, p. II. 280. = 5 Codex dipl. eccl. Basil., fol. 104.
M. Duvernoy pense que le château de Chestel thierri était le château d’Etobon, bâti vers 1232 par le
comte Thierry III, situé à huit lieues du Lieu-Croissant. Voir Trouillat, t. II. p. 326.
L’IMPERATRICE ENTERREE A RALE
seigneur de Florin] ont lui vendait sa part de la dite localité dans l’espace de cinq ans, il laisserait la moitié de cette part à Thiébaud de Ferrette. Ce dernier fit en même temps un compromis avec l’évêque au sujet de leurs prétentions respectives sur le château de Porrentruy. Des arbitres choisis d’un commun accord devaient régler cette question, avant P Assomption de cette année (1281). En outre, l’évêque et le comte firent une alliance de six ans par laquelle l'évêque s’engageait avenir au secours du comte avec au moins trente chevaux caparaçonnés à ses propres frais, s’il était attaqué; et avec toutes ses forces, si elles étaient demandées, mais cependant pas au-dela de quatorze nuits. De son côté, le comte promettait à l'évêque au moins vingt chevaux, et toutes ses forces, si elles étaient réclamées dans les mêmes conditions. 1 A quelques mois de là Thiébaud de Ferrette céda à Henri d'Isny tous ses droits sur Porrentruy, l'avocatie d’Ajoie, le domaine de
Montbéliard en 1663.
Bure et sur leurs dépendances gens et biens, pour cent quatre-vingts marcs d'argent, payables en deux termes (20 octobre 1281). L'acte de cession fut dressé à Colmar où se trouvaient alors l’empereur et sa cour. 2
Piodolphe de Habsbourg venait de faire une perte cruelle. L’impératrice Anne de Hohenberg, était morte à Vienne le 16 février 1281, selon le nécrologe de Bâle. 3 Le chroniqueur contemporain des dominicains de Colmar raconte en détails la fin de cette illustre princesse qui voulut avoir sa sépulture à Bâle. „L'an 1281, dit-il. la reine, femme de Rodolphe, tomba gravement malade. Elle fit appeler son conseiller et confesseur et lui dit: „Je me sens exposée au danger prochain de la mort ; je vous prie donc de préparer el mon corps et mon àme à gagner le ciel et le paradis du Seigneur." Le confesseur lui répondit: „R.ompez tout souvenir qui vous attache soit à vos amis, soit aux richesses du siècle, soit à la gloire du monde : chassez-les de votre cœur le plus que vous pourrez et
1 Codex dipl. eccl. Basil., fol. 80. = 2 Ibid., fol. 69. = 3 „XIV Kal. martii. Anno Domini millesimo
ducentesimo octogesimo primo, illustris Anna Romanorum regina apud Viennam obiit. “ Ex libro vitae Basil, cath.
Evoques fie Bâle