CHAPITRE XVII
promettez de donner satisfaction à Dieu et aux hommes." La reine lui dit: „Je ferai volontiers ce que vous dites." Elle fit ensuite son testament et choisit sa sépulture religieuse dans l’église cathédrale de Bâle. Elle désigna ce lieu, parce que le roi Rodolphe et ses ancêtres avaient souvent porté dommage à l’Église de Bâle et molesté ses évêques. On rapporte que par son testament, elle donna au chapitre le revenu de quatre prébendes, afin de satisfaire ainsi à Dieu et aux hommes.
„ Quand la reine fut morte, on sortit de son corps ses entrailles qui furent remplacées par du sable et de la cendre. Ensuite on enduisit son visage de baume et on revêtit de vêtements de soie précieuse son corps préalablement recouvert d’une étoffe cirée. Sa tête fut entourée d’un voile de soie blanche et on y plaça une couronne dorée. On la coucha dans un cercueil de bois de hêtre artistement travaillé, les mains jointes sur la poitrine; le cercueil fut scellé avec des bandes de fer. Ces préparatifs terminés, le corps fut conduit à Bâle avec un cortège de quarante chevaux qu’accompagnait une forte somme d’argent. Dans ce cortège, figuraient deux frères prêcheurs, deux mineurs et quatre chars remplis de dames nobles. Les hommes qui en faisaient partie, étaient au nombre d’environ quatre cents.
„Le roi manda à l’évêque de Bâle de faire des funérailles solennelles à la reine défunte. L’évêque réunit à Bâle les clercs réguliers et séculiers de son diocèse. Il en arriva à Bâle environ mille deux cents : il se rendirent processionnellement, revêtus de leurs ornements sacerdotaux, et ayant un cierge à la main, à la rencontre du cortège et le conduisirent à la cathédrale. Trois évêques célébrèrent les cérémonies funèbres, pendant lesquelles le cercueil qui contenait le corps de la reine fut élevé sur un catafalque et exposé à la vue de tous les assistants. Après la messe le cercueil fut descendu du catafalque ; des abbés le transportèrent à la fosse sépulcrale où il fut déposé au milieu des pleurs des nobles. Voilà ce que rapportèrent ceux qui s’intéressaient à la gloire de la reine. L’évêque donna un grand festin aux clercs et pourvut à toutes leurs nécessités pendant ce séjour." 1
L’annaliste des frères prêcheurs de Colmar qui relate cet événement, fixe la date de ces obsèques royales au 21 mars, veille de S. Benoit. 2 L’impératrice Anne fut enterrée au milieu du chœur de la cathédrale auprès de son jeune fils Charles qui était mort en 1276. On lui éleva un monument splendide portant les statues couchées de l’impératrice en costume royal, les mains jointes, la couronne en tête; à sa gauche, son fils Charles avec la robe des petits enfants, les mains jointes, les pieds appuyés sur le lion des Habsbourg.
Le liber vitæ de la cathédrale de Bâle porte au 16 février l’anniversaire de l’impératrice. Chaque chanoine assistant aux vigiles recevait un sol de deniers, et chaque prêtre six deniers; autant pour la messe. Pour les sonneurs de toutes les cloches, un sol; au sous-custode pour le baldaquin, huit deniers. Quatre cierges de deux livres de cire devaient brûler sur le sépulcre aux vigiles et durant la messe. On devait donner aux pauvres deux mesures d’épeautre. Le cellérier du grand chapitre fournissait à toutes ces dépenses. :i
Le trépas de l’impératrice Anne fut suivi de près de celui de son fils Hartmann. L’empereur était en Alsace, à Colmar en octobre, à Strasbourg le mois suivant, où il prenait sous sa protection spéciale le chapitre de Colmar, et lui accordait les
1 Citron, (loin. Colin. , p. 294. = 2 Ann. præd. Colin., p.94. = 3 Ex libro vitæ cathed. Basil.