HENRI D’ISNY, ARBITRE IMPERIAL
mêmes avantages dont jouissaient les citoyens de cette ville (7 novembre 1281). Il disait dans un langage digne de l’empereur très chrétien: „ Quoique tous les
sujets de l’empire aient droit à la paix, nous devons surtout maintenir dans les douceurs d’une plus grande tranquillité les personnes ecclésiastiques, afin que les insultes des méchants ne troublent pas au temporel ceux qui doivent intérieurement contempler les biens spirituels et célestes. Nous affectionnons particulièrement nos fidèles et dévoués, les prévôt, doyen et chapitre de Colmar, à cause de l’éclat de leur dévouement et de leur fidélité et nous voulons qu’ils jouissent sans cesse des charmes de la plus douce paix" (7 novembre 1281) .'
„Le dimanche avant Noël (21 décembre) le fils de Rodolphe, Hartman qui était à Brisach, voulut aller rejoindre l’empereur. Il se mit en bâteau sur le Rhin; mais en descendant le fleuve, il survint une si grande obscurité que les mariniers ne savaient gouverner. Leur bâteau se heurta à une souche et Hartmann se noya avec la plupart de ses compagnons. “ Tel est le récit de cette catastrophe fait par un anglais écrivant à Edouard roi d’Angleterre.1 2 L’annaliste de Colmar dit que l’accident arriva près de Rheinau (au confluent de Fischer dans le Rhin, en Alsace). Le corps inanimé du malheureux prince fut apporté à Bâle et inhumé avec une grande solennité par quatre évêques, au milieu d’un immense concours de monde dans le chœur de la cathédrale, 3 près du maître-autel, au côté droit, devant l’autel de S. Pierre apôtre. Le chapitre célébrait son anniversaire le 20 décembre, comme celui de l’empereur Rodolphe de Habsbourg. 4
En 1510, les chanoines de la cathédrale de Bâle, ouvrirent le sépulcre de l'impératrice Anne; on y trouva ses ossements avec ceux de son fils Charles. Une couronne d’argent doré ornait son front et à son cou était suspendu un collier, garni d’un saphir et de pierres précieuses. 5 Lorsqu’au siècle dernier, l'abbaye de Saint-Biaise fut choisie pour garder le sépulcre de la race impériale des Habsbourg, on ouvrit de nouveau le tombeau de l'impératrice Anne à la cathédrale de Bâle. Le 21 septembre 1770, en présence de l’envoyé impérial chargé de cette mission, M. de Nage], de plusieurs bénédictins de Saint-Biaise, des conseillers de la ville de Bâle et de deux médecins, on retira du sépulcre les restes de l’impératrice Anne qui étaient très bien conservés. On voyail encore les ongles des doigts et des pieds et le corps était couvert d’une peau noirâtre. A ses côtés, se trouvaient les restes du jeune prince Charles. Recueillis avec le plus grand soin, ces ossements vénérables furent placés sur un char funèbre pompeusement orné et conduits avec une escorte d’honneur jusqu’à l’abbaye de Saint-Biaise où un office solennel fut célébré le 15 octobre 1770; puis descendus dans la crypte destinée à les recevoir. 0
Rodolphe de Habsbourg se montra reconnaissant des honneurs funèbres rendus à l’impératrice défunte et à son fils Hartmann. Par un acte solennel, délivré à Lucerne le 1 8 octobre 1285, il donna à l’église de Bâle le droit de patronage d’Augst. et de Zeiningen, sous la réserve qu'il serait institué deux nouvelles prébendes pour deux prêtres qui célébreraient chaque jour l’office divin aux deux autels à ériger dans la cathédrale. „ C'est une œuvre pie et noble, dit l’empereur dans cette charte de sa munificence, c’est une œuvre agréable à Dieu, de soulager
1 Trouillat, t. IL p. 345. = 2 Epistola anonymi ad Eduardum Angliæ regem, de morte Hartmanni,
apud Gerbert, crypta nova S. Blas., p. 115. = 3 Ann. præd. Colm., p. 100. = 4 Ex lib. vitæ cath. Basil. =
Ursl. epit. hist. Basil., p. 72. — 6 D. Gerbert, Crypta nova S. Blasiana, p. 5 et suiv.