CHAPITRE XVII
par des aumônes ceux que l’arrêt fatal sépare de cette vie, pour effacer leurs péchés et leur faire obtenir la vie éternelle. C’est pourquoi mu par cette pieuse pensée, pour le soulagement de l’âme de feu l’illustre Anne, reine des Romains, notre très chère épouse, de notre très cher fils Hartmann, et aussi pour qu’on se souvienne sans cesse de prier pour notre salut éternel ; du consentement des princes, requis en cette matière, il fait cette donation à l’église de Bàle. “ * 1 L’archevêque de Cologne, Sigefroi donna dès le 21 décembre 1282, son consentement à cette impériale donation; l’archevêque de Mayence, Wernher, archichancelier de l’empire, y consentit le 29 décembre de la même année, pour l’honneur de Dieu et de sa mère la glorieuse Vierge ; il atteste que les corps de l'impératrice Anne et de son fils Hartmann reposent dans la basilique de Bâle ; — quorum corpora in Basiliensi requiescunt Basilica. — Le comte palatin du Rhin, Louis, duc de Bavière, adhéra à la donation le 19 février 1285; le duc de Saxe, Albert, le 30 mars; et le roi de Bohême, Wenceslas, le 1 6 avril de la même année. Ce ne fut qu’en 1297 (1 7 août) que le marquis de Brandebourg, Otto, donna son consentement à la dite donation ; l’archevêque de Trêves, Boemond, en 1298 le 20 novembre. 2
La cathédrale de Bàle reçut à la même époque d’autres donations importantes. En 1281 (23 mars) le comte de Neuchâtel, Rodolphe de Nidau, donna à l’évêque et à l’église de Bâle la moitié de ses droits sur la montagne de Schwadernau. 3 L’année suivante (30 juillet 1282) l’empereur Rodolphe confirma à l’église de Bâle, la donation de l’abbaye de Sulzburg et de ses dépendances, faite à cette église par le comte Birtilon. Son très cher et très aimé secrétaire, l’évêqiÆ Henri avait paru à l’audience impériale à Oppenheim et avait présenté à l’empereur la donation du comte Birtilon de 1008, qui avait été aussitôt confirmée par un diplôme scellé du grand sceau de Rodolphe de Habsbourg. 4
La faveur dont jouissait l’évêque de Bàle auprès de l’empereur, était justifiée par les services nombreux et importants qu’Henri d'Isny rendait à son souverain. En 1282, il fut chargé d’une importante mission auprès de Philippe, comte de Savoie. Ce seigneur possédait en Suisse plusieurs fiefs démembrés de l’empire: l’empereur les avait réclamés et sur le refus du comte, il était entré à main armée dans ses possessions. Il y eut, près de Morat, une action très chaude, où la vie du roi des Romains fut exposée au plus grand danger. Démonté et entouré d'un grand nombre d’ennemis, il s’élança dans le lac, saisit une branche d’arbre d’une main, et se défendit de l’autre jusqu’à ce que les siens fussent venus à son secours. Le pape Martin IV interposa ses bons offices et on nomma des arbitres pour rétablir la paix. - L’évêque de Bàle reçut de l’empereur, par lettre datée de Mayence, 21 mars 1282, pleins pouvoirs pour traiter avec le comte de Savoie comme bon lui semblerait, assuré d’avance du consentement du monarque. 5 De son côté, le comte de Savoie choisit l’évêque de Belley, Berlion, pour son arbitre en cette affaire et le fit savoir à l’évêque de Bàle, par Bernon, abbé de Suze. 11
Les deux amiables compositeurs se rendirent à Maçon où ils traitèrent de la paix et de ses conditions, en présence de la reine Marguerite, veuve de S. Louis; — in presencia serenissime domine Margar. Dei gratia regine Francie — (15 avril 1282). 11 fut convenu que l’empereur donnerait en mariage à Philippe, comte de Savoie,
1 Gerbert., Crypta etc., p. 116. = 2 Ibid., p. I 16 et suiv. — 3 Livre de fiefs nobles, fol. 33a.
1 Trouill., t. II. p. 363. = 5 Kopp, Urkunden zur Geschichte der eidgenôssischen Blinde, t. II. p. 107.
- Ibid., t. 11. p. 108.