CHAPITRE XVII
ce séjour à Colmar qu’Henri d’Isny conféra les saints ordres aux quatre-temps de carême (4 mars) à un grand nombre de nouveaux prêtres. L’annaliste des dominicains de cette ville avait déjà signalé dans son journal à la date du 23 mai 1282, une ordination faite par l’évêque de Bâle dans l’église des frères mineurs de Colmar. „I1 avait, dit-il, dans sa suite, un éthiopien couvert de vêtements blancs et un nain, surnommé le chevalier Conrad, dont la taille atteignait à peine trois pieds." 1 Ce fut pendant ce séjour à Colmar que l’évêque accorda à la commune de Hüsseren, très éloignée de l’église paroissiale, un prêtre à perpétuité, à qui elle assurerait un revenu de douze livres de Bâle et deux livres au curé paroissial pour indemnités (25 mai 1 282). 2
Quelques semaines plus tard, l’évêque de Bâle termina avec le comte Henri de Hochberg et un délégué impérial les différends qui existaient entre la ville de Fribourg en Brisgau et le comte Egon (17 juin 1282). Henri d’Isny usa de nouveau de son crédit auprès de Rodolphe de Habsbourg en obtenant du monarque pour la ville de Fribourg les privilèges de Colmar (Worms, 10 novembre 1282). 3
L’empereur ne se lassait point de rendre hommage à la fidélité et aux services de son très cher secrétaire et 'prince. Il lui en donna encore une preuve éclatante en le choisissant en 1 286 pour une mission importante en Italie. Nous traduisons la lettre impériale adressée à tous les sujets de l’empire romain: „Nous, Rndolphe, par la grâce de Dieu, roi des Romains, toujours auguste, faisons savoir par les présentes à tous les fidèles du saint empire romain, que, plein de confiance en la fidélité et au dévouement du Révérend Père Henri, évêque de Bâle, notre prince et secrétaire très cher, que nous avons éprouvé avec succès dans plus d’une circonstance mémorable et que nous éprouvons tous les jours, nous lui donnons l’autorité plénière, le libre pouvoir et le mandat spécial de conclure tout traité, accord et concordat avec le révérend Père en Christ le seigneur Mathieu par la providence divine, cardinal-diacre de Ste Marie in porticu, notre ami très cher, touchant la terre de Toscane et son vicariat ; de l’établir en notre nom vicaire de Toscane et de le mettre en possession des villes, châteaux, villages et autres qui appartiennent à ce vicariat comme aussi de faire et d’accepter, et s’il est besoin, d’appuyer par serment fait en notre nom, de confirmer et d’établir tout ce qui concerne cette terre et ce vicariat de Toscane, déclarant ratifier et avoir pour agréable tout ce qui aurait été fait. Donné à Augsbourg, le 1er février 1286. “ 4
Au témoignage de l’annaliste de Colmar et du chroniqueur Albert de Strasbourg, l’évêque de Bâle était en outre chargé de messages importants de l’empereur pour le pape Honorius IV. Il aurait mis le Saint-Siège en possession de la Rnmagne et d’autres domaines et scellé du sceau impérial des traités et des arrangements conclus avec le Pape. Ce qui est certain c’est qu'Honorius IV, reconnaissant les mérites transcendants d’Henri d’Isny, le transféra au siège archiépiscopal de Mayence, qui était vacant par la mort de son titulaire Wernher. Les chanoines de Mayence n’avaient pu s’entendre sur le choix de son successeur; les uns voulaient le prévôt du chapitre, Pierre de Reichenstein de Bâle, les autres l’archidiacre de Trêves, Gérard d’Eppesteyn, chanoine de Mayence. Après deux scrutins, l’affaire avait été dévolue au Saint-Siège. Martin IV avait chargé le cardinal-
1 Ann. præd. Golm., p. 102. = 2 Trouillat, t. II. p. 724. = 3 Schreiber, Urkundenbuch der Stadt
Freiburg, I. 92. = 4 Gerbert, Codex dipl. hist. Silv. Nig., p. 214.
MORT D’HENRI D’ISNY
diacre de Saint-Nicolas in carcere de vider le différend. Les électeurs s’étaient enfin décidés à remettre le choix de l’archevêque entre les mains d’Honorius IV, qui se hâta de mettre fin au veuvage de l'Église de Mayence. Frappé de la pureté des mœurs, de la science, des mérites marqués et de la parole si agréable de l'évêque de Bâle, le pape voulant rendre justice à sa valeur reconnue de tous, résolut de le transférer à l’Église de Mayence. Henri d’Isny opposa une longue et opiniâtre résistance; mais le souverain pontife, lui enjoignit en vertu de la sainte obéissance, d'accepter ce fardeau et il dut se soumettre. Honorius IY lui fit remettre par le cardinal de S. Georges ad vélum aureum le pallium, insigne de la dignité archiépiscopale. La bulle papale, qui renferme toutes ces explications, et nomme l’évêque Henri d'Isny, archevêque de Mayence, est datée de Rome, apucl Sanctam Sabinam, 15 mai 1286. 1 D’autres bulles portant la même date, furent
Le pape Honorius IV,
d’après un portrait-médaillon dans la basilique de «S. Paul hors les murs» à Rome.
adressées au chapitre de Mayence et â l’empereur pour leur annoncer la promotion d’Henri d’Isny à cette haute dignité.
Ce ne fut pas sans regret que le nouvel archevêque de Mayence quitta le diocèse de Bâle qu’il avait illustré par ses vertus et enrichi par la faveur de l'empereur et par ses propres libéralités: il avait été neuf ans évêque de Bâle. Il porta sur le siège de Mayence, le plus illustre de l’Allemagne, la simplicité du costume monacal qu’il n’avait pas abandonné, se conformant rigoureusement au décret du huitième concile général de Constantinople qui imposait l’habit de leur ordre aux évêques choisis parmi les réguliers. Le peuple le voyant ceint du cordon de S. François, l’appelait V évêque Gürtelknopf, boucle de ceinture; il portait aussi les sandales et allait nu-pieds, comme les frères mineurs, fidèles aux prescriptions de leur ordre. Le peuple le reçut â Mayence avec enthousiasme, 2 malgré la bassesse de son origine: mais le clergé, au rapport du chroniqueur
Gerbert. Codex dipl. bist. silv. nig., p. 210. = 2 Ann. præd. Colm.