CHAPITRE XIX
vit quatre-vingt convers ou beghards, c’est-à-dire des frères qui n’avaient point de domicile, mendier ensemble et processionnellement leur nourriture.
Dans cette même année 1302, poursuit notre annaliste, un clerc de Colmar et un clerc de Bâle se disputèrent longtemps un canonicat; dans cette querelle le clerc bâlois fut tué ; ce meurtre porta les juges de l’officialité bàloise à suspendre la célébration du culte divin à Colmar. 1 Ce fut sans doute, à cause de ces désordres, que l’évêque Pierre d’Aspelt défendit sous peine d’excommunication au clergé de Bàle de porter des armes publiquement ou secrètement dans la ville, de même qu’aux clercs qui entraient à Bàle. La défense épiscopale fut adressée au prévôt de Saint-Leonard, au trésorier de Saint-Pierre, aux curés de Saint-Martin, de Saint- Alban et de Saint-Ulrich de Bâle (27 mars 1305). 2
Nos archives signalent à cette même époque plusieurs acquisitions importantes faites en faveur de l’évêché par Pierre d’Aspelt. Le 28 janvier 1302 il rachète pour neuf cents marcs d’argent de Conrad Ludowici, dit de Hertenberg, le domaine de Richeim et toutes ses dépendances que l’évêque Pierre Reich lui avait vendu au nom de l’Église de Bàle à qui il appartenait. 3 Un vaste domaine situé à Wegenstetten fut donné à cette Église par les frères Henri et Rodolphe de Stein, qui le reprirent en fief le 13 avril 1303. 4 Le château de Waldeck fut reconnu domaine de l’évêché, après la mort du chevalier Jean de Rotberg. 5
L’évêque de Bâle dut bientôt appliquer ses ressources à une autre destination. Dans un voyage qu’il fit en Souabe en 1303, il fut fait prisonnier par le comte de Montfort, sans droit ni raison, dit l’annaliste de Colmar. 6 Le chroniqueur Albert de Strasbourg qui signale aussi l’arrestation du prélat, ajoute que le roi ne réussit à le faire mettre en liberté que moyennant une forte rançon que Pierre d’Aspelt fut obligé de payer. 7
A la même époque, un bourgeois de Bâle fut pris par le seigneur Turingus de Ramstein et conduit dans son château ; les Bâlois se mirent à sa poursuite, forcèrent son château et le détruisirent; ils prirent encore dans l’espace de dix semaines cinq autres châteaux forts. 8 Un autre bourgeois de Bàle, Nicolas Stehelin avait été aussi fait prisonnier par le comte de Ferrette Thiébaud ; il fut mis en liberté, mais à la condition de ne rien réclamer pour les dommages qu’il avait éprouvés dans sa captivité. L’empereur Albert revêtit de son autorité suprême l’accord fait entre les deux parties. 9
L’annaliste de Colmar qui a relaté les exploits guerriers des bourgeois de Bàle, rapporte encore à cette année (1303) le mariage solennel qui fut célébré, le mercredi après la Nativité de la Ste Vierge, entre le fils du seigneur d’Eptingen (dans le Sisgau) et la fille d’un bourgeois de Bàle appelé de Sonne. 10 Autre fait signalé par le dominicain de Colmar qui achève à cette date ses annales si intéressantes pour notre histoire: le Rhin fut tellement bas en 1303, par suite des chaleurs excessives, qu’en beaucoup d’endroits entre Strasbourg et Bàle, on pouvait le traverser à pied. Le fleuve, à cause de ses basses eaux, ne pouvait plus porter de bâteaux chargés. 11
1 Ibid., p. 196 et suiv. = 2 Ex libro marcarum , fol. 21. — 8 Codex dipl. eccl. Basil., fol. 113b. =
4 Livre des fiefs nobles, fol. 111. = 5 Ibid., fol. 74 b. = 6 Ann. præd. Colm., p. 207. = 7 „Episcopus in
Swevia per comitem Montisfortis captus, non per regem etiam, sed perpecuniam liberatur/ Alb. Arg.,
p. 39. = 8 Ann. præd. Colm., p. 197. = 9 Hergott, geneal. Habsb., t. II. p. 585. = 10 Ann. præd. Colm.,
p. 201. = 11 Ibid., p. 209, 211.