CHAPITRE XX
ce monitoire, à se séparer de l’obédience de ce prévôt, à ne pas le reconnaître pour élu et évêque de Bâle et en tout lui refuser l’obéissance. S’ils résistent à cet avertissement, Nous priverons les vassaux de tous les fiefs qu’ils tiennent de l’église et des ecclésiastiques. — Donné à Avignon, le X des calendes de février, la 4e année de Notre pontificat."* 1
Devant cette parole apostolique, une partie des chanoines se soumit et reconnut l’élu du saint siège; c’étaient Hartmann de Nidau, Gérolde de Wessenberg, maître Pierre de Fribourg, Jean de Diessen, Louis de Strasberg et Louis de Thierstein; mais l’évêque élu Luthold de Rôtheln, le doyen Jean Kamerer et l’official Jean de Bœcourt persistèrent dans leur désobéissance et résistèrent aux ordres du pape. Clément Y, par une bulle d’Avignon, du 24 juin 1311, punit les récalcitrants en les révoquant de leurs fonctions et dignités et en les frappant d’excommunication. L’entrée de l’église leur fut défendue et le chapitre frappé de l’interdit ecclésiastique. 2
Lutold de Rôtheln finit par faire sa soumission et reconnut le nouvel évêque, car nous le trouvons dans un acte de 1313, figurant à côté de Gérard de Yuippens avec son titre de prévôt. 3 II avait eu en 1311 un différend avec Thuring de Ramstein et Conrad Munch de Munchesberg au sujet du château de Rotberg et d’autres biens qui leur étaient échus sur la rive droite de Rhin, de la succession de Walther sire de Rôtheln. Un accord mit fin à ces débats; le chateau de Rotberg fut assuré au prévôt et au marquis de Hocberg-Sausenberg, Rodolphe Ier moyennant deux cent cinquante marcs d’argent à payer aux susdits propriétaires.4 Quatre ans après, le prévôt Lutold, comme dernier sire de Rôtheln, donna au marquis Henri de Hocberg-Sausenberg, qui prit dès lors le titre de sire de Rôtheln, lous ses châteaux, villages, gens, etc. ne s’en réservant que la jouissance, sa vie durant.0 Le prévôt de Bâle mourut l’année suivante le 19 mai 1316; il fut enseveli dans la chapelle de Ste Marie, près du vieux clocher. Son anniversaire se célébrait à la cathédrale le 19 mai de chaque année, comme celui de son oncle G. de Gœszken, prévôt de Schœnenvert. 0
C’est â tort que plusieurs historiens de l’évêché ont inscrit le nom de Lutold de Rôtheln parmi ceux des évêques de Bâle. M. Kopp lui-même partage cet avis. 7 Lutold de Rôtheln ne fut ni confirmé par le pape ni sacré comme évêque; l’élection du chapitre de Bâle fut invalidée par le saint siège et l’élu lui-même après quelques hésitations, se contenta d’être prévôt de Bâle et de Moutier. Il n’a donc aucun titre à figurer parmi les évêques légitimes et orthodoxes de l'Église de Bâle.
Ce fut Gérard de Vuippens qui fut le successeur immédiat d’Othon de Grandson, nommé directement par le pape et reconnu comme tel par l’Église et le diocèse de Bâle. Gérard de Vuippens était fils d’Ulrich, seigneur de Yuippens et d’Agnès de Grandson. La maison de Vuippens était assez puissante à cette époque par les grandes possessions qu’elle avait dans les environs de Bulle où se trouvait le château de cette noble famille (cinq lieues et demie de Fribourg). 8
Avant son épiscopat, Gérard avait été archidiacre de Richemond, en Angleterre. 9 Il paraît avec ce titre parmi les commissaires chargés par Edouard Ier, roi d’Angle-
1 Trouillat, t. III. p. 155. = 2 Archives de l’ancien évêché de Bâle. = 3 Trouillat, t. III. p. 191.
1 Sachs, Geschichte Baden’s, t. I. p. 480. = 5 Ibid., 1. 1. p. 484. = 6 Lib. vitæ cath. Basil. = 7 Trouillat,
t. IL p. 134. = 8 Les nobles de Vuippens possédaient les seigneuries de Vuippens et de Verde qui ont
formé un bailliage de Fribourg. Cette famille a eu trois avoyers, Jean en 1390, Guillaume en 1442 et
Rodolphe en 1454. P. Voisard, p. 182. = 0 Histoire du diocèse de Lausanne, p. 72. — Mémorial de
Fribourg. 1859.