CHAPITRE XX
jours à débattre les conditions de ce mariage. 1 Mais l’hostilité déclarée du roi de Naples contre l’empereur fit abandonner ce projet. Henri VII, dans sa détresse, ayant fait alliance avec le roi de Sicile Frédéric, contre le roi de Naples, maria une de ses filles avec le fils de Frédéric. 2 Albert de Strasbourg relate à cette occasion que la mère de l’empereur (Béatrix de Hainaut) vint à Bâle avec sa fille promise au roi de Sicile, pour aller rejoindre l’empereur. 3
Gérard de Yuippens reçut encore une mission impériale, plus importante que les conventions matrimoniales dont Henri YII l’avait chargé. L’armée poursuivait le siège de Brescia qui lui fut si funeste. L’empereur allait marcher sur Rome et voulait s’y faire couronner; il fallait prendre avec le pape des dispositions qui réclamaient un ambassadeur sûr, éclairé, dévoué. Le roi chargea l’évêque de Bâle de cette mission. Gérard de Yuippens quitta aussitôt Brescia et arriva à Avignon dans le courant de juin. Le pape Clément V lui fit le meilleur accueil, 4 et sur sa demande, nomma trois cardinaux légats a latere chargés de régler avec l’empereur l’époque et la cérémonie du couronnement. Ces légats reçurent leur mandat apostolique le 1 9 j uin et arrivèrent à Brescia au commencement d’août 131 1 . 5 * Nous ne savons si Gérard de Vuippens retourna avec les légats auprès de l’empereur. Ce qui est certain c’est qu’il n’assista pas au sacre d’Henri VII qui eut lieu à S. -Jean de Latran le 29 juin 1312, par les mains des cardinaux légats, G car nous trouvons l’évêque de Bâle dans son diocèse le 23 avril 1312, ratifiant la donation du droit de patronage de l’église de Dornach, faite par l’abbaye de Murbach au monastère de Lucelle. 7 Le 3 juin de la même année, il était au château de Scldosberg oû il délivra une charte en faveur des religieuses de Sainte-Catherine d’Amerswilre qu’il autorise sur la demande de l’impératrice Marguerite à s’établir à Colmar, d’y construire une église, etc. 8
Gérard de Yuippens était alors occupé de la fondation de la Neuveville, sur le bord du lac de Bienne, sous le Schlossberg. Il voulait y offrir un asile à ses gens de la Bonneville, au Val de Ruz, qui avait été ruinée le 28 avril 1301 par le comte Rodolphe de Neuchâtel. 9 Les frais occasionnés par les travaux de défense nécessaires à la sûreté de la nouvelle ville (Neuveville) furent en partie couverts par un emprunt de cent marcs d’argent fait par l’évêque et le chapitre de Bâle à Conrad Schrecken, chanoine de Colmar, et à son frère Berchtold, recteur de l’église de Frick, le 5 décembre 1313; le prêteur reçut en hypothèque huit chars de vin à prélever annuellement sur les vendanges d’Alschwiller. 10 Si Gérard de Vuippens ne put rejoindre en Italie l’empereur qui poursuivait ses expéditions, il sut toutefois l’intéresser aux dommages que son église éprouvait de la part de spoliateurs insolents. Par un diplôme daté de Pise le I 5 mai 1 3 1 3, l’empereur ordonna à Godefroi de Linanges, gouverneur provincial, à Ulric de Ferrette, à Mathias d'Ergheim, prévôt de Mulhouse et à ses officiers en Alsace de protéger et de défendre l’église et le chapitre de Bâle contre les usurpateurs de leurs biens et de leurs droits. 11
1 Ex Nicolai episcopi Botrontinensis relatione de Henrici VII. itinere italico, apud Reuber, p. S04. =
2 Goschler, Dictionnaire de la théologie catholique, t. X. p. 414. = 3 Cliron. Alb. Arg. = 4 „Basiliensis
episcopus, unus ex regiæ cuviæ principibus, Avinionem ubi tune papal is curia residebat, transmissus a
Cæsare, benigne a Papa susceptus . . . “ Alb. Mussati, op. cit. t. IV. = 5 Raynald, Annal, ecclés., t. III.
ad 1311. = ® L’art de vérifier les dates, p. 448. = 7 Gartulaire de Lucelle, fol. 144b N° 1. = 8 Trouillat
et Vautrey, t. V. p. 151 et 687. = 9 Matile, Monuments, 1. 1. p. 272. = 10 „ . . . Propter expensas factas
per nos in edificatione nove munitionis nostre apud Slosberg . . . “ Trouillat, t. III. p. 191. = 11 Trouillat,
t. III. p. 145. Cet acte est par erreur inscrit sous la date de 1309; il faut lire 1313, première année de
l’empire d’Henri VII. couronné en juin 1312.
GÉRARD DE VUIPPENS FONDE LA NEUVEVILLE
En même temps qu’il assurait à son chapitre un protecteur puissant, Gérard de Yuippens ratifiait une rente de cinq marcs d’argent sur les dîmes épiscopales d’Hattstat, rachetée par le chapitre de Bâle pour cinquante marcs de Georges de Hattstat qui la tenait de l’évêque Othon de Grandson (4 décembre 1313). 1
Le chapitre de Saint-Ursanne, comme celui de Bâle, reçut des marques de la sollicitude bienveillante de l’évêque de Bâle. Cette collégiale avait alors des revenus très modiques en égard au nombre des chanoines; Gérard de Yuippens voulut leur rendre plus facile le séjour auprès de leur église et la célébration des
L’empereur Henri VII,
d'après une peinture dans la salle des empereurs à Francfort-sur-le-Mein.
saints offices, en réunissant à la mense capitulaire les églises paroissiales de Saint-Ursanne et d’Epauvillers dont le chapitre avait déjà la collature. L’acte épiscopal est daté de Delémont, 34 avril 1313. 2 Un an après, l’évêque de Bâle fit encore don au même chapitre d’un fief que Jean dit Koclnneister tenait de l'église de Bâle ei qu’il avait resigné entre les mains du prélat (7 mai 1314). 3 A quelques mois de là, Gérard de Vuippens assura aux chanoines de Saint-Ursanne le droit de patronage de l'église de Saint-Biaise, près de Lindsdorf (canton de
1 Trouillat, t. III. p. 189.
Trouillat, t. III. p. 187. = 3 Ibid., p. 195.