CHAPITRE III
ce tombeau, a pris le nom et le patronage de l'illustre saint qui fut le premier apôtre de ces contrées solitaires.
S. Ursanne figure dans les martyrologes bénédictin, gallican et universel de Bucelin, de Saussay et de Châtelain. Les diocèses de Bâle et de Besançon lui ont toujours rendu un culte public; la S. Congrégation des rites l'a approuvé par son décret du 30 septembre 1869. 1
A l'époque où la renommée de S. Ursanne attirait à son tombeau d'illustres serviteurs de Dieu, une colonie de moines de Luxeuil, contemporains de S. Ragnacaire, évêque de Bàle, allait s’établir dans une vallée voisine. S. Walbert avait succédé à S. Eustaise dans le gouvernement de l’abbaye de Luxeuil (625). Le duc d’Alsace, Gundonius, lui offrit une vallée située aux confins de ses états
pour y fonder un monastère. S. Walbert accepta cette offre; il visita la vallée, qui est traversée par la Birse, rivière poissonneuse, et qu'il appela Grandval. Il y appela un des anciens compagnons de S. Colomban, nommé Fridoald, avec quelques religieux, et le nouveau monastère fut fondé.
Rentré à Luxeuil, S. Walbert choisit pour premier abbé de Mou tier-Grandval un religieux qui depuis treize ans était un modèle de piété et de vertu. C’était S. Germain: il était d'une noble famille de Trêves, qui avait confié sa jeunesse à S. Modoald, évêque de cette ville. A dix sept ans, il était allé trouver S. Arnoul, évêque de Metz, dans sa solitude d’Herrenberg; puis il avait passé quelque temps
1 Voir les Saints < te Franche-Comtc, t. II. p. I!)l et. suiv.
S. GERMAIN ET S. RANDOALD
au monastère de Habendi, dirigé alors par S. Romain. Enfin il était venu à Luxeuil où sa sainteté lui mérita l’honneur du sacerdoce et la dignité de premier abbé de Moutier. S. Walbert le conduisit lui même dans la Grande vallée et l'installa à la tête des religieux qui avaient jeté les fondements du monastère. S. Walbert mit en outre sous sa conduite les couvents de S. Ursanne et de Vermes. Dieu bénit si bien les efforts du nouvel abbé qu'en peu de temps son nom devint cher, non seulement au monastère, mais à toute la contrée.
Le duc Gondoin eut pour successeur Boniface, qui fut remplacé lui même par le duc Athic (662), qui se déclara tout d’abord l’ennemi des peuples voisins du monastère. 11 exila même les préposés des villages situés le long de la Sorne. Puis, ayant appelé à son secours des phalanges d'Allemands, il se jeta sur la vallée arrosée
par cette rivière. A cette nouvelle, S. Germain, accompagné du prévôt Randoald, va trouver le duc dans l'église de S. Maurice où il tenait conseil avec le comte Eric. Aux paroles du saint abbé, le duc feint de rentrer en lui même et promet de réparer le tort qu'il avait fait. Il voulut même donner la main à S. Germain pour gage <le sa promesse. Mais le saint, qui discernait son hypocrisie, ne voulut pas toucher cette main souillée du sang des innocents. Aussi te duc, en sortant de l'église •le S. Maurice où il laissa le saint abbé avec son compagnon, tomba sur les habitants de la vallée et mit le feu à leurs demeures.
Tandis que S. Germain et S. Randoald reprenaient le chemin du monastère, une troupe de soldats se jeta sur ces serviteurs de Dieu et les mit cruellement à mort. Leurs corps sanglants furent recueillis, déposés dans une église voisine