CHAPITRE III
construite par les soins d'un nommé Ursanne, et transportés seulement pendant la nuit par les moines de Moutier à leur église de S. Pierre où ils furent ensevelis. Le martyre de ces deux serviteurs de Dieu arriva le 21 février 670. 1
Un historien presque contemporain de S. Germain, qui a recueilli les souvenirs de témoins oculaires, Bobolène, moine de Moutier, a laissé par écrit la vie du saint abbé. Ce document est très précieux pour l’histoire de notre diocèse dont il est une des pages les plus authentiques. Au XIe siècle, l’abbaye de Moutier fut sécularisée et changée en chapitre collégial. La réforme s’étant introduite dans la Grande vallée en 1530, les chanoines durent quitter ce pays et se fixèrent à Delémont en 1571 où ils résidèrent jusqu’en 1793. Les reliques de S. Germain et de S. Randoald, transportées en 1530 à Delémont, y sont encore conservées dans l’église paroissiale. On y garde aussi avec respect le calice du saint abbé, son bâton pastoral, ses bas, ses sandales, une partie de sa ceinture, et la terre trempée du sang de ces glorieux martyrs.
A ces trois saints personnages, nous devons ajouter S. Imier, qui appartient au diocèse de Bâle, par sa naissance et par sa vie passée dans la vallée de la Suze, à laquelle il donna son nom. 2 S. Imier, ou Hymier, ou Imetier , en latin Hjjmerius, vit le jour près de Porrentruy, vers le milieu du sixième siècle, au château de Lugnez, soit dans la paroisse actuelle de Damphreux, soumise jusqu’au 7 décembre 1779 à la juridiction de l’archevêque de Besançon. 3 Dans le langage de la géographie ancienne, Lugnez était situé dans la partie du comté de Bourgogne qui portait alors le nom d’Elsgau. Les parents de notre Saint étaient nobles et fort considérés dans la contrée. Ils élevèrent leur enfant dans la crainte de Dieu et l’amour de la piété. Aussi, dès ses plus tendres années, Imier manifesta une profonde aversion pour tout ce qui avait l’apparence du vice. Voyait-il quelqu’un commettre le mal, aussitôt il gémissait dans son cœur, invoquait le secours d’en haut contre l’influence des mauvais esprits et s’écriait tristement: „Que ferai-je, ô Seigneur, moi qui suis chaque jour exposé à la tentation et qui ne sais où trouver un abri contre les attaques du péché!"
De tels sentiments dans le cœur du jeune homme faisaient bien augurer pour son avenir. Illustre par son origine, doué de connaissances étendues et variées, riche surtout en vertus et en mérites devant Dieu et devant les hommes, notre saint pouvait prétendre à des positions brillantes dans la société. La Providence
1 C'est la date donnée par D. Mabillon qui lixe l’arrivée de S. Germain chez S. Arnoul vers l’an 635, et lui donne 13 ans à Luxeuil et 16 à Moutier. Acta SS. ord. S. Ben., 1. 111. p. 514 note. = 2 Nous empruntons le récit de la vie de S. Imier à l’excellent, ouvrage de M. l’abbé Genoud, curé d’Yverdon, —
Les saints île la Suisse française, 2 in-8, t. I. p. 17!) et suiv. = 3 A consulter: Vita S. Ymerii ereniitœ sœc. Vil in monte Jura, ms. (Ce document, provenant de l’ancien couvent d'Hauterive et conservé maintenant à la bibliothèque cantonale de Fribourg, est la première et presque l’unique source pour l’histoire de S. Imier. Ce manuscrit a été publié dans les Actes de la société jurassienne d’émulation,
13“ session, p. 105.) — T rouillât. Monuments de l’histoire de l’ancien évêché de Bâle, t. I; Basilea sacra, p. 38; Propre des diocèses de Bâle, de Besançon et de Lausanne; — Mabillon Annales O. S. B., t. VI. p. 648; — Murer, Helvetia Sancta p. 74; — P. Schmitt, Vie des Saints du diocèse de Lausanne,- ms.; — P. Burgener, Helvetia Sacra, t. I. p. 328; — Sérasset, Vie des saints qui ont illustré le Jura; — Mamie, De la légende de S. Imier dans les livres liturgiques (dans la Berne de la Suisse catholique, 2e année, p. 741 et 3° année, p. 135), ainsi que des Notes sur S. Imier (dans la même Revue, 11° année, p. 129, 223 et 298, ou bien dans la Semaine catholique de la Suisse, à partir du N° 34 du 28 août 1880); — Vautrey, Notices historiques sur les villes et les villages du Jura bernois, t. IL p. 72; — Migne, Dictionnaire d’hagiographie; — ltr Gelpke, Histoire raisonnée, etc., p. 226. — Vie des saints de Franche-Comté, t. IV. ]>. 83. (S. Imier est dans la liste des saints dont les Bollandistes promettent de parler à la date de 12 novembre.)
S. IMIER
en avait décidé autrement. Imier ne voyait que des dangers pour son salut, au milieu des petites choses du monde, et il voulut choisir le parti le plus sûr pour son éternité. Il s’adressa à Dieu par de ferventes prières, puis il se crut appelé à retracer la vie pénitente et solitaire des premiers ermites. Renoncer aux parents et aux amis, sacrifier sa fortune, mortifier son corps, s’abstenir des jouissances même légitimes que les créatures peuvent procurer, telle est la dure carrière à
i. 2. 3. Sandales de S. Germain. 4. Bas de S. Germain 5. Fragment de sa ceinture. 6. Crosse de S. Germain, à l’église paroissiale de Delémont.
Objets d’antiquité provenant de l'abbaye de Moutier-Grandval, conservés dans l’église de Delémont.
laquelle il comprit que le ciel le destinait. Il savait qu’à une époque, et. dans une contrée encore si pleines des souvenirs et des débauches du paganisme la meilleure prédication du christianisme consistait à offrir aux foules grossières le touchant spectacle de l'observation des préceptes et des conseils évangéliques par la fidélité à toutes les vertus, mais surtout à celles qui coûtent le plus à la nature humaine, comme la chasteté et la pauvreté.