CHAPITRE XXI
de Bucheck se trouvait le 1er septembre 1337 logé chez le prévôt de la collégiale d’Haselach. Pendant la nuit ses ennemis pénètrent dans son logis, s’emparent de sa personne et le conduisent au château de Veldentz, où ils l’enferment comme un prisonnier. C’était un coup monté par le seigneur de Hohenstein, Rodolphe, qui était irrité de ce que l’évêque de Strasbourg avail détruit en 1334 son château de Hohenstein: il était assisté dans cette sacrilège entreprise par Jean de Liechtenberg et Conrad de Kirkel, trésorier de la cathédrale.
Informé de cet attentat, le pape Benoît XII chargea aussitôt l’évêque de Bâle de l’administration du diocèse de Strasbourg, puis il somma les factieux de rendre leur évêque à la liberté. Les menaces du souverain pontife ne furent pas suivies de l’effet qu’il était en droit d’en attendre. Conrad de Kirkel et ses complices n’en parurent pas inquiétés. Pour plus de sûreté, ils transportèrent leur noble prisonnier au château de Kirkel, situé dans le Yetterau (Lorraine allemande), et cl’un accès très difficile. Albert, duc d’Autriche, aurait voulu délivrer l’évêque de Strasbourg qui était son allié, mais il manquait de troupes pour oser faire le siège du château. Il se contenta de demander la délivrance du prélat. Abandonné de tous, Berthold de Bucheck dut accepter toutes les conditions que Conrad de Kirkel se plut à lui imposer. Il fut obligé de lui confier la charge et les revenus d’official de Strasbourg, les sceaux de l’évêché, le pouvoir d’établir de nouveaux officiers, l’écolâtrerie et la chantrerie de la cathédrale, la chantrerie de Spire et plusieurs autres charges et bénéfices. Malgré toutes ces condescendances, l’évêque n’en resta pas moins prisonnier.
Son neveu, Jean Senn, nommé par le pape administrateur du diocèse de Strasbourg, se rendit aussitôt au château de Dachstein où il établit Jean d’Erlin, écolâtre de Saint-Thomas, par autorité apostolique, vicaire général de l’évêché de Strasbourg. Jean d’Erlin protesta contre ce qu’avait fait l’évêque prisonnier et jeta l’interdit sur la ville de Strasbourg. On reprit les négociations; Berthold donna des otages et des cautions et il put enfin sortir de prison au commencement de janvier 1338, après une dure captivité de seize semaines. Il s’engagea à payer mille cinq cents marcs d’argent, à exempter de la juridiction épiscopale Conrad de Kirkel et vingt de ses adhérents; il devait en outre prendre pour vicaire général ce même Conrad de Kirkel, son ennemi acharné.
Jean Senn et les parents de l’évêque de Strasbourg s’unirent pour empêcher l’exécution de promesses si déshonorantes. En tout cas, l’évêque de Bâle refusa énergiquement de rendre les sceaux qu’il gardait par ordre du pape depuis la captivité de Berthold de Bucheck; il continua à exercer la juridiction par lui et par son grand vicaire sur l’évêché de Strasbourg, et à défendre tout acte d’official à Conrad de Kirkel.
L’évêque Berthold se crut lié par ses promesses et obligea son neveu à lui rendre les sceaux de l’évêché. Il les remit à Conrad de Kirkel et se déclara prêt à remplir tous ses engagements. Sur ces entrefaites, l’empereur Louis de Bavière arrive à Colmar ; aussitôt les évêques de Bâle et de Strasbourg, suivis d’une cour nombreuse, vont lui porter leurs plaintes au sujet des mauvais traitements dont ils avaient eus à souffrir. Espérant les attirer dans son parti, le prince leur fit de belles promesses qui ne furent suivies d’aucun effet. Jean Senn prit le parti le plus sûr: il alla trouver le pape à Avignon et lui dénoncer la conduite de Conrad de Kirkel et de Jean de Liechtenberg. Benoît XII fit dresser une enquête