CHAPITRE XXI
A quelque temps de là, l’évêque mit heureusement fin à de vieilles contestations qui existaient entre l’abbaye de Beinwyl et l’évêché de Bâle. Le couvent se prétendait exempt de la juridiction épiscopale par privilège du Saint-Siège. L’évêque de Bâle soutenait que les abbés de Beinwyl avaient renoncé à ce privilège, en demandant leur confirmation à ses prédécesseurs et en payant les droits épiscopaux comme à leur ordinaire. Beinwyl répondait que pour cela il n’avait pas renoncé aux privilèges qui lui appartenaient. Jean Senn prit l’avis de son oncle, l’évêque de Strasbourg, qui était alors à Bâle, où il se reposait de la dure captivité qu’il venait d’endurer. 1 II fut convenu entre les parties que le monastère de Beinwyl serait soumis au spirituel à l’évêque de Bâle, comme à son ordinaire qui aurait droit de visite et de correction. L’élection de l’abbé devait être confirmée par l’évêque, qui avait droit à cette occasion à vingt marcs d’argent pour un palefroi, pro uno palafredo. L’accord fut conclu à Bâle le 26 septembre 1338;
l’évêque de Strasbourg apposa son sceau à l’acte authentique dont l’original est encore aujourd’hui conservé aux archives du château de Porrentruy.
Une autre convention dressée à Vienne le 30 juillet de l’année suivante, entre le duc Albert d’Autriche, la duchesse et l’évêque de Bâle, régla les conditions d’établissement des hommes de Ferrette, Delle et Florimont, à Porrentruy, en Ajoie et dans le Sornegau et réciproquement. 2 La duchesse comme comtesse de Ferrette, et vassale de l’évêché de Bâle, et son mari le duc Albert entretenaient avec Jean Senn les meilleures relations: la duchesse était à Bâle le 24 juillet 1336 où elle prenait sous sa protection spéciale l’abbaye de Lucelle. Plus tard (1345), une alliance renouvelée pour vingt-cinq ans en 1347, assure à l’évêque de Bâle la puissante protection de la duchesse. 3 Albert d’Autriche, après la mort de Jeanne de Ferrette, prorogea pour vingt-cinq nouvelles années ce traité si avantageux pour l’évêché. 4
Jean Senn cherchait dans ces alliances la paix nécessaire à l’ administration de son diocèse. Un acte de 1340 nous fait très bien connaître les sentiments qui animaient ce digne prélat dans sa charge pastorale. C’est l’évêque même qui parle ; son beau et saint langage mérite d’être rappelé : „Nous Jehan par la grâce de Dieu, évêque de Bâle . . . Considérant que cette pauvre et misérable vie est bien vite à son terme et qu’après cela, il ne reste à l’homme que le mérite de ses bonnes œuvres, nous désirons semer durant notre mortelle vie pour recueillir, quand Dieu nous admettra à la vie éternelle. Notre cœur paternel a été ému d’une tendre compassion en voyant la vie louable et honnête des frères ermites de S. Augustin de notre maison de Bâle. Leur couvent est si étroit que l’espace leur manque pour la sépulture des fidèles qui demandent à y être enterrés, et aussi
Sceau
du couvent de Saint-Urbain au XIVe siècle.
1 „De consilio salubri et auxilio Reverendi in Christo patris ac domini et avunculi nostri domini
Berchtoldi Argentinensis episcopi . . . Quod nos idem Argentinensis episcopus ad ipsarum partium in-
stantem requisitionem recognoscimus . . . “ Troublât, t. III. p. 489. = 2 Troublât, t. III. p. 504. = 8 Ibid.,
p. 573. — Cliron. Alb. Arg. = 4 Troublât, t. IV. p. 30.