CHAPITRE XXI
et moyens à qui on n’en aura pas donné, peut en prendre un du maître-autel et l’emporter sans encourir de punition; mais cette liberté n’appartient pas à ceux de basse classe, et l'on n’en doit point à ceux qui seront absents, de quelque classe qu’ils soient.
28° Les fiefs de quenouille ne tombent aux femmes qu’après l’extinction de la branche mâle. . . .
Tous ces droits, lois et coutumes furent lus et publiés à haute voix sur la Pfalz en présence de tous les vassaux, officiers et autres inféodés et reconnus valables par leur serment, votés unanimement et par forme de jugement, afin d’être observés loyalement, à perpétuité, pour rhonneur et l’avantage de l’église et le leur, le lundi avant la fête de S. Jean Baptiste, l’an mil trois cent cinquante et un. 1
Les grandes charges de l’évêché furent occupées, celle de grand maréchal par les comtes de Ferrette, de grand chambellan par les ducs de Teck, de grand échanson par les nobles d’Osenberg, de grand panetier par les Asuel, de grand maître d’hôtel par le comte de Thierstein. Les moyens- officiers étaient les marschal de Delémont, pour l’office de maréchal, de Reichenstein, chambellan, de Titenstein, échanson, de Schœnenberg, panetier, d’Ufheim, maître d’hôtel. 2
Cette constitution de l’évêché de Bâle est fort curieuse et atteste une puissante organisation qui groupait autour de l’évêque, comme des défenseurs naturels, de nombreux vassaux tenant de lui leurs fiefs et leurs domaines et lui devant l’obéissance et le service de leurs bras à l’heure du danger ou à l’approche de l’ennemi.
L’année même de la promulgation solennelle de ces importants statuts, Jean Senn dut faire appel â ses vassaux pour soutenir le duc d’Autriche Albert dans sa guerre contre Zurich. Les Bâlois furent au siège de cette ville où le duc amenait seize mille hommes. Le chroniqueur de Strasbourg signale un combat qui fui livré le soir de S. Etienne (36 décembre 1351) sous la bannière de Bâle et où cent soldats du duc et quatre cents Zuricois furent tués. 3
Bâle, durant ce temps, avait ouvert ses portes à une armée pacifique qui venait y tenir ses pieuses assises. Le jour de la Pentecôte (4 juin 1351), les Augustins eurent à Bâle leur chapitre général; il s’y trouva dix-neuf maîtres en théologie. Le pape accorda la grâce du jubilé à tous les religieux qui se rendirent à cette réunion. Le saint-père, les évêques de Bâle et de Strasbourg et plusieurs autres, pourvurent largement à leurs besoins. On s’accorda sur le choix du général de l’ordre, déjà élu l’année auparavant, maître Thomas de Sarburg, homme d’une vie et d’une science remarquables. 4
Bâle jouissait alors d’une paix profonde, sous l’épiscopat bienfaisant de Jean Senn. L’empereur Charles IV protégeait l’évêque et l’église de Bâle qu’il recommandait le 9 novembre 1353 à Rodolphe, duc de Bavière, pour maintenir ses droits et privilèges contre le comte Hugues de Hocberg. 5
On rectifiait alors la voie qui conduisait du pont du Rhin à l’église Saint-Martin ; une personne pieuse faisait les frais de cette restauration qui rendait plus facile l’accès de cette église. L’évêque de Bâle accorda à cette occasion une indulgence de quarante jours à ceux qui réciteraient le Pater et l’Ave Maria en montant ou en descendant cette rue pavée solidement, comme s’exprime l’induit épiscopal, -
1 Livre des fiefs nobles, aux archives de Vienne. Traduction de l’archiviste Ertel, dans notre col-
lection. = 2 Archives du château de Porrentruy. = 3 Chron. Alb. Arg. = i Ibid., p. 195. = 5 Trouil-
lat, t. IV. p. 42.
CODES DE BIENNE, NEUVEVILLE, DELEMONT
iter cum lapidibus solidatum.* 1 Jean Senn continuait à rétablir l’équilibre des finances épiscopales trop souvent compromis par les emprunts de ses prédécesseurs. Nous avons déjà signalé ses opérations dans ce but. L’évêque Gérard de Vuippens avait contracté envers le comte Eberard de Kibourg, landgrave de Bourgogne, et son frère Hartmann des obligations estimées à quatre cent cinquante marcs d’argent pour services rendus à l’église de Bâle. Ne pouvant payer cette dette, l’évêque leur avait engagé un revenu annuel de vingt-huit chars de vin blanc à prélever sur certains biens de l’évêché. Jean Senn convertit tonte cette dette en une reconnaissance de trois mille florins de Florence, dont il paya de suite le tiers, soit mille florins 2 (4 décembre 1350). Le reste de la dette fut acquitté par l’évêque le 3 décembre 1352. 3 D'un autre côté, Jean Senn emprunte à son maître d’hôtel, Jean Grefelin, deux cents florins pour lesquels il engage au prêteur différentes rentes en argent et en nature dans les villages de Perles et de Montménil (7 mars 1353). 4 Peu après, il reçoit de Rodolphe de Wart, du prévôt Thuring de Ramstein et du chapelain Henri de Bechhourg, une somme de mille huit cents florins qu’il destine au rachat de l’ancien droit de monnaie de Bàle. En retour, Jean Senn leur assigne à réméré une rente annuelle de cent quatrevingts florins sur le péage et sur le sceau de la cour épiscopale. 0 La même année, l’évêque achète aux nobles d’Isenburg pour vingt florins, le tiers du pressoir de Wittelsheim (18 décembre 1353). 6
L’empereur Charles IV était alors en Alsace. Il célébra à Haguenau la fête de Tous-les-Saints. On profita de sa présence pour y renouveler pour trois années l’alliance entre les villes d’Alsace, l’évêque et la ville de Bâle, etc. Quinze juges furent chargés de régler toutes les conditions de ce traité ; deux d’entre eux représentaient Jean Senn et sa ville épiscopale. 7 De leur côté, Berne etBienne renouvelèrent pour cinq ans leur vieille alliance, le 23 janvier 1352. 8 Bienne fit encore un traité avec Soleure pour dix ans et avec Morat pour cinq ans, le 21 juin et le 7 juillet 1354. 9 Jean Senn venait de doter cette ville d’un nouveau code de police municipale, qui dénote la sollicitude de l’évêque pour le bon ordre et la répression des délits. Nous y remarquons quelques points intéressants. L’homicide est puni de mort. Si le meurtrier s’évade, le juge doit faire démolir le faite de sa maison au bout de trois jours et la laisser ouverte pendant un an et un jour. Ce terme écoulé, ses héritiers peuvent reconstruire ce faîte et prendre possession de la maison, par le payement d’une amende de trois livres et un denier. Quiconque tue un bourgeois de Bienne ne peut rentrer dans cette ville. Toute blessure à main armée est punie d’une amende de dix livres au profit de la ville. Le coupable d’injures ou de délits communs qui se réfugie dans la maison d'un bourgeois,
Le sceau de l’évêque Jean Senn.
1 Ch. Urstisii, codex dipl. Bruckner., fol. 31 b. — 2 Trouillat, t. III. p. 649. = 3 Ibid., t. IV. p. 35. 4 Ibid., p. 66. = 5 Ibid., p. 69. = 6 Ibid., p. 74. = 7 Chron. Alb. Arg., p. 205. = 8 Archives de Berne.
1 Trouillat, t. IV. p. 660.