CHAPITRE XXI
paraissent une imitation de l’architecture qui régnait vers le milieu du XIIIe. 1 Sur les quatre pilastres, décorés de petites demi-colonnes, sont quatre statues : une femme portant couronne; un roi tenant sur sa main une église; un autre roi ayant sur son dos des crapauds, des serpents et des flammes; enfin une femme, dans l’attitude d’une suppliante, ayant l’air de se tourner vers lui. On s’esl donné toutes les peines du monde pour pouvoir reconnaître des personnages historiques dans ces quatre statues, qui ne sont point mal travaillées, et au-dessus desquelles sont placés quatre baldaquins en forme de tours : mais il n’y a guère de possibilité ; si ce n’est, peut-être, à l’égard du roi qui porte une église, que l’on pourrait supposer être une image de Henri le Saint (ordinairement représenté de cette manière), ou du roi Salomon. Si l'on admet la première supposition, la femme qui forme pendant serait probablement l’impératrice Cunégonde. — Ochs, dans son Histoire de Bâle, vol. I, p. 208, pense que c’est ou le roi Henri l'Oiseleur avec sa seconde femme, Mathilde, et avec ses deux filles. Herberga, reine de France, et Hatvin; ou bien aussi l’empereur Conrad 11. Mais la figure qui touche le portail du côté du sud n’est nullement une figure de femme: le peu de longueur du vêtement en est une preuve suffisante. Peut-être toutes ces figures sont -elles symboliques, et, dans ce cas, le roi portant l’église serait Salomon, qui, comme on sait, passait auprès des tailleurs de pierres du moyen-âge pour le modèle des bâtisseurs de temples, réputation qui le faisait placer dans les cathédrales les plus remarquables. 2 Le style des images esl de la même époque que celui du portail. Au-dessus des baldaquins des quatre statues est une galerie, déjà mentionnée, audessus de laquelle s’élève une grande fenêtre d’un style simple, par où la nef principale reçoit son plus grand jour; et au-dessus de cette fenêtre est la grande galerie, qui traverse tout le frontispice. Ici les deux tours se détachent du corps de bâtiment, et le mur intermédiaire prend la forme d’un triangle richement décoré de sculptures. La fenêtre du milieu donne intérieurement sur l’étage supérieur de la grande nef; des deux côtés il y a une statue: l’empereur Henri le Saint, d’une part, portant l’église, et une femme couronnée, de l’autre, tenant en mains une croix, et prise tantôt pour Ste Cunégonde, épouse de Henri, tantôt pour Ste Hélène, mère de l’empereur Constantin. Enfin, plus haut que la fenêtre, se voil encore, sur un trône soutenu par des anges musiciens, la mère de Dieu, avec son enfant, travail grossier, il est vrai, mais néanmoins d’un grand intérêt par l’expression de la physionomie; caractère qui ne manque pas non plus aux deux autres statues. Toutes ces images ont leurs petits baldaquins : le pignon lui-même est entouré de festons, et surmonté d’une jolie petite tourelle.
Les tours, depuis leur base, n’ont point de pilastres, ce qui ôte à toute leur façade le caractère gothique. 8 L’horloge se trouve à gauche du grand portail, ayant à côté d’elle, sur un pilastre peu large, la statue équestre de S. Georges tuant le dragon. La statue qui forme le pendant de celle-ci, à l’autre tour, est d’une valeur beaucoup plus grande pour l'art : elle représente S. Martin coupant le bout de son manteau, et paraît devoir être rapportée au XVe siècle ; la grande
1 On y remarque une grande ressemblance avec le portail de la cathédrale de Marbourg, dans la-
Hesse. = 2 Suivant d’autres interprètes, le roi aux serpents et aux flammes, représente un banni, ou
bien le Vice personnifié; et la femme serait la Volupté. = 3 * * * C’est par les pilastres que l’architecture
gothique allemande, presque exclusivement, est parvenue à une réunion organique de plusieurs étages;
tandis que dans l’architecture byzantine, par exemple, un étage semble souvent n’avoir aucune connexion
avec un autre.
LA CATHEDRALE DE BALE
ressemblance de la tête avec celle de Schiller est certainement un mérite peu ordinaire. Ces statues ont donné leurs noms aux deux tours, qui s’élèvent, presque sans autre ornement que leurs plinthes, à la hauteur de quatre-vingts pieds (mesure rhénane), avant d’atteindre la galerie qui les met en communication. La tour du nord seule a ses quatre côtés décorés chacun d’une statue, au-dessous de la grande galerie, et ses quatre statues représentent, à ce qu’on dit généralement, quatre rois franconiens bienfaiteurs de l’église, tradition sans doute bien incertaine et insuffisante. Jusqu’ici les escaliers des deux tours, excepté à l’étage d’en bas, sont tout simplement de bois, la charpente qui supporte les cloches étant trop massive
pour laisser assez de place à un escalier de pierre adossé au mur ; mais, depuis la galerie, les degrés tournent en spirale aux angles les moins visibles des tours, qui, en s’élevant, conservent encore pendant deux étages la même épaisseur qu’à leur base. C’est dans cette partie que sont suspendues les cloches, savoir cinq dans la tour de Saint- Georges, et une dans celle de Saint- Martin, la soi-disant Cloche du Pape. La tour de Saint-Georges est beaucoup plus richement décorée que sa compagne. Des tourelles angulaires, s’élevant de dessus la galerie, se tiennent par de petits arcs-boutants à la tour; et aux trois angles qui n’en ont point, se trouvent, dans des niches, trois rois saints, évidemment en rapport avec la vierge du pignon mentionné plus haut. Les cloches de cette tour sont les suivantes : la Cloche de l’empereur Henri (ainsi nommée parce que, suivant la tradition,
Le grand portail.