‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 346 sur 496 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

ce fut un présent de ce monarque: (plusieurs fois refondue, en dernier lieu l’année 1565), la Cloche du R epos (qu’on sonne avant la fermeture des portes), la Cloche de Notre-Dame, la Cloche de Marie, et la Cloche de Cunégonde. La première se distingue par une basse magnifique, quoiqu’elle ne pèse que cinquante-huit quintaux, et par les jolies sculptures dont elle est ornée. La Cloche du Pape, dans la tour de Saint-Martin, est un présent de Félix Y, qui fut élu par le concile de Bâle à la dignité de pape : elle pèse soixante-dix quintaux ; mais une fente, qui risquait de s’agrandir, ayant obligé d’en scier un morceau, elle a considérablement perdu de la beauté de son timbre. La dernière refonte eut lieu en 1493. Après ces deux étages, chaque tour a une galerie ; puis la tour de Saint-Martin quitte sa forme carrée pour en prendre une octogone ; les angles disparaissent au-dessus du troisième étage, 1 et sont remplacés au quatrième par des tourelles aiguës, abondamment décorées. Ce quatrième étage n’a pas comme les précédents trois ou quatre fenêtres seulement; il en a sept, et la place de la huitième est occupée par la porte de l’escalier. Il forme ce qu’on appelle la salle de danse, et il se termine par une voûte à nervures. Au-dessus de cet étage vient enfin la plus haute galerie, de forme octogone, où l’on arrive par le moyen d’un escalier en spirale entièrement dégagé, et où commence, dans un style gothique de la dernière période, une flèche à jour, aussi octogone, dont les huit côtés sont garnis d’ornements en saillie pour servir d’appui à ceux qui veulent monter au sommet. Le pommeau qui termine la flèche est fait de main de maître; il couronne cette tour à la hauteur de deux cents pieds (mesure rhénane). — Lors même que les preuves historiques manqueraient, les arcs déprimés des fenêtres du troisième étage, les arcs de voûte coupant à plusieurs places des lignes droites, les voûtes à côtes du quatrième étage, et tous les ornements enfin, surtout ceux de la flèche, feraient rapporter le travail de cette partie de l’édifice, à une époque très tardive, à la fin du XVe siècle. On ne saurait méconnaître toutefois dans l’ensemble, une certaine pureté et une certaine volonté de s’éloigner de l’arbitraire, alors si en vogue dans les productions architectoniques.

Le changement du carré en octogone, si essentiel aux tours gothiques, ne commence pas, pour celle de S. Georges, dès la seconde galerie; il y a encore un étage carré, moins large, il est vrai, que le précédent, et servant, depuis sa construction, de demeure au garde de nuit. Cet. étage a de même une galerie à quatre côtés (tandis que l’étage correspondant de la tour de S. -Martin n’en a point) ; mais depuis ici les quatre angles sont masqués, d’une manière un peu lourde et compliquée, par des groupes de colonnes surmontés de baldaquins usés; et l’on voit paraître l’octogone, couronné par une galerie aussi octogone, à laquelle on monte par un escalier en spirale dégagé; puis vient la flèche également à jour, mais un peu plus haute et plus verticale que l’autre, qui se courbe tant soit peu. Ici se retrouvent aussi des ornements en saillie semblables à ceux dont nous avons déjà parlé, et placés de même aux huit côtés de la flèche: le pommeau est plus petit, et. l’extrémité qui le surmonte est plus aiguë; il s’élève à deux cent cinq pieds au-dessus du sol. La cloche qui sonne les quarts est suspendue dans la flèche même; à l’étage inférieur est la grande cloche des heures, avec le tocsin,

1 Au mur extérieur de ce troisième étage se trouve, vers le nord, une tête vigoureuse, couverte d’un bonnet: c’est peut-être celle de l’architecte, Jean Nussdorf.

LA CATHÉDRALE DE BALE

et celle des trois quarts. Les deux cloches des heures se distinguent par un beau timbre bien clair, et s’entendent de fort loin.

Pour déterminer la période pendant laquelle cette tour fut construite, il est important de considérer les frontons placés au-dessus des fenêtres du dernier étage, et mis en communication avec la galerie supérieure. Ces frontons, par leur forme élancée, semblent être plus modernes que le XIIIe siècle, et, par une assez grande pureté dans leurs ornements, pourraient avoir existé avant le XVe. Les culières saillantes des deux tours représentent des monstres. La vue dont on jouit du haut des dernières galeries est des plus belles; les Vosges, le Jura et la Forêt- Noire enserrent un magnifique paysage, arrosé par le Rhin, richement ensemencé et soigneusement cultivé. Le voyageur ne regrettera point une ascension un peu pénible, si le temps el les nuages ne s’opposent pas à sa curiosité. Il n’est pas une place qui puisse donner de l’inquiétude aux personnes sujettes au vertige.

Les côtés de l’église et la partie extérieure du choeur.

Les côtés de la grande nef n’offrent rien de remarquable : six fenêtres cintrées à chaque flanc ne laissent pénétrer dans l’église qu’une lumière d’autant plus faible que leur partie inférieure a été masquée par l’élévation des toits des deux premières nefs latérales. Deux arcs-boutants lourdement exécutés et ornés de statues placées dans des niches de colonnes descendent de chaque côté; mais comme la toiture des deux nefs extérieures a nécessité l’élévation déjà mentionnée des bas côtés intérieurs, ces arcs-boutants s’élèvent très peu au-dessus du toit exhaussé. Les niches du côté septentrional renferment les évangélistes S. Mathieu et S. Jean ; celles du côté méridional S. Marc et S. Luc : tous présentent leurs attributs dans un écu, que chacun d’eux porte sur la poitrine. Les fenêtres des deux nefs extérieures sont ornées de découpures gothiques, d’une bonne époque, il est vrai, et pourtant, par places, d’un goût contestable. Une porte décorée simplement mène de la dernière nef du sud au cloître. Puis viennent les deux murs de pignon du transept ayant chacun une grande fenêtre ronde dans le style byzantin, et au-dessus, en correspondance avec l’étage supérieur de la cathédrale, une fenêtre à ogive, construite seulement après le grand tremblement de terre de 1356. Le bord supérieur est entouré d’ornements en losange terminés par de petites croix: les angles sont garnis de grands pilastres présentant une face inclinée. Le mur du pignon septentrional est incomparablement plus remarquable que l’autre: c’est là que se trouve la porte de S. Gall, importante par la beauté de ses ornements, et par l’antiquité de sa construction, ainsi que la roue de la Fortune, rose placée au-dessus, et d’une valeur non moins grande pour l’histoire de l’art: la première remonte probablement au commencement du XIe siècle; la seconde à celui du XIIe.

La porte de S. Gall, autrefois peut-être porte principale, vu que, dans les églises byzantines, le portail était souvent à l’un des côtés, doit son nom à la chapelle dédiée à S. Gall et formant le bras septentrional du transept. Trois colonnes déliées prennent place de chaque côté dans le mur, rangées sur une ligne inclinée, et admettent dans leurs interstices les statues en haut-relief des quatre évangélistes avec leurs attributs. Ces colonnes supportent des moulures

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