‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 35 sur 496 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

dois Vous servir avec un cœur pur, car je suis incapable de rencontrer un lieu de repos."

Cette prière fut exaucée. Le pèlerin entendit une voix intérieure qui lui commandait de franchir les montagnes et les vallées, de passer les rivières et de s’en aller au-delà des forêts et des rochers, jusqu’à ce qu’il retrouvât la première contrée qu’il avait autrefois cultivée.

Aï )rès de nouvelles marches et de nouvelles fatigues, il s’arrêta sur le déclin du jour auprès d’une source limpide. Là, il passa la nuit sans dormir, chantant les louanges du Seigneur. Le matin, il entend comme le chant du coq et le son d’une clochette. Imier avertit Albert, son compagnon. „ Entends-tu, mon frère, ce double signal?" — „Non, réplique Albert, et je m’étonne même de ce que vous dites, puisque, pour arriver jusqu’ici, nous n’avons traversé que des déserts." Imier se remet à prier, mais bientôt le coq chante pour la seconde fois et la clochette retentit de nouveau. L’homme de Dieu persévère dans son oraison. Une troisième fois, le même bruit parvient à ses oreilles et semble partir d’un endroit plus rapproché. L’anachorète n’hésite plus; il appelle son serviteur et lui dit: „ Gomment peux-tu ne pas entendre ce signe que le ciel nous envoie?" Albert fait silence, écoute attentivement et distingue enfin le son d’une clochetfe, qui paraît être agitée sur le versant de la montagne. Imier remercie aussitôt le Seigneur et se dirige vers le lieu d’où le bruit semble partir. „ C’est là, pense-t-il, que la Providence veut que je dresse enfin ma tente." Il s’approche d’un arbre, en coupe une branche et y trouve suspendue la mystérieuse sonnette. Il enlève l’écorce de ce rameau, en fait un bâton et prie Dieu de bien vouloir lui révéler une source d’eau. Tout à coup, de l’endroit même où il a enfoncé son bâton comme pour prendre possession du sol, l’eau coule avec abondance. Telle fut l’origine de la Sa inte-Hi litière ou de la fontaine miraculeuse de S. Imier, qui existe aujourd’hui encore et où tant d’infirmes ont obtenu leur guérison. En même temps, continue la chronique, une laie se présente à l’ermite avec ses trois petits. Imier étend la main sur l’animal immonde, l’apprivoise par le signe de la croix et l'attache à son service.

Rentré ainsi dans sa chère solitude, comme l’enfant sous le toit paternel, Imier reprit ses habitudes de pénitent et d’anachorète. Tout d’abord, il érigea en l’honneur de S. Martin une humble chapelle, qu’il enrichit des reliques apportées d’Orient. Fréquemment, la nuit comme le jour, il revenait dans cet oratoire pour y faire à Dieu le sacrifice de sa vie et l’offrande de ses oraisons et de ses mortifications. Chaque matin, comme prêtre de Jésus-Christ, il célébrait la sainte messe avec une dévotion sans cesse ranimée par les sentiments dont son âme s’était nourrie dans la Judée, là même où le Sauveur avait autrefois institué son immolation mystique sur nos autels. Un dimanche, pendant la cérémonie des saints mystères, Imier remarque autour de lui un muet de naissance; il l’appelle et place sur ses lèvres le Corps sacré du Sauveur: aussitôt la langue de l’infortuné se délie et il recouvre l’usage de la parole.

A la prière notre ermite joignait les plus dures austérités. N’ayant pas obtenu la palme du martyre qu’il avait si ardemment désirée, il voulait du moins devenir son propre bourreau, en châtiant son corps et en le réduisant en servitude (I. Cor., IX. 27), d’après l’exemple de l’apôtre des nations. Trois fois par semaine, il se condamnait à un jeûne absolu; les autres jours, il n’avait pour nourriture qu’un

S. IMIER

grossier pain d’orge, de même qu'il n’avait constamment pour boisson que l'eau de la source voisine et pour lit que la terre nue ou le rocher. La nuit, pour se tenir éveillé, il se couvrait la figure de cendres; cédait-il au sommeil, cette poudre qu’il aspirait en dormant l’éveillait aussitôt. Telle était la vie sévère de notre anachorète. Il est vrai que les pénitences elles-mêmes ont des charmes pour les âmes que l’Esprit divin veut conduire jusqu'au sommet de la perfection, mais elles n’en sont ni moins opposées aux penchants mauvais de notre nature, ni moins méritoires pour l’heure du grand jugement.

C’est par ces mortifications qu’Imier cherchait à se rapprocher de Dieu, en même temps qu'il était poursuivi par les créatures. Ami du silence et de la retraite, il ne parvint cependant ni à rester longtemps ignoré, ni à se soustraire totalement à la société. Ses vertus furent bien vite connues dans le voisinage et lui attirèrent peu à peu de nombreux disciples. Imier leur enseignait, par ses actes aussi bien que par ses paroles, la fuite des occasions dangereuses et la pratique du renoncement. Il forma ainsi plusieurs imitateurs de sa conduite. Ceux-ci s’appliquèrent, sous la direction d’un tel maître, à féconder de leurs sueurs cette vallée déserte, à en arracher les ronces et les épines, à défricher et à cultiver les terres, tout en unissant au travail des mains la prière et les devoirs de l’hospitalité. C’est ainsi que S. Imier, sans le prévoir et sans le désirer, se ménageait l’honneur de laisser son nom à cette contrée que ses labeurs et ceux de ses compagnons rendaient insensiblement belle et fertile.

Mais, dans la solitude comme dans le monde, le temps passe rapidement. Neuf années furent bientôt écoulées depuis le retour de Jérusalem. Notre saint, brisé par les fatigues et les privations, bien plus que par les infirmités de l’âge, vit arriver promptement la fin de sa course terrestre. Voulant que sa mort fût le digne couronnement de sa vie, il se fit transporter dans la chapelle de S. Martin. De violentes douleurs d’entrailles l’avertissaient que son dernier soupir était proche. Ses disciples, réunis autour de lui, récitaient des hymnes et des psaumes auxquels le mourant s’associait intérieurement. C’est au milieu de ce pieux concert qu'il rendit son âme à Dieu. C’était le 12 novembre de l’année 615 d’après plusieurs auteurs, ou 612 d'après le Propre des diocèses de Bâle et de Lausanne. La date est approximative et non point historiquement certaine.

Célèbre pendant les jours de son pèlerinage sur la terre, Imier le fut davantage encore après son glorieux trépas. Son corps fut déposé dans un tombeau, puis visité par de nombreux fidèles, et rapidement illustré par d’éclatants prodiges. Les malades y trouvent la santé, les lépreux sont délivrés de leur plaie et les possédés du démon, de l’esprit mauvais qui les tourmente, le mouvement est rendu aux boiteux et la vue aux aveugles; en un mot, tous ceux qui souffrent d’une infirmité quelconque, pour le corps ou pour l’âme, s’en retournent soulagés et guéris. Tant de bienfaits impriment bien profondément dans le cœur du peuple le souvenir du solitaire du Jura. Aussi la vallée qu’il a défrichée fait-elle mieux encore que de garder son nom: elle conserve envers cet homme de Dieu la plus sincère reconnaissance. Les générations passent, mais c’est en accordant à ce serviteur du Christ le tribut de leur religieuse gratitude. La communauté que notre saint a formée en ces lieux lui survit durant de longs siècles, adopte la règle de S. Benoit, agrandit ses possessions, grâce surtout aux largesses des comtes de Mont fort, et devient enfin le monastère assez connu sous le nom de Celle de H. Imier, désignation

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