‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 354 sur 496 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

commence, et qui contiennent des escaliers, repose sur quatre groupes de colonnes, qui la séparent du couloir. Chacun de ces groupes se compose de sept colonnes et d’une demi-colonne, lesquelles portent des ogives avec des rangées de boules (ainsi donc de la plus ancienne époque), et ont à leurs chapiteaux de même qu’à leur base des ornements superbes, dans le meilleur style des commencements du XIIe siècle. Au-dessus des chapiteaux de chaque groupe est une frise qui les réunit. Au soubassement commun de chaque groupe il y a, du côté du couloir, une frise entrelacée aussi de figures, mais rampant tout près du sol, depuis que le sol a été exhaussé. L’architecte, ne voulant pas placer le chœur sur des piliers massifs et courts, a donné aux appuis la forme de petites colonnes légères. Les quatres groupes offrent un vrai trésor de beaux ornements; la dernière colonne surtout de chacun d’entre eux a, dans son chapiteau, des sculptures intéressantes. On remarquera, au groupe le plus septentrional, la chute de nos premiers parents, leur entretien avec Dieu, leur bannissement du paradis et un roi placé entre deux griffons enchaînés. Le groupe suivant ne contient que des combats entre des chevaliers et des monstres : un chevalier en délivre un autre déjà bien en avant dans la gueule d’un dragon (peut-être une allusion à la tradition bien connue des deux comtes de Bourgdorf). Au troisième groupe se trouve l'histoire de Pyrame et de Thisbé (Ovide, Mét., IV, 55 et suiv.) en quatre scènes: 1° Pyrame trouve le lion; 3° il frappe l’animal, qui porte à sa bouche le vêtement de Thisbé; tandis que celle-ci est assise sur un arbre ; 3° Thisbé déplore le trépas de Pyrame ; 4° elle se précipite sur la pointe du glaive qui traverse déjà le corps de son amant. Le quatrième groupe représente d’abord un vieillard, tenant sur ses genoux trois têtes, symbole probable de la Trinité; puis,' le sacrifice d’Isaac; et enfin deux figures que des cous d’oiseaux enlacent par la bouche et par les oreilles, et qu’il n’est guère possible d'interpréter. Il y a peu d’années qu’on a placé entre les groupes du milieu les fonts (baptismaux, bel ouvrage du XVe siècle) autrefois placés dans la chapelle des Schaller. Huit compartiments, rétrécis dans le bas, et couronnés simultanément par une guirlande de feuillage, offrent les figures suivantes, en basrelief: le Christ, debout dans le Jourdain; Jean-Baptiste, baptisant ; un ange, tenant le vêtement; Pierre; Paul; S. Laurent; S. Martin et Jacques le Majeur. On lit au piédestal la date 1465, répartie aux quatre côtés; les quatre angles ont quatre figures passablement mutilées; le couvercle est plus moderne. Le mur méridional du couloir a une fenêtre depuis longtemps métamorphosée en porte, et servant actuellement de sortie pour se rendre à la salle du concile et au nouvel oratoire. Non loin de là, les curieux remarqueront, à un chapiteau, la représentation d’une sirène nourrissant son enfant, figure qu’on retrouve ça et là dans les églises du moyen-âge. 1 Au mur septentrional du couloir on voit, au-dessous d’une fenêtre, le tombeau de l’impératrice Anne, troisième épouse de Rodolphe T. Ce n’est pas ici le lieu de rechercher si cette princesse donna des fils à son époux, ni comment ils s’appelaient; il suffira de savoir que, pour apaiser le ressentiment des Bàlois, traités plus d’une fois par son époux avec assez de dureté, elle ordonna, à son lit de mort (Vienne, 1281), qu’on l’enterrât, dans la cathédrale de Bâle, où avait déjà été enseveli (1276) son fils Charles, âgé seulement de quelques semaines.

1 Nombre de sculpteurs et de tailleurs de pierres du moyen-âge semblent avoir connu les traditions de l’antiquité: outre cette sirène, nous aurions ici, pour le prouver, les centaures des stalles, et l’histoire, modifiée, il est vrai, de Pyrame et Thisbé.

LA CATHEDRALE DE BALE

Ses restes furent reçus dans cette ville avec magnificence, et déposés derrière le grand autel. Son fils Hartmann, landgrave d’Alsace, qui s’était noyé près de Rheinau, avait aussi été enseveli dans le voisinage de cet autel (1260). Lors du grand tremblement de terre, la partie de derrière du chœur s’écroula, et les ossement retrouvés de l’impératrice furent transférés à la place où est maintenant son tombeau, dans lequel on plaça aussi les restes du landgrave Hartmann. En 1510, le tombeau fut ouvert par les chanoines, et l’on y trouva la princesse encore couronnée et parée, tandis que les os de Charles étaient rassemblés en un petit tas. Enfin, cà la demande de Marie Thérèse, tous ces ossements furent envoyés, en 1770, à l’abbaye de Saint- Biaise, d’où ils furent expédiés plus tard aux Capucins de Vienne.

Hauts reliefs répresentant le martyre de S. Vincent et celui de S. Laurent.

Le monument même se compose d’un socle d’environ trois pieds de haut, couvert d’une dalle horizontale, où sont couchées, dans deux compartiments à ogives, les deux statues de l’impératrice et du prince Charles. Au socle, et autour de la fenêtre placée au-dessus du tombeau, sont les armoiries suivantes, les premières sculptées dans la pierre, les autres (plus nouvelles, à ce qu'il paraît) peintes sur des écus de bois: l’aigle impériale, les armes d’Autriche, de Carinthie, de Habsbourg et de Hohenberg. En haut, l’aigle a deux tètes; en bas, il n’en a qu’une. L’aigle à une tête se retrouve dans l’intervalle des deux ogives qui surmontent les statues. Aux pieds du prince est le lion de Habsbourg. Les statues peuvent être comptées parmi les meilleures du moyen âge; mais il est à regretter que celle de l’impératrice n’ait plus de nez ni de mains. On rapporte généralement ces sculptures à l’époque de la mort de cette princesse; cependant l’élancement des ogives et les draperies prouvent assez qu'elles n’ont été faites qu’après le

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