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CHAPITRE XXI

tremblement de terre. Qu’on les compare avec les sceaux de l’empereur Charles IV, qui régna de 1346 à 1378, et l’on retrouvera non seulement les mêmes draperies, mais aussi le même arc. La statue du prince Charles semble indiquer que cette pierre tumulaire avait été destinée par l’artiste à être dressée.

On voit, aux escaliers qui conduisent de chaque extrémité du couloir dans les bras du transept, deux hauts reliefs, reproduits ici pour la première fois : celui du sud représente le martyre de S. Vincent, et celui du nord, le martyre de S. Laurent. L’exécution en est, en partie, distinguée, et en fait une des sculptures les plus remarquables du onzième siècle. Les bandes point idées du milieu étaient peutêtre autrefois recouvertes de feuilles de cuivre portant des inscriptions. Les scènes sont partout très animées, avantage que beaucoup de sculptures de la même période ne possèdent pas à ce point.

Les groupes de colonnes mentionnés plus haut supportent la grande galerie des chantres, qui a toute la longueur du couloir, et qui est éclairée par les six roses dont nous avons déjà parlé. Là, du côté du chœur, sont de légères demicolonnes, s’élevant jusqu’à l’étage supérieur, où l’on voit cinq hautes fenêtres, dont les colonnes adossées (forme très ancienne) se croisent avec les arêtes de la voûte. Deux clefs de voûte sont en partie dorées, et contiennent, l’une l’empereur Henri et son épouse, l’autre Dieu couronnant la vierge Marie, demi-relief.

La vue d’ensemble du chœur, avec ses hauts piliers, ornés des attributs des quatre évangélistes, a quelque chose de très majestueux, dû principalement à une largeur considérable, et à l’abondance du jour. C’est surtout par une belle matinée qu’il faut voir le chœur, quand la lumière du soleil donne en plein dans ces vastes espaces au-travers de leurs grandes fenêtres, dont les vitraux ne sont malheureusement plus coloriés. Ici des empereurs et des rois ont ployé les genoux; ici des papes ont dit la messe ; ici des archevêques et des cardinaux ont discuté les doctrines et les droits de l’église ; ici des milliers d’âmes dévotes, étrangères ou nationales, ont trouvé pendant des siècles le soulagement de leurs afflictions, ou la consolation de leurs misères.

Le caveau.

Sous le chœur et sous le couloir est une crypte assez étendue, dont les entrées se trouvent aux bras du transept : elle est soutenue, pour la plus grande partie, par des piliers carrés de grosseur peu considérable, construits vraisemblablement après le tremblement de terre; tandis que quatre autres piliers très larges et correspondant aux groupes de colonnes du couloir datent du XIIe siècle. Ces gros piliers, qu’on pourrait tout aussi bien nommer parois, supportent les seules voûtes en berceau de la cathédrale; les voûtes placées devant ou derrière celles-ci sont à arêtes. Entre six des piliers carrés il y a, immédiatement au-dessous du point central de la croix, une enceinte en planches, contenant six cercueils de plomb, où gisent les restes de six personnes de la famille souveraine des margraves de Baden : la princesse Marie Anne, née en 1688, morte en 1689; la princesse Charlotte Sophie, née en 1686, morte en 1689; le prince Charles Antoine, né en 1683, mort en 1699; la princesse Auguste Madeleine, née en 1706, morte en 1709; et le prince Charles Magnus, né en 1701, mort en 1711.

LA CATHEDRALE DE BALE

Yis-à-vis de cette enceinte, on voit, au mur septentrional, une antique peinture à fresque, déjà bien ternie, représentant la flagellation de Jésus-Christ. Au mur méridional, à côté de l’escalier par lequel on entre ordinairement, est un bas-relief en vieux style byzantin, qui, par sa valeur historique, mériterait une autre place: sans doute il en occupait autrefois une plus distinguée. Nous donnons ici, pour la première fois, six apôtres ; les six autres et le Christ, qui était probablement au milieu, sont perdus; mais ils se retrouveront peut-être. — Peut-être y avait-il anciennement slx apôtres de chaque côté du grand autel, correspondant avec le crucifix placé au-dessus. — Ceux qui subsistent encore sont encadrés deux à deux dans des compartiments cintrés dans le haut à petites colonnes et surmontés d’une bande où sont sculptés les noms de chaque statue en beaux caractères lapidaires. Entre les arcs sont pratiquées de petites fenêtres. Les figures mêmes sont travaillées à l’imitation de celles qu’on voit sur la devanture d’autel en or de l'empereur Henri, et sont d’une date correspondante, soit qu’on rapporte celle de la devanture d’autel au temps de Henri, soit qu’on la rapporte au temps des Carlovingiens (nous sommes pour la première époque). Les statues dont nous parlons sont plus grandes que celles de la devanture d’autel; aussi les visages en sont-ils d’un travail plus prononcé, plutôt supérieur qu’inférieur: le jet des draperies est surtout d’une beauté remarquable, et par conséquent bien différent de celui qu’on voit aux statues de la porte S. Gall, qui sont l’ouvrage d’un tailleur de pierre, tandis que les statues du caveau sont celui d’un artiste. Non loin de là se trouvent six figures d’animaux en partie fantastiques, ayant sur leurs dos des petits pieds de colonnes. Une comparaison établie avec quelques chaires d’églises italiennes, entre autres avec celles du dôme et du baptistère de Pise, nous donne la certitude que nous avons ici les piédestaux de l’ancienne chaire byzantine, probablement celle où prêcha S. Bernard, en 1147.

Les quatre grands piliers ont des chapiteaux qui, par leur longueur, ont tout à fait l’air de frises. Là aussi sont de belles sculptures dans le style du XIIe siècle, savoir : des chasses, des fahles, des oiseaux, le tout entrelacé de pampres et de fruits, et formant un ornement agréable qui ressemble aux fines arabesques de l’antiquité.

Des statues tumulaires s’appuient contre ces piliers: le comte Rodolphe de Thierstein, né en 1318, l’évêque Jean de Vienne (b) et l’évêque Arnold de Rothberg, mort en 1459; ces deux derniers eu habits de cérémonie. Aux voûtes pratiquées sous le couloir on voit en fresque la légende de S. Martin et de Ste Marguerite, ainsi que l’histoire de la jeunesse du Christ; mais dans les niches, où se trouvent les petites fenêtres, les douze apôtres, la Ste Vierge, une gloire, etc., tout est plus ou moins terni. Ce caveau était autrefois une église souterraine contenant, dans les dites niches, plusieurs autels.

Dépendances de la cathédrale.

La cathédrale est, comme nous l’avons dit plus haut, libre de trois côtés; elle communique au sud-sud-est avec le cloître et les appartements qui en dépendent.

Ce cloître, le plus grand et le plus bel ouvrage de ce genre que possède la Suisse, se compose de trois galeries principales entourant le grand cimetière, et de trois plus petites entourant le cimetière des enfants. Entre ce dernier cimetière et la plus rapprochée des trois galeries principales, est un grand espace (x) couvert

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